Education : Hamon bute sur de premiers obstacles.

Par Lucie Delaporte

Samedi 17 mai 2014 // La France

La démission soudaine du directeur général de l’enseignement scolaire, en désaccord sur les assouplissements de la réforme des rythmes scolaires, marque la fin du répit pour Benoît Hamon. Interrogé sur sa volonté de poursuivre les réformes engagées, il répond à Mediapart qu’il va « surprendre ».

Le départ pour « raisons personnelles » du directeur de l’enseignement scolaire, Jean-Paul Delahaye, homme clé de la rue de Grenelle, annoncé à ses collaborateurs le 30 avril, a provoqué un séisme dans les couloirs du ministère de l’éducation. En claquant la porte, cet homme de l’ombre réputé pour sa discrétion a contribué à révéler une crise qui couvait en réalité depuis plusieurs semaines au ministère de l’éducation nationale.

Ce très proche de Vincent Peillon, avec qui il fonctionnait en tandem depuis l’élaboration du projet PS pour l’éducation, était certes annoncé partant depuis longtemps puisqu’il devait faire valoir ses droits à la retraite au mois de juin. Mais le choix de quitter ses fonctions à un moment très délicat pour le ministère n’a pas manqué d’apparaître comme un geste fort de défiance à l’égard du nouveau ministre, Benoît Hamon. Fait inédit, en l’absence de successeur désigné, une des plus grandes administrations du pays se retrouve depuis jeudi dernier sans directeur à sa tête…

« J’avais souhaité que la transition se passe bien, le temps que j’apprivoise mon ministère », reconnaît sans détour Benoît Hamon, qui avait pressé son directeur de l’enseignement scolaire (Dgesco) de rester jusqu’en juin. Si son entourage ne se prive pas de qualifier d’« inélégante » la démarche de ce dernier, Hamon assure qu’il a déjà choisi son successeur, sans doute une femme, dont le nom sera annoncé au prochain conseil des ministres. Reste que l’absence, ce lundi, de Jean-Paul Delahaye lors du Conseil supérieur de l’éducation(CSE), qu’il devait normalement présider et au cours duquel le nouveau décret « d’assouplissement » sur les rythmes scolaires était examiné, met en difficulté le nouveau ministre en prenant un tour forcément politique.

Benoît Hamon.
Benoît Hamon. © Reuters

« Il n’a sans doute pas voulu détricoter lui-même le décret qu’il avait contribué à élaborer. Et ce de façon, selon lui, non marginale », raconte son ami, l’historien de l’éducation Claude Lelièvre. De fait, le décret préparé par Hamon assouplit un certain nombre de critères pour la mise en œuvre de la semaine de 4 jours et demi dans le cadre d’expérimentations. Certains y voient une brèche dans laquelle les adversaires de la réforme ne manqueront pas de s’engouffrer pour la fragiliser un peu plus. La FCPE s’est ainsi insurgée contre ce qu’elle considère comme un premier recul du ministre. Le syndicat majoritaire du premier degré le SNUipp l’a lui jugé insuffisant et intervenant « trop tard », alors que 93% des communes ont déjà déposé leur projet d’organisation au ministère pour l’an prochain. Ce texte censé être de compromis n’aura finalement contenté personne puisqu’il a été rejeté en CSE recueillant 31 voix contre, 27 abstentions et trois voix pour.

Au-delà des incertitudes sur la réforme des rythmes scolaires, que Benoît Hamon n’a pas encore totalement levées, ce sont surtout des doutes quant à la volonté du nouveau ministre de poursuivre l’ensemble des réformes engagées depuis deux ans qui s’expriment. Chacun a donc depuis un mois scruté ses premiers pas en s’interrogeant sur le sens politique de sa nomination. « Est-ce que son mandat est d’étouffer tous les dossiers et d’expédier les affaires courantes ? C’est un risque », s’interroge Christian Chevalier, secrétaire général du SE Unsa.

Après l’interminable feuilleton de la réforme des rythmes scolaires qui a suscité des mécontentements de toutes parts, Benoît Hamon a-t-il pour mission de ne surtout plus faire de vagues ? « Je ne suis pas sûr que le baromètre pour être un bon ministre de l’éducation nationale soit forcément d’être le plus impopulaire, ironise le ministre, mais je puis vous assurer que mon souci ne sera pas de plaire systématiquement à tout le monde. Il y a des réformes où l’on peut avancer par consensus et d’autres où il faudra trancher », prévient-il.

Il rappelle que sa feuille de route, préparée par son prédécesseur, est bien remplie : « Nous avons une réforme des programmes qui approche, une réforme du collège, un enseignement professionnel qui se vit toujours comme une voie de second rang… La phase qui me concerne est celle de la mise en œuvre de la refondation pour réussir à inverser une tendance dramatique dans notre pays où l’origine sociale pèse comme nulle part ailleurs dans les parcours scolaires. »

L’éviction de Vincent Peillon, alors que la majorité des réformes engagées sur la formation des enseignants, les rythmes scolaires, ou l’éducation prioritaire, sont soit au milieu du gué soit encore dans les cartons (comme la réforme du collège ou des programmes), a laissé le ministère en suspens. L’arrivée d’un profil politique comme celui de Hamonplutôt néophyte sur les questions d’éducation, n’a pas forcément rassuré, dans un contexte très différent d’il y a deux ans. La priorité à l’éducation a en effet pratiquement disparu des discours de François Hollande, supplantée par le chômage et la compétitivité.

Dans son discours de politique générale, Manuel Valls a évoqué les questions éducatives après le problème des « cambriolages » et encore, uniquement pour parler de l’assouplissement de la réforme des rythmes scolaires. Hamon saura-t-il peser face au rouleau compresseur budgétaire ? Et pour quelle politique ?

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