Editos du mois.

Mardi 14 juillet 2009 // Editorial

UNE NOUVELLE ÉQUIPE.

Des commentateurs se déclarent surpris par l’ampleur du remaniement annoncé le 23 juin. Ils semblent avoir oublié que les médias tenaient pour certain que François Fillon serait remplacé après la fin de la présidence française du Conseil européen ou, au plus tard, après les élections européennes. Or le Premier ministre a été confirmé dans ses fonctions et nous avons maintenant un gouvernement « Fillon V ».

Nous avons donc assisté à un réaménagement technique. Qu’on l’apprécie ou qu’on le redoute, Brice Hortefeux n’était pas à sa place aux Affaires sociales alors qu’il servira efficacement Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur. Michèle Alliot-Marie, qui a appliqué sans états d’âme la politique du président place Beauvau, fera de même au ministère de la Justice où elle remplace la très discutée Rachida Dati devenue députée à Strasbourg. Bernard Kouchner reste au Quai d’Orsay, la Défense (Hervé Morin) ne change pas de titulaire, les Finances (Christine Lagarde) non plus et Jean-Louis Borloo continue sa tâche dans le domaine de l’écologie, en un moment où la percée électorale de Daniel Cohn-Bendit provoque quelque émoi. Le départ de Michel Barnier, remplacé par Bruno Le Maire à l’Agriculture, ne modifiera pas la politique en ce domaine.

Les nouveaux secrétaires d’Etat ont été choisis après de subtils calculs portant sur les équilibres internes de la majorité présidentielle et, selon, la mauvaise habitude de la droite comme de la gauche, la logique gouvernementale a été sacrifiée à la représentativité régionale ou ethnique (on parle en ce cas de « diversité ») pour ce qui concerne Nora Berra et Marie-Luce Penchard, fille de Lucette Michaux-Chevry, figure éminente de la droite antillaise.

La nomination comme ministre de la Culture de Frédéric Mitterrand a été présentée comme un événement en raison de la notoriété de cet homme de télévision. Mais le retentissement médiatique masque la faiblesse de l’ouverture : le neveu du défunt président, qui avait appelé à voter pour Jacques Chirac en 1995, se retrouve en compagnie du seul Michel Mercier, trésorier du Modem jusqu’à ces derniers jours, pour incarner ceux qui viennent d’autres rives politiques. Le départ de Yama Rade (secrétariat aux droits de l’homme) et celui de Christine Boutin (Logement) montre simplement que l’Élysée a voulu changer l’affichage dans sa politique de communication.

Ce réaménagement du dispositif ne change rien sur le fond : Nicolas Sarkozy reste de facto le véritable chef d’un gouvernement dans lequel François Fillon continue de faire figure de directeur de cabinet. Preuve en est le discours-programme prononcé par Nicolas Sarkozy devant le Congrès réuni à Versailles, à la veille de la formation de la nouvelle équipe ministérielle. Les orientations annoncées en vue de la sortie de crise, le projet d’un emprunt d’Etat, la question des retraites, la maîtrise des dépenses de santé sont du domaine du gouvernement responsable devant l’Assemblée nationale. Mais il est seulement demandé à François Fillon d’appliquer la ligne de l’Elysée en faisant preuve d’« audace réformatrice ».

Il est par ailleurs évident que Bernard Kouchner et Hervé Morin demeureront chargés d’appliquer les directives élyséennes, comme ils le font depuis leur nomination en 2007. Face à la nouvelle offensive politique du Président, l’opposition de gauche a fait part de ses réserves et de ses critiques mais ces mouvements de mauvaise humeur n’ont pas eu le moindre effet sur l’opinion. Nicolas Sarkozy est donc toujours libre d’agir sur le terrain politique et il n’a plus à redouter d’explosion sociale dans l’immédiat car beaucoup de salariés et les syndicats sont désemparés. Rien ne change à Paris, alors que la crise mondiale bouleverse les données familières. C’est ce décalage qui devrait inquiéter.

 

JACKSON-LONGO : DESTINS CROISÉS.

Deux stars hors du commun sont projetées sous les feux de la rampe jeudi 25 juin. L’une et l’autre ont 50 ans.

Homme aux 700 millions de disques et icône internationale, le chanteur Mickael Jackson s’effondre en plein entraînement, épuisé par on ne sait quels excès, trois semaines avant un improbable come-back.

Femme aux 700 millions de coups de pédale et icône nationale, la cycliste Jeannie Longo gagne le même jour un 56° titre de championne de France (en 30 ans) écoeurant des dauphines pourtant aguerries.

L’artiste américain a tant maltraité son corps, les opérations désespérées d’une chirurgie qu’on n’ose qualifier d’esthétique signaient son profond malaise existentiel. Sur scène dès l’âge de 6 ans, il avait pris sa première retraite, épuisé à 40 ans, vivotant depuis dans un isolement moral et mental stupéfiant.

La sportive française affirme ménager son corps, dont la résistance défie l’entendement. Increvable, elle s’alimente bio et s’entraîne « moins mais mieux ». Celle qui se dit préretraitée garde la « niaque ». Elle envoie, année après année, ses cadettes à la retraite sportive. Le succès de Jeannie, c’est aussi celui d’un couple, avec un mari toujours présent, efficace au bon moment comme on vient encore de le voir quand il fallut faire face à des commissaires techniques hésitant sur l’homologation d’une selle de vélo...

Mickael Jackson ressemblait à un adolescent perdu entre deux âges, à l’image de ses traits figés. Visage de cire issu d’une atterrante reconstruction, il paraissait déjà appartenir à l’Histoire. Mamie Longo ne renie pas ses années. Avec les traits marqués d’une cinquantenaire dure au mal, elle vise les prochains JO pour se consoler d’une 4° place à Pékin. Son histoire toujours vivante donne envie de chanter « ma grand-mère fait du vélo ».

Michael, qui fut un danseur féerique et un extraordinaire chanteur, semblait KO debout. Il peinait à faire rêver. Pour éponger ses dettes, on avait vendu par centaines de milliers les billets de ses prochains concerts. Mais pouvait-il remonter sur scène, plus de dix ans après en être descendu, et être tombé si bas ? Les observateurs spécialisés en doutaient. Sa dernière conférence de presse avait duré trois minutes. En danseuse sur son vélo, l’inoxydable Jeannie a récemment gagné le Trophée des grimpeurs. Elle nous transporte en apprivoisant le temps, sans vouloir le défier.

Un homme, une femme aux parcours excessifs. Cent ans à eux deux. Incroyables talents. Détenteurs de records planétaires, ils marqueront l’histoire universelle de la musique et du sport. Il restera de l’un des chansons et des clips indémodables, au-delà du tragique d’un destin peu enviable. Et de l’autre une leçon de volonté sportive.

Un seul regret pour Jeannie Longo, ne pas être parvenue à donner naissance à un enfant. L’enfance, il semble que Michaël Jackson, jamais vraiment adulte, s’y soit égaré. Et l’on n’ose penser à l’avenir des trois enfants qu’il élevait.

 

HADOPI : L’ETAT DE DROIT RÉTABLI.

Le sujet traité par la loi Hadopi, sur le « piratage » sur Internet, était complexe, et il y avait des arguments recevables de part et d’autre.
Rappelons que dans ce débat sur la protection de la propriété intellectuelle des artistes, pillés sur Internet, il y avait effectivement une question de droits de propriété à protéger : aucun responsable, a fortiori aucun artiste concerné, ne saurait balayer d’un revers de main cette question des droits de propriété. Comment « rentabiliser » une oeuvre si n’importe qui peut s’en emparer gratuitement ? Donc il fallait faire quelque chose, puisque ce droit est bafoué.

Mais ce qui posait un problème, dans la loi Hadopi votée par le parlement, c’était d’une part la sanction (couper la connexion Internet) et d’autre part l’organisme chargé de le faire (une simple autorité administrative). Or ce sont ces deux points qui ont valu l’annulation d’une partie de la loi Hadopi par le conseil constitutionnel.

Que dit la décision du Conseil constitutionnel : « Considérant qu’aux termes de l’article 11 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi » ; qu’en l’état actuel des moyens de communication et eu égard au développement généralisé des services de communications au public en ligne ainsi qu’à l’importance prise par ces services pour la participation à la vie démocratique et l’expression des idées et des opinions, ce droit implique la liberté d’accéder à ces services ».

Autre élément : « Considérant que les pouvoirs de sanction institués par les dispositions critiquées habilitent la commission de protection des droits, qui n’est pas une juridiction, à restreindre ou à empêcher l’accès à Internet de titulaires d’abonnement » (donc à restreindre l’exercice de la liberté d’expression de l’article 11.) « Le législateur ne pouvait, quelles que soient les garanties encadrant le prononcé des sanctions, confier de tels pouvoirs à une autorité administrative... ».

Quelques remarques.

Il est heureux qu’une nouvelle fois le Conseil constitutionnel tranche non en fonction de la seule constitution, mais du bloc constitutionnel, incluant les déclarations de droits fondamentaux, dits droits de l’homme.

Ces droits fondamentaux sont supérieurs à toute loi de circonstance votée par le parlement et toute contradiction entre les deux doit entraîner l’annulation de la loi comme contraire à la constitution (ainsi une loi qui supprimerait la liberté scolaire, ou la propriété privée, serait annulée par le Conseil constitutionnel au nom de la priorité des droits fondamentaux).

En revanche, nous contestions la position de Cohn-Bendit qui voulait créer un nouveau droit de l’homme, lié à Internet. La technique peut changer, mais les droits de l’homme peuvent couvrir toutes les circonstances nouvelles. Le droit de l’homme, ce n’est pas de communiquer par Internet ou par des signaux de fumée, c’est de communiquer. Pas besoin d’en créer de nouveaux, ils sont intemporels, a fortiori s’il s’agit de droits naturels. C’est comme quand on dit qu’un nouveau produit crée un nouveau besoin. Inventer le téléphone portable n’a pas créé un besoin. Ce n’est qu’une nouvelle réponse au besoin éternel de l’homme de communiquer avec ses semblables. Mettre en avant le rôle premier de la technique (l’infrastructure), c’est avoir gardé une vision marxiste de l’histoire : l’infrastructure serait première, la superstructure n’en serait que la conséquence.

Enfin, il est heureux qu’une nouvelle fois la Cour suprême française rappelle que seuls les tribunaux sont habilités à prendre des sanctions, et non une simple autorité administrative. Il y va de l’indépendance de la justice et de l’état de droit. Si on laisse se développer les sanctions prises par ces autorités administratives, c’est le fondement même de nos libertés qui est menacé. Maintenant, le gouvernement propose une nouvelle formulation, mais les députés y regarderont à deux fois avant de voter le texte remanié, car il faut sauvegarder les droits des artistes et le droit de communiquer et les concilier.

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