Editos de la semaine.

Vendredi 17 juillet 2009 // Editorial

SOCIAL : ROUTINE DE CRISE

Etrange climat en ce début d’été : la tourmente sociale fait rage mais la rencontre entre Nicolas Sarkozy et les syndicats faisait penser à un comité d’entreprise siégeant par temps calme. Cette réunion, qui s’est tenue le 1er juillet, n’a pas fait couler beaucoup d’encre et les quelques articles consacrés au sujet ont rebuté maints lecteurs par leur technicité. On a surtout retenu que le président de la République a évoqué son grand emprunt alors que les syndicats insistaient sur la gravité de la situation dans le domaine de l’emploi.

C’est cette banalité dans l’échange des points de vue qui devrait susciter des commentaires étonnés. De janvier à mai, des millions de Français en colère ont défilé dans les rues. Des grèves dures ont eu lieu, parfois avec séquestration de dirigeants d’entreprise. Le stupide Dominique de Villepin évoqua même une situation « révolutionnaire » Du moins, tout donnait à penser que la tension sociale allait continuer à s’accroître et que la France serait secouée par des épisodes violents.

Puis, très vite, la situation s’est transformée. Cela s’est passé dans le courant du mois de mai, sans que l’on puisse parler de détente. Avec le recul, on peut indiquer un état d’abattement car telle était bien l’impression que donnait à Paris la manifestation du 13 juin : là où défilaient des centaines de milliers de personnes en colère, le 19 janvier, vingt mille syndiqués, en comptant large, marchaient en traînant la jambe sans croire à l’utilité de la manifestation. La CGT représentait le gros de la troupe des marcheurs et Force ouvrière assurait un service plus que minimum car les militants avaient été discrètement dissuadés de participer à cette promenade sans portée.

Pourtant, la crise sociale continue de frapper durement le pays. Au mois de mai, 36.400 chômeurs de catégorie A (sans aucun travail et cherchant tout type de contrat) se sont inscrits au Pôle emploi. La hausse est moins forte que les mois précédents mais la France comptait à la veille de l’été entre 2,5 et 3,6 millions de chômeurs, selon la méthode de calcul que l’on choisit. De plus, on s’attend à de nouveaux plans de licenciements et à l’arrivée de centaines de milliers de jeunes sur le marché du travail au mois de septembre. Christine Lagarde, ministre de l’Economie et de l’Emploi, a d’ailleurs annoncé que « la dégradation de l’emploi » devrait se « poursuivre pendant plusieurs trimestres ». Tous les responsables syndicaux ont souligné le 1er juillet la gravité de cette situation et demandé des « mesures d’urgence à court terme » (Jean-Claude Mailly, de Force ouvrière), déploré la faiblesse du soutien au pouvoir d’achat (François Chérèque, de la CFDT) et réclamé des mesures pour les « demandeurs d’emploi notamment ceux qui sont en fin de droits, pour les licenciés économiques et pour les seniors également confrontés au chômage » (Jacques Voisin, CFTC).

Sur le fond, l’Elysée n’a pas modifié la ligne de conduite qu’il s’était fixée. Le Smic n’est revalorisé qu’au minimum légal (+1,3%) et les mesures concernant le pouvoir d’achat sont et resteront indirectes, notamment la baisse de la TVA dans la restauration. Cependant, le président de la République a répondu à l’attente de Jacques Chérèque en annonçant l’ouverture d’une réflexion sur les allègements de charge portant sur les bas salaires. L’Etat, le patronat et les syndicats participeront à ce « chantier ». D’autres pistes seront explorées dans le domaine des contrats de travail. Il est clair que l’Elysée cherche à gagner du temps dans l’espoir d’une reprise économique en 2010 et que les syndicats, craignant toujours une révolte incontrôlable, s’efforcent eux aussi de calmer le jeu. En ce sens, le faible mouvement social du 13 juin est une réussite et la rencontre sans éclats de voix du 1er juillet une belle démonstration de la sagesse des divers responsables. Mais est-il raisonnable de miser, de part et d’autre, sur la résignation des salariés et des chômeurs ?

L’INDISPENSABLE DIMANCHE.

Le travail du dimanche revient sur le devant de la scène. Depuis cette semaine, les députés planchent sur la proposition de loi de Richard Mallié, député UMP des Bouches-du-Rhône.
Le texte du projet de loi reste pour le moins prudent. A plusieurs reprises, le principe du repos dominical est hautement réaffirmé. Il ne s’agirait en fin de compte que d’ajuster un système de dérogations dans le but de mettre fin à des situations visiblement insoutenables ou économiquement malsaines. Le travail du dimanche ne constituerait jamais qu’une exception dans les zones touristiques et thermales, ainsi que dans les « périmètres d’usage de consommation exceptionnel. »

Il faut évidemment remettre les choses à leur place. Le travail du dimanche existe depuis que le dimanche existe, et c’est heureux. Sans parler des médecins, pompiers ou policiers, il y a les commerces ouverts le dimanche matin, mais aussi les artistes et les gens de spectacle, les restaurateurs et les cafetiers, bref, toutes les professions qui contribuent à la qualité de vie.
Pourtant, le nouveau texte laisse une impression de malaise. Il y a d’abord l’inégalité instituée entre les salariés déjà concernés et ceux des « Puce » qui se verront attribuer une rétribution double par rapport à un jour normal. On se demande ce qu’en pensera le Conseil constitutionnel.

Surtout, il semble que la proposition de loi pèche quelque peu par irénisme. Les syndicats n’ont pas tort de souligner tout ce que le recours au volontariat comporte de théorique pour les salariés. Qui peut garantir le libre choix d’un salarié soumis à la pression d’un employeur, quelle que soit la bonne volonté de celui-ci ? On ne touche pas au repos du dimanche, mais le moins qu’on puisse dire est qu’on ne le protège pas non plus, pire, on le sape doucement.

Faut-il le rappeler ? le repos du dimanche est quelque chose d’indispensable à notre société. Il ne s’agit pas ici seulement de repos individuel, fût-il hebdomadaire, mais d’une institution qui touche directement au lien social. Nous avons besoin de ce jour commun où les familles, mais aussi les autres collectivités humaines se retrouvent pour simplement vivre ensemble. Nous avons besoin du dimanche parce qu’il gratuit.

MONDE

Danse sur un volcan

Le sommet du G8 se réunit sur le site du plus gros tremblement de terre qu’ait récemment connu l’Italie, tout un symbole pour Berlusconi qui a besoin de ce sommet pour rétablir son image. La terre tremblera-t-elle à nouveau entre le 8 et le 10 juillet à l’Aquila, dans les Abruzzes, théâtre le 7 avril dernier du plus fort séisme de la péninsule ? Les dirigeants des huit pays les plus industrialisés du monde seront logés et travailleront dans une école construite pour résister aux mouvements de terrain. Autour d’eux cinquante mille réfugiés. Quel intérêt a le Premier ministre Silvio Berlusconi à tenter ce pari audacieux ?

Sa cote de popularité en Italie, avait beaucoup remonté grâce à son attitude face à la catastrophe. Entre-temps les scandales à répétition, l’affaire de ses amitiés avec une jeune fille mineure, le « Noémigate » la demande de divorce de son épouse... l’ont fait chuter dans les sondages, même si les élections européennes et locales du 8 juin ont démenti ces sondages en donnant la victoire à son parti.

Il compte sur le sommet du G8 pour renforcer sa position positive intérieure. Il n’est pas sûr qu’il réussisse. La tolérance latine commence à céder le pas face au sentiment d’humiliation nationale. Les frasques féminines du papy de 73 ans amusent un temps mais la famille reprend vite ses droits. C’est encore en Italie une valeur sacrée. Le Premier ministre, attaqué hier par les juges pour ses entreprises, la fiscalité, les conflits d’intérêts, avait survécu. La question des moeurs, quoique d’une manière opposée au puritanisme anglo-saxon, risque de lui être fatale. L’électorat féminin se diviserait. L’Eglise ne pourrait pas rester indifférente.

Longtemps, on a pensé que la seule alternative à Berlusconi était la gauche. La déconfiture de celle-ci permet de l’écarter. Mais dans le même temps, l’unification des partis de droite et centre-droit dans le Peuple de la liberté, comme dans l’UMP en France, recrée des opportunités en son propre sein. La plus évidente est celle de l’ancien dirigeant de l’Alliance Nationale, Gianfranco Fini, qui n’en a jamais fini de se recentrer, depuis le néo-fascisme jusqu’à un conservatisme libéral de meilleur aloi. Aujourd’hui président de l’Assemblée Nationale, il peut constituer un recours. L’autre branche du parti, l’ancienne Ligue du Nord d’Umberto Bossi, a le vent en poupe. Beaucoup d’électeurs de Berlusconi hésiteraient néanmoins à durcir la ligne politique soit dans le sens de Fini soit dans le sens de Bossi. Quoi qu’il en ait, Silvio Berlusconi incarne encore l’équilibre, un frein contre le populisme, une garantie de stabilité gouvernementale.

L’affaire Berlusconi risque donc de devenir une affaire Italie au moment où Rome assume la présidence du G8. Le Premier ministre italien n’est plus seulement comptable de sa fonction auprès de l’électorat national, mais aussi des gestionnaires de la planète, au moins de son économie et de ses finances. Un dirigeant contesté, qui doit passer son temps à défendre sa vie privée, comme en son temps le président Clinton, ne peut plus se consacrer convenablement à l’exercice de ses responsabilités publiques. Ce qui passe encore en temps de prospérité n’est plus acceptable en période de crise. Ses pairs du G8 ne manqueront pas de `s’en apercevoir.

Le calcul de Berlusconi est à l’évidence de recevoir leur soutien, de bénéficier de leur solidarité, d’être à nouveau intronisé internationalement. Ils pourraient être les premiers à le juger et à le condamner. Sans doute aura-t-il encore son copain Vladimir Poutine à ses côtés, mais on imagine mal les Obama, Barack et Michele qui auront été reçus en audience par le Saint-Père, sourire de ses rodomontades.

Reste à voir de quel côté penchera le président Sarkozy. On sait Carla plutôt sympathisante de la gauche italienne. La crise a d’autres exigences que le jeu des amitiés et des inimitiés. Mais le profil d’homme d’affaires réussi de Berlusconi est de plus en plus mis à mal.

LE GRAND MÉCHANT LOUP

La civilisation a eu chaud, mais finalement, la bête immonde est vaincue. Hénin-Beaumont ne verra pas les hordes barbares trôner dans son hôtel de ville. Il s’en est tout de même fallu de 265 voix.

La politique a toujours eu besoin de grands méchants loups. Avant le Front national, c’est le Parti communiste qui tenait le rôle, avec d’ailleurs un art consommé. Qu’on se souvienne du flamboyant Georges Marchais qui incarnait (et pas seulement pour la droite) l’armée rouge et le goulag à lui tout seul.

Plus loin encore, il y avait la réaction et le « vrai » fascisme, celui des bruits de bottes, pour ne rien dire des hydres concurrentes de la franc-maçonnerie occulte et du complot jésuite. La Révolution savait, quant à elle manier l’épouvantail royaliste et fédéraliste pour mieux approvisionner la guillotine.

On aime se faire peur en politique. Souvenons-nous du 21 avril 2002, lorsque les hasards de l’abstention et de l’émiettement de la gauche ont fait passer Jean-Marie Le Pen avant Lionel Jospin. Et souvenons-nous aussi que ce même Jospin avait déclaré en 2007, sur France Culture : « Pendant les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste et donc tout antifascisme n’était que du théâtre ».

Le monde politique est décidément une drôle de scène.

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