Écosse : « Un « non » qui en dit long...

Lundi 24 novembre 2014 // L’Europe

Les sentiments nationalistes triomphent en Europe. Force est de constater qu’ils accompagnent une crise de la représentation politique, réclamant le recours aux urnes et un retour de la démocratie.

Deux régions auront tenté, cet automne, de faire entendre leur voix : l’Écosse qui vient de s’exprimer et la Catalogne qui pense encore pouvoir le faire en novembre. On connaît l’issue du scrutin écossais, mais l’on ne sait pas encore si, en Espagne, un référendum sur l’indépendance de la Catalogne grossièrement camouflé en « consultation », pourra avoir lieu. Quoi qu’il en soit, il convient de nous intéresser à ces deux points chauds du moment afin de comprendre ce que doit signifier pour nous, au-delà de cette nouvelle instabilité géopolitique, cette nouvelle forme de contestation politique qu’est le renouveau des mouvements indépendantistes. Bien sûr, comme dans le cas des autres nationalismes historiques, il est bien difficile de tisser des parallèles entre deux mouvements politiques, l’écossais et le catalan, et de distinguer ce qu’ils pourraient bien exprimer de commun.

Au chapitre des différences, il faut déjà souligner que les deux « nations » dont il est question, unies à d’autres par des monarchies à la fonction stabilisatrice, n’ont pas vécu la même histoire. L’Ecosse a bel et bien été indépendante de l’Angleterre durant des siècles, jusqu’à l’Acte d’union de 1707. La Catalogne, elle, n’a pu l’être que de 1641 à 1659. Aujourd’hui, le « droit de décider » réclamé de vive voix dans les rues de Barcelone le Il septembre dernier, à l’occasion de la commémoration du tricentenaire de la chute de la ville face aux troupes du premier Bourbon d’Espagne, est refusé par la Constitution espagnole de 1978 dont on ne rappellera jamais assez qu’elle n’était qu’une paix des braves. Ce « droit à décider » a, lui, été rendu possible, à Édimbourg, par une Constitution tout aussi monarchique qu’en Espagne, mais non écrite et coutumière.

Des différences apparaissent également, quand on s’en tient aux termes des débats actuels. En Écosse, à rebours des prescriptions venues de Londres, l’opinion indépendantiste emmenée par un Premier ministre régional, a défendu un modèle social se rapprochant de celui de l’Europe du Nord, réputé plus ou moins social-démocrate. Pour preuve, à Glasgow, ville ouvrière, le « oui » à l’indépendance a recueilli environ 53 % des voix. Le mépris face aux conséquences des politiques d’austérité menées depuis des décennies a donc failli coûter cher à l’unité du Royaume-Uni. L’indépendantisme a donc en Écosse une forte allure de défiance politique.

En Catalogne, comme le précisait dans E ! Pais (du 14/09) Javier Cercas, grand journaliste et spécialiste incontesté de la transition espagnole, on serait certes bien en peine de distinguer une opposition de ce type, entre des nationalistes tenant d’un modèle social et économique très différent de celui des élites de la capitale. Le gouvernement catalan d’Artur Mas, à l’origine de la consultation prévue sur l’indépendance en novembre, a tout autant coupé dans les dépenses publiques que le gouvernement de Mariano Rajoy. C’est, du reste, ce qui explique une autre différence entre les élites écossaises et catalanes. Les premières se doivent d’être unionistes tandis que les secondes peuvent plus facilement se laisser emporter par le mouvement indépendantiste.

Mais, en y regardant de plus près, il existe bien, chez les Catalans comme chez les Écossais, un sentiment de défiance étayé par le sentiment d’injustice profond et à causalité unique : la marche forcée de l’Europe vers un horizon socio-économique jugé indépassable.

En Espagne, en 2007, cet unanimisme partagé par la gauche et la droite de gouvernement a amené la majorité de José Luis Zapatero à marquer sa différence sur l’échiquier national en concluant un pacte avec les nationalistes catalans il les a laissé fixer seuls un nouveau statut d’autonomie pour la Catalogne en échange d’un soutien aux Cortès de Madrid.

Mais, une fois ratifié, en Catalogne par le vote populaire - certes avec une participation ne s’élevant pas au dessus de 30 % - le Parti Populaire de Mariano Rajoy a porté l’affaire devant le Tribunal constitutionnel. Le texte a alors été censuré.

Chacun des deux grands partis, depuis, rejette aujourd’hui sur l’autre la responsabilité d’une situation bloquée et humiliante pour les Catalans. Une majorité s’était prononcée en faveur du nouveau statut d’autonomie, avant qu’il ne soit censuré.

La ligne de défense de Mariano Rajoy est, du reste, aujourd’hui enfoncée. En témoigne la réaction du numéro deux de son gouvernement. Il y a un an, après le succès d’une première grande manifestation pour l’indépendance de la Catalogue, la vice-présidente Soraya Saénz de Santamaria a défendu bec et ongles la « majorité silencieuse » des Catalans.

Commentant, cette année, la commémoration du 11 septembre, le ministre s’est incliné devant « le droit à manifester », assurant ainsi un service minimum de la démocratie. Amené, sans que ses élites en soient conscientes, à abandonner les règles de la démocratie, chaque État cède par là où il est le plus fragile.

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