Économie Politique de l’offre : phase 2.

Par Charles Guéméné

Mardi 13 mai 2014 // La France


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Le pavé lancé par Yvon Gattaz à propos du smic permet de situer chacun sur une question essentielle : quel niveau de salaire pour quelle politique économique ? Le changement de gouvernement n’apporte aucun changement de politique, bien au contraire.

Logique esclavagiste

Nous ne sommes plus les seuls à l’écrire. Madame Parisot elle-même pense de la proposition de son successeur ce que nous en pensons : dangereux et inutile. Le coût du travail étant trop élevé et le chômage des jeunes trop important, l’idée est simple de considérer qu’en payant moins ceux qui ont un emploi on parviendra a créer des emplois. Curieuse façon de faire de l’économie. Les visiteurs des déjeuners du président Hollande sont sur cette ligne. Notamment Élie Cohen, économiste très écouté et qui, pourtant au cours d’une carrière déjà longue, à avancé à peu près tout et le contraire de tout. C’est à croire que la connaissance de l’histoire ne sert à rien. Que le souvenir des drames engendrés par la politique de déflation du début des années trente a disparu des mémoires. Il fut pourtant une part non négligeable du cocktail qui déclencha la Seconde Guerre mondiale.

Idéologie

Dans un monde libéral parfait, l’offre s’ajuste à la demande. Par conséquent, en période de crise il semble pertinent d’ajuster les salaires avec l’offre de travail. On créé ainsi un surcroît de compétitivité qui est lui même créateur d’emploi. Comme nous l’avons déjà signalé, cette équation est fausse. Cela n’a jamais marché nulle part. En outre, dans une économie aussi au dépendante que l’est la nôtre du marché intérieur, la proposition de faire baisser les revenus du travail est une particulière imbécilité.

L’Allemagne, toujours l’Allemagne. Au moment où on propose en France de revenir sur cet acquis tant social qu’économique essentiel qu’est le salaire minimum, l’accord de gouvernement conclu outre-Rhin entre la CDU et le SPD prévoit d’en mettre un en place. Evidemment, rien de commun avec le nôtre : il serait fixé sur une base régionale et par branches. Entendez par là que l’ex Allemagne de l’est serait une zone à bas salaire et le demeurerait.

On nous claironne que s’il y a moins de chômage des jeunes là-bas, c’est parce qu’il n’existe, pas de salaire minimal et que même on peut y trouver des petits boulots payés une misère. Dommage qu’on ne cherche surtout pas plus loin la vraie explication de ce phénomène. Si moins de jeunes allemands sont au chômage, c’est pour bonne partie parce qu’il y a très sensiblement moins de jeunes entrant sur le marché de l’emploi qu’en France. Bien sûr, messieurs Cohen et consorts ne vont pas s’appesantir sur des faits qui mettent à mal leur petite combinaison.

Un smic régionalisé en France est dans la ligne suivie par les élites : démembrer la nation au profit d’ensemble régionaux élargis, comptant comme autant d’éléments d’une Union européenne basée non plus sur les États nationaux mais sur des ensembles de moindres dimensions territoriales, économiques et politiques. Pour eux l’économie doit primer. La politique doit être à son service et la protéger contre les « appétits » un peu exagérés des salariés.

Réaction

La réaction du gouvernement pourrait faire sourire. Facile pour ceux qui sont en train de détricoter le modèle social français de paraître de gauche en poussant des cris d’orfraie face à la proposition volontairement provocatrice du patron du Medef. Aisé de se dédouaner et d’apparaître en défenseurs des classes populaires et moyennes en rejetant à hauts cris une proposition qui est pourtant dans les cartons du gouvernement. Comme d’habitude, la maladresse de Gattaz a torpillé l’idée. Remercions donc ce dernier.

Pourtant, le gouvernement Valls poursuit la politique du gouvernement Ayrault. La ridicule sortie du Premier ministre après le conseil du 16 avril dernier le démontre. Pas de changement de politique. Un approfondissement du sillon suivi depuis des années. Au PS, le souvenir de la récente défaite et les perspectives encore moins réjouissantes pour les prochaines consultations commencent enfin à faire réfléchir sur la pertinence d’une politique qui ne donne pas, et ne donnera jamais, de bons résultats. Rien que mal à en attendre. La droite est un peu gênée. Nathalie Kociusko-Morizet ne refuse pas d’examiner l’idée, pas plus que les tenants de la droite dite « forte ». il faut dire qu’une telle idée plaît beaucoup au coeur de l’électorat de droite. D’autres, tel Alain Juppé, déjà en orbite pour 2017, ou l’UDI ont tout de suite dit tout le mal qu’ils pensaient d’une idée aussi stupide. 

Seulement stupide ?

Si ce n’était que cela. Stupide et dangereuse. La voie de la déflation, baisse des prix et des salaires, est mortifère. Elle ne peut bénéficier, et encore juste dans les premiers temps, qu’à une petite clique qui s’enrichira aux dépens de la masse. Ajoutez à cela la baisse prévue du pouvoir d’achat déjà riquiqui des plusï9 faibles, le rognage des prestations sociales et vous avez tout ce qu’il faut pour tomber dans une vraie récession. La référence incessante à la mondialisation devrait être faite avec un peu plus de retenue. Ce processus est mis à mal depuis quelques années déjà et il semble assez vain de le prendre comme seul élément pour déterminer une politique économique.

Une désagréable impression reste. Comme si tous ces économistes stipendiés et leurs amis oligarques étaient conscients d’avoir déjà perdu la partie et que plus rien ne doit arrêter la marche vers le chaos. En faire toujours plus. La disparition du « sur-moi » laisse toute sa place aux plus mauvais instincts, au premier rang desquels se situe l’instinct de mort. Une alternative existe, celle de la vie. Il n’y a pourtant guère d’effort à consentir pour l’étudier, la promouvoir et la mettre en place. Il n’est jamais trop tard pour agir mais, à mesure que le temps s’écoule, il deviendra de plus en plus compliqué de nous sortir de l’ornière. Une campagne s’ouvre devant nous qui va nous permettre de porter ce débat et cette espérance.

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