Economie : Comme un charognard en Afrique.

Jeudi 21 mai 2015 // L’Afrique

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Les fonds vautours sont sans doute les spéculateurs dont la réputation est la plus détestable. Le nom qui les désigne n’est pas vraiment flatteur d’ailleurs, mais il leur va si bien.

Elles sont nommées Elliott Management Corporation, Aurelius Capital Management ou Japonica Partners et ont été désignées comme les plus vicieuses sociétés d’investissement. Prenons l’exemple d’Elliott contre la République Démocratique du Congo. D’une part, il y a un pays très endetté, en défaut de paiement, incapable de rembourser la dette. Les débiteurs sont prêts â vendre une bouchée de pain l’obligation, tant ils sont persuadés qu’ils ne recouvreront jamais la somme engagée. Intervient alors Elliott qui effectivement leur rachète la dette au rabais. Le prêteur a perdu de l’argent, certes, mais il en avait accepté les risques en contractant.

Elliott s’arme alors de patience. L’Etat, acculé, demande une restructuration de la dette, Elliott refuse. La bataille engagée dure plusieurs années et s’achève devant les tribunaux américains. Le fonds « vautours » a acheté une obligation à 10 millions de dollars et a réussi à faire condamner la République Démocratique du Congo â 121 millions de dollars en 2005. Elliott dénonce l’irresponsabilité des chefs d’État et leur malhonnêteté. Généralement, les États pauvres attirent toutes sortes de rapaces, même dans leurs propres rangs. Ainsi, les gouvernements font prêter de l’argent â l’État mais se servent en passant. Celui qui paie, comme toujours, c’est le citoyen lambda. Elliott se décrit donc comme un activiste et non pas comme un profiteur ou un voyou. D’ailleurs ils ne s’attaquent qu’aux États qui ont la possibilité de rembourser leurs dettes mais qui le refusent, si on en croit leurs dires.

Comment peut-on contraindre un État souverain à rembourser sa dette ? Elliott est composé de juristes particulièrement efficaces. On peut saisir tous les biens d’un État endetté lorsqu’ils sont situés en dehors de son territoire. Cela n’est possible que grâce à l’intervention des tribunaux américains. Elliott intervient dans des dossiers où il est assuré de gagner. En 35 ans d’activités, le président Paul Singer a perdu son pari seulement deux fois. Elliot attaque en justice actuellement l’Argentine sur un dossier impliquant des détournements de fonds. Le Juge américain, Thomas Griesa, auprès duquel un recours a été lancé déclare qu’Elliot « soupçonne l’ancien président argentin Nestor Kirchner et son épouse, la présidente Cristina Fernandez de Kitchner, d’avoir octroyé des contrats publics lucratifs à des proche, Làzaro Bàez et Cristobal Lopez, qui ont détourné des milliards et blanchi l’argent au Nevada ».
Las Vegas avec son système fiscal et ses casinos semble être en effet un lieu de retraite affectionné par les dictateurs et escrocs en tous genres. Les tribunaux des U S A se déclarent compétents si les contentieux impliquent des dollars US, ou le territoire des USA.

Certes, tous ces acteurs peuvent se cacher derrière l’image de grand justicier des temps modernes qu’Elliott aime afficher mais ils ont forcément conscience que ce ne sont pas vraiment les présidents et les ministres malhonnêtes qui paient. Le peuple est effectivement la première victime de cette spéculation. Le président argentin doit faire quelques sacrifices et éviter de se déplacer à l’étranger avec son propre avion, au risque qu’il soit saisi par Elliott. La situation des États africains est encore plus préoccupante. Lorsque le pays ne peut pas payer sa dette, il fait souvent appel à la solidarité internationale, que ce soit par le truchement du Fonds Monétaire International ou la Banque Africaine au Développement. Cette dernière a d’ailleurs mis en place la Facilité Africaine d’Aide Juridique (FAAJ) qui soutient les États dans leurs batailles juridiques contre les Fonds d’investissement. Cela n’empêche pas le Congo-Brazzaville de faire l’objet de poursuites qui pourraient rapporter plus de 116 millions de dollars de bénéfice au fonds investisseur. Le but de la FAAJ semble très noble en soit. Cependant, lorsque l’on est protégé contre des attaques juridiques par un tiers, on en devient très dépendant. Il faut lui rendre service de temps en temps pour s’assurer qu’il reste du bon côté. Cela a plusieurs avantages. D’une part, tous tes médias trouvent scandaleuse l’action des fonds vautour. D’autre part, l’État occidental qui intervient est vu comme le sauveur, celui qui pourfendra le dragon financier. Et finalement, quand on a un gouvernement à sa botte, il est plus facile de lui faire prendre des mesures facilitant l’investissement étranger ou un droit social peu regardant. N’est-il pas troublant de savoir que l’organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires est membre de la FAAJ ?

La FAAJ a un rôle essentiel. Elle gère l’endettement et résout des contentieux y afférents, conclut des contrats d’exploitation des ressources naturelles par les industries extractives, négocie des contrats d’investissement et elle pratique des transactions commerciales s’y rattachant. Elle obtient de l’argent essentiellement grâce aux prêts des Etats non africains ou des ONG. L’Agence des États-Unis pour le développement international, USAID, a ainsi prêté 3 millions de dollars lors de la création de la FAAJ.

Cette stratégie est intéressante principalement pour les États-Unis, la Chine, le Japon et le Brésil. En effet, les anciennes puissances coloniales ont peu d’intérêt à avoir recours à de telles extrémités puisque les solidarités et les accords sont déjà là. Cela explique pourquoi la France a fait l’objet d’un gentil avertissement de la part des Etats-Unis après le conflit au Mali de 2007. Ils ont eux-aussi envie de se partager le beau gâteau africain, sa population pauvre, ses matières premières et ses marchés publics. L’Afrique, terre d’avenir ? Il s’agira de voir ce qu’il reste de ce riche continent lorsque les hyènes et les vautours auront fini de manger.

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