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Ecole privée ou publique : les choix des ministres

PAR MICHAËL HAJDENBERG

Mardi 1er janvier 2013 // La France

Alors que l’enseignement privé gagne du terrain parmi les élites économiques et intellectuelles, le ministre de l’éducation nationale Vincent Peillon vient de présenter son projet de loi d’orientation et de programmation sur l’école (notre article ici). Il s’agit d’une vaste « refondation de l’école de la République », assure le ministre, dont le texte se garde bien de réanimer les vieilles querelles entre privé et public. Justement, qu’en est-il des membres du gouvernement ?

Quel choix ont-ils fait pour leurs enfants ? Pour le savoir, nous avons adressé voilà plusieurs semaines le message suivant à l’ensemble des membres du gouvernement : 

  • Dans le cadre d’une enquête sur l’enseignement privé, pourriez-vous nous dire si vous avez des enfants qui suivent ou ont suivi une scolarité dans le privé. Si oui, pourquoi ce choix ?
  • Certains de vos enfants vont-ils à l’école publique au-delà des limites du secteur géographique où ils sont domiciliés ? Si oui, est-ce en raison de l’assouplissement de la carte scolaire ? Dans ce cas, pourquoi ?
  • Si vos enfants vont ou ont été dans un établissement scolaire public de proximité, pouvez-vous également préciser les raisons qui ont guidé cette décision ?

Résultat : une immense majorité d’entre eux, parmi ceux qui ont des enfants, déclarent avoir scolarisé leurs enfants dans le public. Quelques-uns n’ont pas souhaité répondre, estimant que cela relevait de leur vie privée. Deux n’ont pas répondu du tout à notre demande malgré nos nombreuses relances.

Pourquoi poser ces questions ? Bien évidemment, chacun est libre de scolariser ses enfants où bon lui semble, et il existe un tas de raisons différentes qui peuvent conduire à ce choix. Bien évidemment aussi, la question ne se pose pas de la même façon quand on habite un quartier bourgeois du centre de Paris (ce qui est ou fut le cas d’un certain nombre de ministres) ou un quartier sensible de la banlieue parisienne.

Mais tout de même. Il nous semblait intéressant de savoir comment les membres d’un gouvernement qui affiche la mixité sociale comme une de ses priorités, mettaient en adéquation leurs paroles et leurs actes.

Par le passé, des ministres de l’éducation nationale de droite comme Luc Chatel, Luc Ferry, ou il y a plus longtemps François Bayrou, ont eu des enfants scolarisés dans le privé. À gauche, ce fut le cas de Jean-Pierre Chevènement, mais pas au moment où il occupait le ministère de la rue de Grenelle. Certains, comme Luc Ferry ou François Bayrou, ont expliqué qu’ils avaient pris cette décision parce qu’ils souhaitaient que leurs enfants suivent un enseignement religieux. Ce qui n’avait pas empêché leur choix de faire polémique.

Plus récemment encore, au début du quinquennat Sarkozy, on pouvait lire dans Le Parisien ou dans Paris-Match que des enfants de François Fillon, Nadine Morano, Hervé Morin, Laurent Wauquiez ou Luc Chatel fréquentaient des établissements privés.

Vincent Peillon et son prédécesseur Luc Chatel
Vincent Peillon et son prédécesseur Luc Chatel© Reuters

Voilà donc un domaine dans lequel la gauche semble marquer sa différence : nous reproduisons ci-dessous les réponses qui nous ont été faites par les ministres, parfois sèches voire imprécises, parfois accompagnées de quelques commentaires. Dans chaque catégorie, par ordre protocolaire.

Les ministres dont les enfants vont ou ont été dans un établissement public (aucun n’a mentionné une dérogation à la carte scolaire)

  • Jean-Marc Ayrault  : ses deux enfants ont fait leur scolarité dans le public.
  • Vincent Peillon : secteur public, pas d’entorse à la carte scolaire.
  • Cécile Duflot  : ses enfants sont dans le public, sans dérogation. Les raisons qui ont guidé cette décision sont le respect de la carte scolaire telle qu’elle a été établie ainsi que l’attachement du ministre à l’école publique et à l’idée de service public de l’éducation.
  • Manuel Valls : quatre enfants. Tous passés par l’école publique, dont deux jumeaux de 13 ans actuellement, scolarisés en banlieue parisienne, à côté de leur domicile.
  • Nicole Bricq : la ministre a un fils qui a effectué toute sa scolarité dans le public (de la maternelle au lycée). Ce choix a été fait par conviction et pragmatisme (écoles à proximité du domicile familial).
  • Michel Sapin a trois enfants, scolarisés dans le public de proximité, aucune entorse à la carte scolaire.
  • Aurélie Filippetti : sa fille est scolarisée dans le public.
  • Geneviève Fioraso a scolarisé ses deux enfants dans le public, sans jamais avoir demandé de dérogation à la carte scolaire.
  • Najat Vallaud-Belkacem : ses enfants, qui n’ont que 3 ans, sont scolarisés à l’école publique.
  • Stéphane Le Foll : son fils a toujours été scolarisé dans l’enseignement public dans le secteur de son domicile. Il n’a jamais envisagé les choses autrement. 
  • Victorin Lurel a inscrit son enfant dans le public.
  • François Lamy : sa fille est passée par le public.
  • Bernard Cazeneuve a deux enfants qui sont inscrits dans un lycée public près de leur domicile.
  • Benoît Hamon a un enfant en garde partagée, l’autre scolarisé dans une école maternelle publique de proximité.
  • Dominique Bertinotti  : a un enfant dans le public, sans entorse à la carte scolaire.
  • Pascal Canfin a ses enfants dans le public de l’est parisien, dans une école de secteur. Il croit à l’école publique, cela correspond aux valeurs qu’il défend.
  • Thierry Repentin a fait le choix du public.
  • Idem pour Anne-Marie Escoffier.
  • La fille d’Alain Vidalies a fait toute sa scolarité dans le public.

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