Mediapart

EPOC

PAR FABRICE ARFI ET KARL LASKE

Samedi 1er septembre 2012 // La France

Jean-Charles Brisard cherchait un nom de code. Il a choisi « EPOC », l’anagramme de Copé, pour désigner les informations à transmettre aux policiers concernant Jean-François Copé. Entendu l’automne dernier sur la campagne d’Édouard Balladur – il a appartenu à la cellule “Jeunes” de l’équipe du candidat, puis dans l’affaire Takieddine, l’agent de recherche privé veut révéler sans apparaître, mais les policiers ont établi, sans l’en avertir, des procès-verbaux intitulés « Renseignements fournis par M. Jean-Charles Brisard ». Dans ces PV, Brisard pointe les conditions d’achat par l’ancien ministre d’un appartement à Paris, des remises d’espèces par Ziad Takieddine et l’ouverture d’un compte en Suisse par Isabelle Copé, sœur de l’ancien ministre et avocate.

Ces éléments sont a priori de première main. Isabelle Copé est une amie. Brisard est aussi l’auteur d’un mémo accusateur sur un financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Dévoilés en novembre par le JDD, les procès-verbaux de renseignements sont accueillis par les démentis cinglants de Jean-François Copé et ceux, embarrassés, de Jean-Charles Brisard.

Copé et Takieddine
Copé et Takieddine © Mediapart

« La question qui concerne M. Takieddine est liée à une enquête, qui est en cours, (…) qui a trait à une histoire et une période dont je n’ai rien vécu, qui est la période de 1993-1995, s’est plaint Jean-François Copé, l’an dernier, sur le plateau de l’émission Question d’info (LCP/Le Monde/France Info). La plupart des protagonistes, je ne les ai connus qu’après, bien longtemps après. »

Mais l’enquête a progressé. En mai dernier, son périmètre initial a été élargi à des faits de blanchiment aggravé, permettant au juge Renaud Van Ruymbeke de s’intéresser à toutes les opérations financières suspectes qui ont suivi. Le magistrat est désormais fondé à questionner l’ancien ministre sur les avantages retirés de sa relation « amicale » avec le marchand d’armes durant les années 2000, mais aussi sur les soupçons évoqués par les mémos « EPOC ».

Le calendrier n’est pas bon. Alors qu’il concourt à la présidence de l’UMP, Jean-François Copé devrait être convoqué à l’automne par le magistrat instructeur, selon une source proche de l’enquête.

Obtenue par Mediapart, la note « EPOC » fait apparaître l’ouverture du compte n°386315 au Crédit suisse de Genève au nom d’Isabelle Copé et de son mari. Nous sommes alors en juillet 2005. Jean-François Copé, ministre du Budget, est à la tête de l’administration qui fait la chasse aux fraudeurs fiscaux.

Extrait du fichier 'Epoc'
Extrait du fichier "Epoc"

Dans leur procès-verbal, établi quelques jours après la remise de ce document, les policiers indiquent qu’ils ont informé le juge Van Ruymbeke, qui leur « prescrit de relater les informations fournies par M. Brisard dans un procès-verbal d’information distinct ».

« Il (Brisard) nous indique qu’il connaît très bien la famille Copé et plus particulièrement Isabelle Copé et son mari, Philippe, notent les enquêteurs. Ils auraient contacté M. Brisard, car ce dernier est résident suisse. Les époux souhaitaient avoir des renseignements sur l’ouverture d’un compte suisse à leur nom. Ils lui ont précisé que son compte était en fait pour Jean-François Copé qui lui servirait de compte de passage. Ce compte a été ouvert en juillet 2005, auprès du Crédit Suisse de Genève. » Les enquêteurs notent au conditionnel le numéro du compte : 386315.

Jean-Charles Brisard, qui découvre plus tard la prose des policiers, assure qu’ils ont ajouté leurs propres hypothèses sur le PV. Les policiers avaient déjà « des éléments sur le compte de la sœur Copé », assure-t-il. Et son propre nom avait été, d’après lui, retrouvé sur les documents bancaires puisqu’il avait bel et bien introduit le couple dans cette banque.

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