Valeurs Actuelles

Du supermensonge à la banqueroute.

L’éditorial Par Yves de Kerdrel.

Jeudi 18 juillet 2013 // La France

Sacha Guitry affirmait : « Ne mentez jamais, il faut trop de mémoire ! » François Hollande, Jean-Marc Ayrault et Pierre Moscovici, les trois supermenteurs du moment, n’ont jamais lu cette recommandation. Pendant toute la campagne présidentielle de 2012, ils ont clamé en choeur que le déficit budgétaire allait enfin rentrer dans les "clous", que la dette allait reculer et que les comptes publics seraient en bon ordre grâce à eux. Ces gros mensonges prononcés en toute connaissance de cause, puisqu’ils promettaient en même temps une augmentation de la dépense publique, une embauche massive de fonctionnaires et des revalorisations d’allocations, n’ont pas empêché la majorité des Français de leur donner les clés du pouvoir.

Le mensonge a ceci de particulier qu’il oblige celui qui le profère à imaginer sans cesse de nouvelles contrevérités pour faire oublier les dissimulations et les mystifications. Pendant un an, Pierre Moscovici a assuré, tel le ravi de la crèche, qu’en dépit d’une croissance atone, de moindres rentrées fiscales et de dépenses publiques en forte hausse, le déficit public serait limité cette année à 3% de la richesse nationale, et serait réduit à néant en 2017. Ce n’était pas un voeu. C’était bien un mensonge destiné à faire croire aux investisseurs que la France de Hollande était au moins aussi bien gérée que celle de Nicolas Sarkozy. Un chef d’entreprise qui ment de cette manière et fournit de fausses informations est immédiatement poursuivi par les autorités de marché.

Comme l’aurait dit lui-même Jérôme Cahuzac, ministre du Budget sous l’autorité de Pierre Moscovici pendant dix mois : « C’est moins grave de mentir quinze secondes devant 577députés que de mentir depuis un an sur l’état de la France, comme le fait François Hollande. » Ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui l’ancien député et maire de Villeneuve-sur-Lot n’est plus "en état de nuire", alors que le gouvernement auquel il a appartenu continue d’égrener son chapelet de mensonges. Il y a quelques semaines, il a fourni à Bruxelles une "nouvelle trajectoire budgétaire" assurant que cette année le déficit ne dépasserait pas 3,7 %, et qu’il se situerait à 2,9 % en 2014. Tout cela sur fond de prévisions de croissance sorties davantage d’un manuel de science-fiction que d’un traité d’économie.

Mais il existe heureusement quelques "cordes de rappel" dans notre pays. Notamment cette prestigieuse Cour des comptes présidée par le socialiste bon teint Didier Migaud. Dans son dernier rapport annuel (lire page 38), ce dernier ne s’est pas privé de dire que les chiffres fournis par le gouvernement ne résistaient pas un instant à la réalité économique, fiscale et même boursière. Puisque depuis deux mois les taux d’intérêt auxquels se refinance la France ont augmenté de 0,69 %. Si bien que, dans le meilleur des cas, le déficit budgétaire sera supérieur de 20 milliards d’euros
cette année à ce qui était prévu dans la loi de finances.

Bien sûr il se peut que la France ait souffert plus que prévu de la détérioration de l’environnement économique. Bien sûr certaines recettes escomptées ne sont pas au rendez-vous. Bien sûr la gestion budgétaire n’est pas une science exacte. C’est pour cette raison que les précédents gouvernements de droite prenaient chaque année des mesures d’ajustement à l’occasion de ce que les techniciens appellent un collectif budgétaire. Mais alors que cette année un tel rendez-vous aurait été très largement justifié, le gouvernement a préféré opter pour la politique de l’autruche. Un débat budgétaire aurait conduit le pays tout entier à prendre conscience que nos gouvernants sont des falsificateurs.

Tout cela pourrait prêter à rire si cette situation catastrophique n’amenait pas le pays à la banqueroute. Chacun de nous doit prendre conscience qu’il est assis dans un autocar fonçant à toute allure vers un gouffre, avec un chauffeur privé de freins.
Mais un chauffeur qui klaxonne et chante une rengaine selon laquelle la courbe du chômage va s’inverser. Et pour cela, il n’hésite plus à "claquer" des milliards dans des "emplois aidés" pour ne pas être ridiculisé par cette autre tromperie.

Pendant ce temps la dette dépasse 1900 milliards, les taux d’intérêt remontent, la spéculation s’attise, et tout se met en place pour une faillite comme celle que Necker a tenté d’éviter en 1788. Mais cette chronique d’une tragédie annoncée n’empêche pas François Hollande de donner des leçons de transparence à toute la classe politique. Plutôt que de consacrer tant d’énergie à publier les patrimoines privés des ministres, ce gouvernement aurait mieux fait de rendre crédibles les comptes publics de la nation. À moins que ce renversement des valeurs ne soit sa marque de fabrique.

kerdrel@valmonde.fr
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