Du ras-le-bol fiscal aux jacqueries à venir.

Mercredi 23 octobre 2013 // La France

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Il faut relire Mark Twain, ce Dickens américain qui est passé à la postérité en raison du succès des Aventures de Tom Sawyer. Chercheur d’or, journaliste, financier puis écrivain, cet Américain nous a laissé une formule merveilleuse et ô combien d’actualité : « La seule différence entre la taxation et la taxidermie, c’est qu’avec la taxidermie on sauve sa peau. » Ces quelques mots parlent mieux que n’importe quel discours aux 84 % de Français qui ont affirmé dans un sondage CSA, publié samedi par Nice-Matin, partager ce "ras-le-bol fiscal" qui monte des profondeurs du pays. Le plus frappant dans cette étude d’opinion, c’est que ce sentiment dépasse tous les clivages politiques, puisque 70 % des Français qui votent à gauche se sentent oppressés par les impôts. Il transcende également toutes les classes sociales, puisque 78 % des ouvriers comme 89 % des cadres estiment que leurs impôts ont trop augmenté.

Ces chiffres sont très intéressants dans la mesure où, pour la première fois, ils traduisent de manière concrète le coup d’assommoir fiscal que les Français ont reçu sur la tête au cours des quinze derniers mois. Surtout ils démontrent par a + b l’incroyable mensonge des socialistes qui affirmaient il y a un an que les nouvelles taxations ou les suppressions de niche fiscale ne concerneraient que les 10 % des Français les plus aisés.

Bien sûr, ceux-là ont été "rincés" par une quantité - de mesures nouvelles aussi injustes que maladroites. Bien sûr, les Français les plus riches, et qui avaient la possibilité de le faire, ont pris la poudre d’escampette pour fuir cette lamentable chasse au mérite, à la réussite et à la performance. Bien sûr, certains ont su réaménager leur patrimoine, leur épargne et même leurs revenus pour s’adapter à cette nouvelle forme de "chasse aux sorcières". Mais la vérité crue révélée par ce sondage, c’est que ce sont bien les classes moyennes qui n’en peuvent plus devant ce trop-plein d’impôts nouveaux.

Ce sont aussi des millions de retraités aux revenus modestes qui craquent en recevant leur avis d’imposition. Ce sont encore des ouvriers par centaines de milliers qui ont perdu plus de 10 % de leur pouvoir d’achat à cause de la refiscalisation des heures supplémentaires.

Mais ce "ras-le-bol fiscal", que même des ministres socialistes ont mis en avant, n’est pas seulement un problème d’argent et d’espèces sonnantes et trébuchantes, même si beaucoup de Français se demandent comment ils vont régler cette addition. C’est aussi un problème de société. Car la plupart des Français sont d’honnêtes citoyens. Ils sont prêts à comprendre qu’il faille participer davantage aux besoins financiers de l’État. À la condition que celui-ci assure leur tranquillité, donne un meilleur enseignement aux enfants, prodigue des soins de bonne qualité partout en France, reconduise à la frontière tous ces clandestins qui apprécient nos allocations tout en piétinant nos lois, et améliore la qualité des services publics.

Le problème, c’est que plus les Français paient d’ impôts, plus ils voient la situation du pays se dégrader. La délinquance explose comme jamais. L’insécurité atteint un niveau record, comme l’a démontré une étude publiée par le journal le Monde.
Les images quotidiennes de Marseille, ou des braquages hebdomadaires de bijouterie à Paris ou sur la Côte d’Azur amènent les Français à se demander ce que l’on peut bien faire de tout cet argent qu’on leur prélève. Et ce lien entre impôt et insécurité va monter en puissance au cours des mois qui viennent. Puisqu’un récent sondage a montré que les deux préoccupations principales des électeurs à l’occasion des municipales de mars prochain seraient le montant des impôts locaux et la lutte contre la délinquance.

Michel Audiard s’était écrié, il y a déjà quelques années : « Le jour est proche où nous n’aurons plus que l’impôt sur les os ! » Au-delà du calembour que le cinéaste et dialoguiste affectionnait tant, cette phrase prend une résonance particulière aujourd’hui, dans la mesure où ce sont les mêmes Français qui paient de plus en plus d’impôts et qui font en même temps l’objet de cambriolages, voire d’agressions ou de rapines. L’impôt est justifié quand l’État qui le perçoit assure la sécurité des biens et des personnes, et les grandes missions régaliennes. Dès lors que ce n’est plus le cas, et que l’impôt est utilisé à des fins punitives ou comportementales pour satisfaire une poignée d’écologistes hirsutes, il devient insupportable au propre et au figuré. Plutôt que de traiter de populistes ceux qui véhiculent ce discours, les socialistes seraient bien inspirés d’en tirer les leçons avant de voir monter de toute cette France des invisibles une immense jacquerie qui les emportera.

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