Droite : Année Zéro

Mardi 3 juillet 2012 // La France

Drapeau de FranceRebond - Sévèrement battue par la gauche, l’ancienne majorité a perdu un tiers de ses élus. Saura-t-elle profiter de sa défaite, et des questions qu’elle pose, pour repartir de l’avant ? Elle n’a pas de temps à perdre.

Elysée, Matignon, gouvernement, Sénat, la plupart des régions, des départements, des grandes villes et, depuis dimanche soir, l’Assemblée. C’est une France entièrement rose que la droite va devoir retapisser de bleu au cours des cinq prochaines années. Mais quelle droite ? Une droite "à droite toute" ou une droite d’inspiration centriste ? Une droite sarkozyste ou postsarkozyste ? Une UMP parti unique ou une opposition plurielle ? Avec quel chef ? Quelle équipe ? Quel projet ? Quelle stratégie vis-à-vis du FN ? Comme le dit le député UMP (Droite populaire) Lionnel Luca : « C’est droite, année zéro ! Tout est à rebâtir mais sans perdre de temps et se perdre dans les querelles des petits chefs. »

Profondément divisée en interne, l’UMP ne dispose plus d’alliés ni de réserves de voix sur sa droite (pour avoir siphonné les villiéristes et rejeté le FN et Dupont-Aignan) et sur sa gauche (excepté un centre en capilotade). Comment, dès lors, doit-elle s’y prendre pour redresser la pente et faire renaître l’espoir ? Faute de compter sur la déception que ne manquera pas d’inspirer, rapidement, le pouvoir socialiste, la droite va devoir se réinventer. Jean-François De fond en comble. Les débats, qui, depuis dimanche, ont commencé d’agiter la présidence du groupe parlementaire et le congrès de cet automne, qui s’annonce « chaud bouillant » , peuvent être sa chance au congrès à condition de la saisir.

L’UMP AU TAPIS

Sept défaites en cinq ans ! C’est le bilan de l’UMP depuis les législatives de 2007, dernière victoire électorale du parti fondé par Chirac et Juppé en 2002. De quoi provoquer un "droit d’inventaire" de la stratégie du parti unique à droite : « La formation unifiée créée en 2002 permet d’assurer la présence au second tour, mais elle n’a pas les réserves nécessaires pour dépasser ses objectifs », décrypte le sénateur UMP Roger Karoutchi. Depuis 2007, le PS et ses alliés ont remporté les municipales, les cantonales, les européennes, les régionales, les sénatoriales, la présidentielle et les législatives. Tous les pouvoirs sont aux mains du PS « Après le bleu-blanc-rouge, c’est le rose-rose-rose : on est en plein dans l’État-PS », résume un élu UMP défait lors des législatives.

« L’UMP est une machine de guerre électorale, mais qui s’est retournée contre son maître. Elle est devenue une machine à perdre », confie, dépité, un ancien ministre sarkozyste. Forte avec 305 députés (sans compter les 24 députés Nouveau Centre) en 2007, la voilà réduite à la portion congrue :218 députés, en incluant ses alliés. Pour trouver si faible représentation, il faut remonter à 1981. Et encore la droite était-elle majoritaire au Sénat ! La situation de l’UMP est rendue encore plus critique par la défaite, dimanche, de nombre des cadres (Claude Guéant, Nadine Morano, Michèle Alliot-Marie, Hervé Novelli, Jean-Paul Garraud, Frédéric Lefebvre, Éric Raoult, Renaud Muselier...) mais aussi de plusieurs de ses "jeunes pousses" (Valérie RossoDebord, Guillaume Peltier...).

MINÉE PAR LES DIVISIONS

Principaux rescapés de la vague rose du 17 juin, Copé 59,5% à Meaux, Fillion 56,5% à Paris et Juppé qui avait décidé de ne pas se jeter à l’eau à Bordeaux, se disputeront le leadership de la droite lors du congrès de cet automne. Le premier peut compter surles libéraux, la Droite populaire, et Jean-Pierre Raffarin, chef de file des Humanistes. De son côté, Fillon assure déjà que l’U M P doit se renouveler une critique en creux de la gestion du parti par Copé.

« L’élection du président de groupe à l’Assemblée n’était qu’un aperçu de la guerre à couteaux tirés qui aura lieu à l’automne », assure même un de ses proches.

Une véritable fracture idéologique menace le parti. D’un côté, ceux qui récusent la "main tendue" aux électeurs FN, tel Alain Juppé, qui exhorte dans le Monde l’UMP à « clarifier ses valeurs », et pointe une incompatibilité avec le FN qui n’a « jamais clarifié ses positions sur l’antisémitisme et la Shoah » (oubliant que Marine Le Pen a qualifié dans une interview au Point les camps nazis de « summum de la barbarie »). « On peut gagner en restant soi-même », insiste le néofillonniste et surtout très anticopéiste Xavier Bertrand, réélu de justesse (50,3 %) dans l’Aisne. Rejoint depuis par le "mousquetaire" proche de Copé, François Baroin. La frange plus droitière du parti estime, quant à elle, qu’il faut continuer à faire tomber les digues avec le Front national. Mais la Droite populaire a perdu de son influence ; près de la moitié des membres sont tombés le 17 juin !

Déjà commencé, enfin, le procès du sarkozysme. Dans son livre à paraître, Un quinquennat si tranquille (L’Archipel) ; Marc-Philippe Daubresse dénonce « l’humiliation des chiraquiens, un vrai faux premier ministre,des nominations incohérentes, une gouvernance inadaptée, un mélange de confiance etde précipitation ». Précision : Daubresse est... secrétaire général adjoint de l’UMP !

LE CENTRE RAYÉ DE LA CARTE

À ses côtés, l’UMP ne peut plus compter sur son allié historique centriste et sur l’apport de ses voix. Le centre est atomisé, à l’agonie. François Bayrou a été défait dans son fief des Pyrénées-Atlantiques et a entraîné le MoDem dans sa chute : 1,8 % au premier tour (contre 7,6 % en 2007). Son fidèle Jean Lassalle ne s’en est sorti qu’en rappelant qu’il avait, lui, glissé-un bulletin Sarkozy dans l’urne, le 6 mai. Les électeurs de Bayrou n’ont ni compris ni accepté son choix personnel de voter pour François Hollande. Il le paye très cher.

Du côté du centre droit, resté dans le giron sarkozyste, il n’y a pas de quoi pavoiser non plus. Le Nouveau Centre d’Hervé Morin comptait 24 députés : ils ne sont plus que 13 plus divisés que jamais ! Pas même de quoi former un groupe (15). Seule l’alliance avec les 6 élus du Parti radical de Jean-Louis Borloo qui sort lui aussi affaibli de ces législatives (notamment avec le revers de sa vice-présidente Rama Yade, sèchement éliminée dès le premier tour dans les Hauts-de-Seine) - leur permet de créer le groupe parlementaire Union des démocrates et indépendants (UDI) à l’Assemblée nationale.

Seront-ils un jour en mesure de constituer à nouveau une force d’appoint pour le parti majoritaire ? C’est loin d’être sûr. L’avenir de la droite se joue pourtant en partie là. « Le vrai sujet maintenant, estime le sarkozyste Roger Karoutchi, c’est de savoir s’il peut y avoir une grande famille centriste non intégrée à l’UMP, organisée à ses côtés. »

LE CACTUS FRONT NATIONAL

Deux députés, quelques autres sièges ratés de justesse, un désistement officiel à l’UMP, la fin du "front républicain’ 66 % des électeurs de droite qui réclament des accords avec le FN... : « Nous avons brisé le plafond de verre », commente Marine Le Pen. Certes, celle-ci a été devancée (de 118 voix) dans le Pas-de-Calais. Certes, encore, le FN n’aura qu’un rôle marginal à l’Assemblée. Il n’empêche : la présence de Gilbert Collard, 64 ans, le très médiatique avocat issu de la gauche, et de Marion Maréchal-Le Pen, 22 ans, la (ravissante) petite-fille de Jean-Marie, ne risque pas de passer inaperçue ! « C’est un double symbole, affirme Marine Le Pen : l’ouverture avec Gilbert [qui n’a pas sa carte du FN] et la jeunesse avec Marion [la benjamine des députés de toute l’histoire de la République] . »

Avec 25 % des voix en moyenne en triangulaire, et 36 % en duel, le FN est incontournable. Preuve de son attraction sur l’électorat UMP : c’est dans les 20 duels où il affrontait la gauche qu’il progresse le plus entre les deux tours - jusqu’à doubler son score. À noter, encore, que partout où les candidats FN étaient arrivés devant ceux de l’UMP en triangulaire, ce sont ces derniers qui ont reculé au bénéfice des premiers. « Pour l’UMP, le FN, c’est de la nitroglycérine, résume un député battu. Soit on s’en rapproche, comme le veulent nos électeurs, et nous avons les centristes, la gauche et les médias contre nous ; soit on les repousse, comme le veulent les centristes, la gauche et les médias, et nous perdons nos électeurs.

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