Politique

Droit de regard Par Catherine Nay : Le grand gâchis.

Vendredi 7 novembre 2014 // La France

Les pilotes d’Air France, bien sûr, on les bénit à chaque atterrissage. Ces jours-ci, on les a maudits. Des messages violents ont été échangés sur les forums en ligne contre ces enfants gâtés de la profession : 20 à 25 % d’heures de moins que leurs homologues européens, un coût horaire 40% plus élevé que dans les compagnies low cost. Ils ont entre les mains l’arme absolue : l’arrêt du trafic, la prise en otages des voyageurs et des autres salariés de l’entreprise.

Air France bloquée quatorze jours, c’est près de 300 millions d’euros de perte. Cette grève ruine les efforts de productivité consentis depuis deux ans par l’ensemble des personnels. L’image de la compagnie, qui présente ses excuses aux voyageurs, est affectée. Certains ne reviendront pas. Arc-boutés sur leur statut, ces pilotes grévistes ont le culot de réclamer le paiement de leurs jours de grève.

C’est un immense gâchis. La direction d’Air France a-t-elle été trop inflexible ? Les pilotes ayant décelé un manque de respect à leur égard, c’est devenu une bataille d’ego. Des deux côtés on a perdu son sang-froid. Les pilotes espérant la démission du président-directeur général, Alexandre de Juniac.

Oubliant les cafouillages, Valls s’est félicité de la fermeté du gouvernement face aux grévistes d’Air France...

L’État actionnaire n’a pas été aussi brillant que Manuel Valls veut bien le dire. Il s’est félicité dimanche de la fermeté du gouvernement en apprenant la fin de la grève. En réalité, il y a eu pas mal de cafouillages. Le premier ministre soutenait le projet de Transavia Europe, cette base petits prix délocalisée hors de France. Quand Alain Vidalies, le secrétaire d’État chargé des Transports, a surpris tout le monde en annonçant l’abandon du projet, alors que le président d’Air France KLM plaidait que c’était juste un report. Cacophonie au sommet ? Le soir, le premier ministre confirmait la position du secrétaire d’État. La direction de la compagnie s’est inclinée dans la douleur.

Demeure certes Transavia France, filiale low cost créée en 2007, dont les coûts d’exploitation sont deux fois inférieurs à ceux d’Air France. Une réussite. Une nouvelle ligne devient rentable en six mois. Avec 275 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2013, elle devrait compter 37 appareils à la fin de la décennie.

Les pilotes réclamaient un contrat de travail unique pour Air France et Transavia. C’eût été supprimé l’intérêt même de l’activité à bas prix. La direction a refusé.

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