Droit d’inventaire.

Lundi 7 janvier 2013 // L’Histoire

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Portrait de Charles X.

Le Roi de France Charles X qui conquit, avec son armée une terre qui était Ottomane. Le Souverain Français rendit l’Algérois aux Kabyles, seuls véritables Algériens ; Puis des colons Français, vinrent construire une Nation.

« Aurait pu mieux faire » : élève appliqué et travailleur, Hollande n’aura obtenu que la mention passable pour son examen de passage en Algérie.

Tant attendue, la visite d’Etat du président français en Algérie (19-20 décembre) n’a pas été à la hauteur des espérances. Il a bien su jouer de l’histoire supposée plus objective, car scientifique, que les mémoires, réputées subjectives et aléatoires, pour opposer la vérité à la « repentance », terme connoté, moralisateur. Mais il a cultivé un flou excessif. Il y a plusieurs années déjà que les massacres du 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata ont été publiquement dénoncés par l’ambassadeur puis le gouvernement de l’époque. La colonisation « injuste », Sarkozy l’avait déjà nommée. Ajouter « profondément » et « brutal » est un pas mais qui ne valait pas le déplacement. Il n’a rien dit d’autre, renvoyant aux archives.

Au-delà des mots que Hollande n’a pas su trouver, il y a l’émotion qu’il n’a pas su insuffler. Celle-ci peut être sans lendemain comme dans le cas de Chirac en 2003, c’est néanmoins celle-ci qui fait l’histoire : De Gaulle et Adenauer, Mitterrand et Kohl, on imagine mal quelque chose d’analogue dans la relation franco-algérienne. Ceux qui appellent de leurs voeux une réconciliation à la franco-allemande en seront toujours pour leurs frais. Il n’y a absolument rien de comparable. La France et l’Allemagne, ennemis héréditaires, se sont fait des guerres de masse au long de presque deux siècles, avec des millions de victimes de part et d’autre. L’Allemagne n’a jamais été la France ou réciproquement. Il n’y a pas eu de phénomènes significatifs de migrations de populations d’un pays vers l’autre.

N’empêche qu’entre les deux pays, la France et l’Algérie, il existe une connivence, une communauté, qui n’ont jamais existé entre la France-et l’Allemagne même au sein de l’Union Européenne. L’idée, inspirée du traité franco-allemand, d’instituer un comité intergouvernemental sous l’autorité des Premiers ministres respectifs, n’est pas mauvaise, mais elle ne saurait se comparer à ce qui se passe dans la coopération franco-allemande. En revanche, les sociétés civiles, en un mot les peuples, ont plus d’avenir. La symbiose souhaitée dans le franco-allemand, à commencer par les jeunesses, ne s’est pas concrétisée, car elle n’est pas naturelle. A l’inverse, combien spontanée est l’attirance des Algériens vers la France et, quoiqu’on en ait, des Français vers l’Algérie, jamais démentie en dépit de l’histoire. L’encouragement à la « mobilité » des ressortissants, à double sens, devrait attester de ces liens maintenus au-delà des obstacles mis par les deux pays aux échanges. Les deux pays prennent un risque contrôlé, assumé, mais aux conséquences néanmoins imprévisibles si l’on pense vraiment ce que l’on écrit et signe.

Quand on dit ici la France, c’est aussi, vu d’Algérie, la France catholique. Il est beau que ce soit le président algérien qui se soit engagé à poursuivre l’enquête sur la mort des moines de Tibéhirine. Il est sans commune mesure que Hollande ait choisi l’arabo-mauresque ou andalouse capitale religieuse de l’ouest algérien, Tlemcen, pour un discours à l’Université, et que le Pape, à la veille de ce déplacement, ait nommé un dominicain français ayant longtemps travaillé dans cette même ville, Jean-Paul Vesco, pour devenir le prochain évêque d’Oran ! Rencontre de pur hasard ou sublimement organisée qui en dit plus sur la relation franco-algérienne qu’aucun contrat industriel (ouverture annoncée d’une usine Renault à Oran) ou travail de mémoire.

Mémoire d’Algérie

En reconnaissant les « souffrances » du peuple algérien et en dénonçant un système colonial « injuste et brutal », François Hollande a sans doute fait le maximum pour apaiser les relations entre la France et l’Algérie. Y aura-t-i ! réussi ? C’est une autre histoire.

C’est une autre histoire car précisément le temps de l’histoire n’est pas totalement venu pour ce que l’on appelait naguère les « événements » et que l’on nomme aujourd’hui « ta guerre d’Algérie ». Bien sûr, les historiens ont commencé leur travail mais, des deux côtés de la Méditerranée, leur voix tarde encore à être entendue.

Elle tarde à se faire entendre parce qu’aujourd’hui encore, c’est de mémoire qu’il s’agit, plus précisément de mémoires douloureuses et contradictoires. Le discours de François Hollande à Alger l’a d’ailleurs reconnu : le chef de l’Etat a évoqué nombre de ces mémoires, sauf une, celle des harkis. Les parlementaires algériens n’étaient pas prêts à l’entendre. Toute mémoire a ses points aveugles.

L’indépendance algérienne ne remonte qu’à cinquante ans. C’est bien peu pour les pieds-noirs encore vivants et qui alors ne pensaient nullement perpétuer un système injuste, bien peu aussi pour ceux que l’on a envoyés se battre dans ce qui était encore un département français, bien peu enfin pour les Algériens arabes ou kabyles. Et l’on ne dit rien des harkis et de leurs enfants, scandaleusement abandonnés. Tous ont subi massacres et tortures Tous aussi, ou du moins beaucoup, ont été à la fois bourreaux et victimes. Trop de plaies sont encore à vif pour permettre une vision véritablement sereine, ce qui est précisément la tâche de l’historien.

Le temps de la mémoire n’est donc pas clos ; il ne le sera pas tant que vivra le dernier appelé du contingent à avoir « crapahuté dans le djebel », tant que raisonnera encore l’accent pied-noir. Il ne le sera pas enfin tant que l’Algérie ne connaîtra pas un régime démocratique dont la légitimité viendra du peuple et non d’une révolution si évidemment trahie.

François Hollande a invoqué « le devoir de vérité ; un devoir à tout prendre préférable au devoir de mémoire puisqu’il évite les pièges de la rancoeur et d’un passé ressassé. Mais le chef de l’Etat devrait alors se souvenir de la phrase de Bernanos : « Le scandale n’est pas de dire la vérité, c’est de ne pas la dire tout entière ».

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