Politique Magazine

Dior, Chanel, Swatch... le refuge du luxe.

Les entreprises européennes de vêtements et d’apprêts dits de luxe produisent des résultats records. Simple effet de mode ou vague de fond ?

Vendredi 10 mai 2013 // La France

Les entreprises européennes de vêtements et d’apprêts dits de luxe produisent des résultats records. Simple effet de mode ou vague de fond ?

Les produits de luxe ont le vent en poupe. Robes, chaussures, montres, bijoux, sacs... La demande s’accroît d’année en année, portée par la robustesse des marchés historiques et l’apparition d’une classe aisée dans les pays émergents. Lassés des contrefaçons de mauvaise qualité, les Chinois se ruent sur le luxe européen : ils représentent jusqu’à un tiers du chiffre d’affaires des entreprises du secteur. Christian Dior, Chanel ou Hermès, mais aussi Richemont, Gucci, Rada ou Groupe Swatch ont produit l’an dernier les plus gros résultats financiers de leur histoire. Leur valorisation a flambé : +35 % en moyenne pour les sociétés cotées en bourse. Fabrication souvent manuelle, collections volontairement limitées (comme chez Hermès), cuirs et métaux qui durent... Mais aussi attrait d’une marque reconnue dans le monde entier. Telles sont les explications principales du succès de ces entreprises, dont la majorité sont françaises ou italiennes.

L’APPARITION DES CONGLOMÉRATS

L’histoire du dit secteur du luxe est indissociable de l’industrialisation du textile au XIXe siècle et de la créativité vestimentaire du XXe siècle. C’est Gabrielle Chanel, dit « Coco », qui révolutionne l’habit féminin dans les années vingt et trente ; c’est Christian Dior, implanté très tôt aux États-Unis, qui impose sa griffe particulière et organise sa propre promotion ; ce sont les Italiens qui innovent dans les chaussures... À la mort de ces créateurs, des investisseurs avisés sauront conserver et faire évoluer les marques, devenues incontournables grâce à une communication massive et habile. Loin d’être réduits à la création sur mesure, les articles dits de luxe sont aujourd’hui à la portée d’une classe aisée de plus en plus nombreuse, friande de cette production standardisée de qualité. Une caractéristique à laquelle n’échappent pas les montres, les parfums voire les bijoux.

Si Prada ou Armani appartiennent encore aux familles fondatrices, si Rolex a été cédé à la fondation suisse Hans Wilsdorf, le secteur du luxe se financiarise de plus en plus. Ainsi de Chanel, détenu par les descendants du banquier, Pierre Wertheimer ; ou des marques Gucci, Yves-Saint-Laurent, Boucheron ou Balenciaga, réunies dans la société Kering de l’homme d’affaires François Pinault. L’exemple le plus éclatant est celui de Bernard Arnault, plus grande fortune française et l’une des dix premières mondiales. Sa holding Christian Dior spécialisé dans la haute couture détient 45 % du capital du conglomérat LVMH (28,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires).

En 1984, avec l’appui de la banque Lazard et un prêt de deux milliards de francs du gouvernement Fabius, l’homme reprenait la holding propriétaire de Christian Dior et du Bon Marché. Trois ans plus tard, il profitait du krach d’octobre 1987 pour acheter à bon compte des actions de Louis Vuitton-Moët Hennessy (maroquinerie, champagne), dont les deux responsables se disputaient la stratégie à suivre. Devenu le premier actionnaire avec l’aide du Crédit Lyonnais, il évinçait les présidents historiques de LVMH et développait la marque à l’étranger. Misant sur les acquisitions amiables (à l’instar du joaillier Bulgari récemment) ou les prises de participation hostiles (entrée au capital d’Hermès), il multipliait la valeur de son groupe par quinze. La fête n’est peut-être pas finie. En effet, ces produits pourraient devenir une valeur refuge, comme en 2008, période de dégonflement général des prix qui n’avait pas touché certains articles de luxe.

Notre opinion : les ventes dépendent beaucoup de l’augmentation du patrimoine de la classe aisée. Les valorisations boursières sont élevées. Attendez un repli.

Répondre à cet article