Des jeunes, des racines et des ailes.

Mercredi 12 juin 2013 // La France

www.innovation-democratique.org

C’est aux jeunes de porter la flamme de la résistance dans une France transformée en fort Chabrol, Ils n’ont que deux armes : leur liberté et leur soif de vérité.

Appelez cela comme vous voulez : une défense des valeurs, une protection des repères ou une quête de sens. Peu importe, en fin de compte ! De toutes ces "manifs pour tous", et quoi qu’il advienne à l’avenir, il restera un mouvement inédit par son ampleur, par son calme, par sa nature et par cette jeunesse de France qui s’est levée en masse.

Cette jeunesse a un mérite exemplaire. Elle aurait pu rester chez elle et jouer à des jeux vidéo, bûcher son baccalauréat ou regarder une mauvaise série télévisée. Elle aurait pu laisser la génération de ses parents à ces défilés, si décriés par la bien-pensance, la gauche caviar, et certains de ses professeurs de lycée. Elle aurait pu dire : Pourquoi donc aller marcher pour défendre le mariage et la filiation, alors que l’avenir nous réserve un chômage de masse, de plus en plus d’impôts et une dette qu’il faudra payer plusieurs décennies pour n’en rembourser qu’une partie ?

Eh bien non ! Cette jeunesse est venue en masse des quatre coins de France. Bien sûr pour protester une nouvelle fois contre cette incongruité qu’est le mariage pour tous. Mais aussi et surtout, cette fois-ci, pour revendiquer sa soif de liberté, son besoin d’être respectée, son horreur de se faire dicter un mode de vie et un mode de pensée conçus par quelques idéologues qui n’ont jamais franchi le périphérique et qui vivent reclus entre la Rue de Solferino et le Café de Flore. Cette jeunesse multicolore, tolérante et joyeuse, voulait dire qu’elle était capable de penser par elle-même, que ce n’étaient pas des bataillons de CRS qui lui feraient changer d’avis et que la société ne se transforme pas par "la force injuste de la loi".

C’est au nom de cette liberté de penser que tous ces jeunes ont défilé entre eux ou bien avec leurs parents et grands-parents. Ils auraient pu reprendre à leur compte cette lettre du père Popieluszko, aumônier de Solidarité, assassiné par la police de Jaruzelski ; « Nous ne sommes pas directement persécutés. Nous ne sommes pas menacés de mort. Sommes-nous libres pour autant ? Le chemin de la liberté s’ouvre devant celui qui témoigne avec courage. Car la vérité ne change pas. On ne peut pas la détruire par des décisions ou des lois. »

La jeunesse de France, qui a été plus mobilisée que jamais alors que tant de gens jugeaient cette manifestation du 26 mai inutile voire dangereuse, a ainsi donné trois leçons aux dirigeants du pays comme aux générations qui la précèdent. D’abord, dans un monde qui tourne de plus en plus vite et qui fonctionne sans s’arrêter, ces jeunes n’ont jamais eu autant besoin de repères, de racines ou de valeurs. Bien sûr ils ont plein d’amis sur Facebook, plein d’avis contraires sur Twitter, plein de facilités à utiliser toutes les opportunités d’Internet. Mais plus ce nouveau monde leur offre la vision d’un village planétaire, plus ils ont besoin de valeurs, d’éthique et même de morale. Ce n’est pas un hasard si après avoir fait HEC, l’Essec ou d’autres écoles beaucoup d’entre eux éprouvent le désir de partir une année dans un orphelinat au Cambodge, dans un hôpital en Afrique ou dans les bidonvilles de Calcutta.

Ensuite ces jeunes ont de l’énergie à revendre. Ils sont déterminés à porter longtemps la flamme de la résistance dans une France qui se refuse à écouter tous les corps intermédiaires. Ils sont bien décidés à énerver le sectaire ministre de l’Intérieur en veillant de longues soirées ou en organisant des rassemblements pacifiques. Ils n’ont peur de rien et surtout rien à perdre. Puisqu’ils n’ont que deux armes en poche : leur liberté et leur soif de vérité.

Enfin un ces jeunes représentent une nouvelle conscience politique. C’est pourquoi l’UMP aimerait bien les faire venir dans son giron, avec en perspective les prochaines élections municipales. Mais pourquoi devraient-ils si rapidement renoncer à tout ce qui fait leur force : leur liberté ? Pourquoi iraient-ils rejoindre un mouvement dont un ancien président, aujourd’hui maire de Bordeaux en sursis, les a appelés à rester chez eux dimanche dernier ? Pourquoi perdraient-ils leur indépendance pour un plat de lentilles rances et iraient-ils rejoindre un parti où les querelles de personnes l’emportent sur le combat d’idées ? Eux qui ont du souffle, de la générosité et un idéal ne veulent pas donner raison à Julien Green, qui écrivait : « La plupart des hommes trahissent leur jeunesse. » Eux veulent conserver leur indépendance, leur grandeur d’âme et leur intégrité.

Afin, peut-être, de jouer un rôle citoyen à l’avenir, mais sous une autre forme que par l’engagement politique. Ils savent, de toute manière, qu’ils sont l’avenir de ce pays. D’autant que, pour paraphraser ce diplodocus du socialisme qu’était le doctrinaire André Laignel, ils ont juridiquement raison, parce qu’ils sont politiquement majoritaires.

Répondre à cet article