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Des économistes s’inquiètent d’un déficit ramené à 3% dès 2013.

Par Lenaïg Bredoux

Mercredi 26 septembre 2012 // L’Europe

Ils ne sont ni “atterrés”, ni hétérodoxes, mais proches du PS et soutiens de François Hollande à la présidentielle. Et ils sont inquiets. En plein débat sur le traité européen et à un mois de la discussion sur le budget 2013, plusieurs économistes remettent désormais en cause l’objectif, défendu par l’Elysée et Bruxelles, d’un retour à 3 % du déficit l’an prochain. Un choix qui a conduit le président de la République à annoncer le plus important plan d’austérité depuis 50 ans, mais qui pourrait plonger la France dans la récession.

D. Cohen
D. Cohen

« Nous sommes bien ici face au risque d’une spirale où le resserrement budgétaire et l’affaiblissement de la croissance s’alimentent mutuellement », écrivaient mi-août Philippe Aghion, professeur d’économie à Harvard, et Jacques de Larosière, président du think tank Eurofi. « La Commission doit tout remettre à plat : ce seuil de déficit à 3 % de PIB est beaucoup trop procyclique : quand tout va bien, il est facile à atteindre, quand tout va mal, il est impossible. Nous sommes en train de créer de toutes pièces une crise artificielle. Il est grand temps de désarmer ce piège dans lequel nous allons tous tomber collectivement en 2013 », affirmait la semaine dernière l’économiste Daniel Cohen, soutien de Martine Aubry durant la primaire, avant de se rallier à François Hollande (lire notre enquête sur les économistes engagés dans la primaire du PS).

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P. Martin
P. Martin

Cet « objectif de 3 % en 2013 est un piège que la France se tend à elle-même !… Il faut avoir un calendrier plus flexible, mais aussi plus crédible sur le long terme », estime aussi Philippe Martin, professeur au département d’économie de Sciences Po. Soutien de Hollande à la présidentielle (lire ici la tribune des économistes pro-Hollande avant le premier tour), lui aussi pense qu’il faut tailler, à terme, dans les dépenses publiques. Il dénonce la « gabegie des gouvernements précédents » et juge un plan de relance totalement irréaliste. Mais pour Philippe Martin, « c’est une stratégie budgétaire sur dix ou vingt ans qu’il faut avoir, pas sur deux ans ! Même les marchés financiers peuvent aujourd’hui comprendre qu’un plan d’austérité aussi massif et concentré aura un impact très négatif sur la croissance ».

En clair : ces économistes proches du PS craignent que le plan français d’austérité ne pénalise encore davantage la consommation, donc l’activité économique. Un phénomène qui rendrait encore plus difficile le retour à l’équilibre des finances publiques, et qui conduirait à de nouvelles mesures de rigueur, à leur tour mortifères pour la croissance. Sur le fond, Aghion et Cohen sont pourtant convaincus de la nécessité de réduire les déficits et que le niveau d’endettement de la France rend impératif des « réformes structurelles ». C’est le calendrier négocié avec Bruxelles qui leur pose problème.

Même certains conseillers de François Hollande s’en inquiètent en privé ou à demi-mots. « On est plutôt parti pour essayer de respecter nos engagements. On reste complètement dans le serrage de boulons. Après, on ne peut pas prédire si on va réussir », estime prudemment l’un d’entre eux, quand un autre croit savoir que François Hollande et Jean-Marc Ayrault se sont déjà résolus à échouer à parvenir à 3 % de déficit en 2013. « Oui, ils sont conscients qu’ils n’y arriveront pas. Ils pensent que ce sera 3,5 %. » Mais, prévient un ministre qui tient à rester anonyme, « la France ne peut pas dire toute seule en Europe qu’elle ne va pas suivre l’objectif, c’est impossible ! On commence à préparer le terrain à plusieurs ».

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