Des Journalistes analysent les actes barbares des terroristes.

Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?

Jeudi 12 février 2015 // Le Monde

Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?

Deux semaines après les attentats qui ont ensanglanté la France, l’heure n’est plus à se dire "Je suis Charlie" ou à ergoter sur la présence ou non d’un "ennemi de l’intérieur" sur notre territoire. L’heure n’est pas à faire le procès d’un Éric Zemmour si clairvoyant dans la descente aux enfers de la France, d’un Michel Houellebecq si lucide dans son imagination de romancier ou d’un Philippe Tesson si perspicace sur l’islam de France. L’heure est encore moins à l’angélisme d’une Najat Vallaud-Belkacem, qui n’a compté que... 200 incidents dans nos écoles où des enfants ont donné raison aux terroristes islamistes, ou d’une Christiane Taubira, spécialiste de l’excuse, qui n’a ordonné qu’une centaine de condamnations pour incitation à la haine. L’heure est tout simplement à tenter droite et gauche réunies, croyants ou agnostiques, Français de toutes origines - de restaurer le logiciel démocratique.

Mais en dehors du premier ministre Manuel Valls qui est l’un des rares à avoir pris la mesure de la désagrégation de notre République laïque, ou de l’ancien ministre de l’Intérieur, François Baroin, personne ne s’interroge sur ce qui se passe dans les mosquées françaises, où des imams incontrôlables prêchent en arabe et poussent certains jeunes désœuvrés à se radicaliser au point de partir faire le djihad en Syrie. Nos politiques sont tellement aveuglés que le chef de l’État a repris ses déclarations insensées sur la compatibilité de l’islam et de la République ou sur la grandeur de la liberté d’expression.

Parlons-en de la liberté d’expression, alors qu’Éric Zemmour s’est vu viré du jour au lendemain d’iTélé pour avoir refusé de faire une repentance en direct. Alors que Philippe Tesson fait l’objet d’une plainte pour avoir renoncé à utiliser la langue de bois dont se servent tous les intellectuels, pour parler de l’islam. Et alors que Valeurs actuelles est comparé, par les tenants de la pensée unique, à Gringoire ou Je suis partout (journaux de sinistre mémoire) pour oser donner la parole à ceux qui démontrent qu’une théocratie comme l’islam est incompatible avec une République laïque issue de la France des Lumières. Il paraît que les 3,5 millions de Français qui ont marché le 11janvier l’ont fait pour défendre la liberté d’expression. Mais depuis ce jour, il est encore moins possible de dire que la France est en proie à une islamisation rampante.

Alors que fait-on maintenant ? Est-ce qu’on met en œuvre immédiatement un Patriot Act à la française de manière à ce qu’il n’y ait aucun trou dans le filet du renseignement ou bien notre pays va-t-il encore se satisfaire de demi-mesures ? Est-ce qu’on s’attache vraiment à appliquer la loi sur la burqa qui est bafouée tous les jours par des milliers de femmes emprisonnées dans ces linceuls noirs que leurs maris exhibent comme un défi à notre laïcité ? Est-ce qu’on se décide enfin à combattre cet immense défi du communautarisme qui gangrène la République et nous annonce une "libanisation" de la France ? Est-ce qu’on reconstruit l’école républicaine, celle par laquelle se forge et se construit un citoyen ?

Barack Obama a pointé du doigt notre incapacité à assimiler les musulmans de France il y a quelques jours, en recevant David Cameron. Il a eu mille fois raison. Le monde n’est pas meilleur aux États-Unis. Mais là-bas, un enfant musulman vivant dans des quartiers sensibles commence l’école le matin par le salut au drapeau américain. Il connaît par coeur les paroles de l’hymne national, qui se termine par ces mots : « Ainsi soit-il pour toujours, tant que des hommes libres se tiendront de bout ». Il ne lui viendrait pas à l’idée de contester que les deux tours jumelles de Manhattan ont été attaquées le 11 septembre 2001, faisant près de 3000 morts. Et qu’il soit égyptien, sénégalais, pakistanais ou jamaïcain d’origine, chaque 11 septembre, il respecte la minute de silence, et porte le deuil de la nation qui l’a accueilli.

À nous de faire ce même travail maintenant, s’il en est encore temps, de manière à éviter que cet "ennemi de l’intérieur" nous attaque à nouveau, et déforme cette jeunesse qui doute, et qui pour plus d’un quart exprime sa sympathie avec l’État islamique. Sans quoi nous donnerons raison à Platon lorsqu’il écrivait dans la République : « Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au-dessus d’eux l’autorité de rien ni de personne, alors c’est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie. »

Il n’y a pas d’actes "isolés". Les djihadistes sont tous reliés d’un continent à un autre, par les mots d’ordre, les prêches, les vidéos et leurs réseaux de communication.

La moitié de la planète est en flammes. Manifestations et émeutes ici, drapeaux, centres culturels et églises incendiés là, des dizaines de chrétiens tués... Une seule cible : la France. Le 11 janvier, elle accueillait cinquante chefs d’État ou de gouvernement qui venaient l’assurer de leur solidarité. Voici la réplique. À cause de la couverture du numéro de Charlie Hebdo paru ces jours-ci avec son dessin du Prophète ? Allons ! Ce numéro était-il en vente quand le centre culturel français de Gaza, en territoire du Hamas, a été attaqué deux fois, les 7octobre et 12 décembre derniers ? Si l’on veut croire que les caricatures de Charlie Hebdo sont la cause des tueries des 7,8 et 9janvier, alors il faudra que l’on explique pourquoi les terroristes ont froidement assassiné trois policiers - étaient-ils des caricaturistes ? -, puis quatre clients juifs de la supérette casher - avaient-ils caricaturé le Prophète ? Et les trois parachutistes de Montauban, les trois enfants juifs de Toulouse tués par Merah, les visiteurs du Musée juif de Bruxelles tués par Nemmouche - tous caricaturistes ?

Tous ont été massacrés au nom de l’organisation de l’État islamique, d’Al-Qaïda, et hélas, du Prophète. La caricature n’est que le dernier prétexte pour s’attaquer à la France, pour ce qu’elle représente de symbole de la résistance à l’agression et à l’expansion islamistes, chargée en ce moment de tous les péchés de la terre, parce que l’Amérique est faible et l’Europe pusillanime. La France est sur tous les fronts et au bout de ses forces. Il a trois mois, Jean-Christophe Rufin, le médecin diplomate académicien, nous avait prévenus : ne dégarnissez pas le front intérieur !

Le 11 janvier, jour des défilés monstres pour la liberté, marquait aussi le deuxième anniversaire de notre engagement au Mali, et maintenant dans toute la bande du Sahel jusqu’au désert libyen. Le 27 janvier, ce sera celui de la libération de Tombouctou par nos forces - cette ville écrin des trésors médiévaux de l’islam alors occupée par des djihadistes qui avaient entrepris de les détruire au nom de la même religion. Et quand un film d’une beauté et d’une sobriété exemplaires, Timbuktu, montre cela, il est à son tour menacé par les mêmes. Le 13 janvier, alors que le premier ministre affirmait, devant l’Assemblée, que 1250 jeunes avaient quitté la France pour aller nous faire la guerre, par fronts interposés, en Irak et en Syrie, au Sahel et au Yémen, de la Corne de l’Afrique jusqu’en Afghanistan, les députés votaient le renouvellement de l’engagement de la France en Irak contre l’État islamique... Près de 10000 soldats français montent la garde et nous défendent dans ces opérations extérieures. Voilà pourquoi on brûle notre drapeau, on incendie nos représentations.

« La menace est aussi intérieure », dit le premier ministre, lise demande même si nos services de renseignement ne risqueraient pas d’être débordés » tant cette menace est diffuse, multiforme, parfois paralysante. Un chiffre, fourni par lui, en résume l’étendue concrète : 122 000 hommes et femmes, police, gendarmerie et armée, sont mobilisés pour assurer la protection de « points sensibles ». Un « niveau d’engagement massif », selon les mots de Manuel Valls, jamais vu depuis la guerre d’Algérie, quand les réseaux clandestins du FLN tentaient de transporter leur guérilla en métropole.

Front intérieur, front extérieur ? Il n’y a pas d’actes "isolés". Tous les gouvernements du monde utilisent cette expression pour rassurer leurs opinions - « c’était un acte isolé ». Ce n’en était pas un, le 15 décembre, à Sydney, en Australie, quand un djihadiste iranien s’est emparé de plusieurs otages dans un café, faisant trois morts et quatre blessés ; ce n’en était pas un non plus, le 22 octobre dernier, quand un criminel libyen s’est attaqué au siège du Parlement canadien, à Ottawa, après avoir tué un soldat affecté à la garde du Monument commémoratif de la guerre. Et quand les policiers belges ont tué deux djihadistes armés, le 15 janvier, à Verviers, ceux-ci n’étaient pas plus isolés que ne l’étaient les frères Kouachi et Amedy Coulibaly.

Pourquoi feraient-ils partie d’un même groupe ? Ils sont tous reliés d’un continent à un autre, par les mots d’ordre, les prêches, les vidéos et les communications les plus avancées du réseau mondial, au service de leur "guerre sainte". Intérieur ou extérieur, c’est le même front. Le pape parle d’une « troisième guerre mondiale livrée par morceaux » : le djihadisme est planétaire. Il a désigné la France comme ennemie.

À la France de le reconnaître non seulement comme "terroriste" mais comme ennemi.

Le Qatar, bras financier des djihadistes, sort le Hamas de la liste terroriste de l’Union européenne.

C’est un peu comme ces criminels remis, en liberté, suite à une erreur de procédure. Le Hamas est, toujours, une organisation terroriste, et, l’Union européenne (UE) a, plusieurs fois, rassuré Israël, ces dernières semaines, que sa position ne change pas et qu’aucune sanction ne devrait être levée, même si, d’un point de vue politique, quelques journalistes seront tentés d’affirmer que le Hamas a été rayé des listes, sans apporter, clairement, de précisions. C’est une faille technique que les avocats du Qatar, pour le compte du Hamas, ont découvert. Notamment, détaille le directeur du programme Stein de contreterrorisme et renseignement du Washington Institute, Matthew Levitt, la Cour européenne devrait donner droit aux arguments suivants de la plainte T-400/10, qui en contient sept, au total.

  1. Le groupe affirme ne pas avoir été notifié de la décision de le classer comme organisation terroriste, arguant que la « simple publication » de la décision de l’UE dans le journal officiel de l’UE « ne peut pas être assimilé à la notification d’un tel acte ».
  2. Hamas avance que ses droits, ainsi, établis par la Charte des droits fondamentaux de l’UE, ont été violés du fait que « la décision a été virtuellement inaccessible au demandeur ».
  3. Hamas affirme que ses droits ont été violés selon la Convention européenne pour la protection des droits de l’homme et libertés fondamentales, article 6(3)(a), « concernant le droit d’un accusé d’être informé rapidement,- dans une langue qu’il comprend, et, avec tous les détails de la nature et du motif des accusations dont il fait l’objet ».
  4. Le groupe avance que le droit fondamental de se défendre a été violé du fait que la décision « n’a pas été précédée d’une notification des preuves retenues contre lui et qu’il n’a pas eu la possibilité de soumettre ses propres preuves en défense ».
  5. Hamas affirme que ses droits fondamentaux ont été violés du fait que « le Conseil n’a pas fourni de liste détaillée des motifs de sa décision, que ce soit par la notification de sa décision ou les règles applicables ». C’est sur la base de failles de procédure semblables que l’UE a été contrainte de retirer l’organisation terroriste des Tigres de libération de l’Îlam tamoul, ou Tigres tamoul, de sa liste.

La Cour devrait rejeter la demande de déblocage des fonds gelés, ainsi que, celle qui réclame que le Hamas est un « gouvernement légalement élu » et ne peut, donc, être placé sur une liste terroriste. Cependant, les points 4 et 5 sont, techniquement, plus problématiques. Selon sa propre réglementation (CP931), l’UE est supposée utiliser des preuves de source européenne, et le classement terroriste a été pris, suite, à des procès, des dossiers et informations fournies par les Etats-Unis et Israël, et, un seul venant du Royaume Uni, qui a interdit les Brigades Qassam, en mars 2001.

La bonne nouvelle est que le Hamas fait l’objet d’un nombre important de plaintes au pénal, dans plusieurs Etats membres (rarement mentionnées dans les médias), lesquelles apportent les preuves de source européennes de la nature terroriste du Hamas dont a besoin VUE pour rétablir son classement.

Le jugement devrait, donc, inclure une période de trois mois pendant laquelle les fonds du Hamas seront, toujours, bloqués afin de permettre d’acter l’annulation. Pendant cette période, L’UE décidera si elle fait appel de la décision de la Cour, et d’apporter des preuves de source européenne pour confirmer la désignation terroriste.

Selon certaines sources, l’UE a promis à Israël qu’il entend bloquer toute tentative du Hamas de profiter de cette fenêtre légale pour mener des opérations, en Europe, ou transférer ses fonds bloqués, par l’adoption d’une réglementation intérimaire, et, a demandé aux officiels israéliens de ne pas déclencher de campagne publique autour de ce dossier sensible. Sans attendre, l’opposition israélienne a saisi l’occasion pour critiquer le gouvernement Netanyahou, en cette période pré-électorale. La gauche a été la première à s’indigner. Le président du parti travailliste israélien, Isaac Herzog, a qualifié la décision européenne d’ » énorme erreur ».

Dans un communiqué commun avec Tzipi Livni, la présidente du parti, Hatnua, les deux leaders de gauche, ont déclaré que « apparemment, il n’est pas suffisant de dire que nous sommes contre le Hamas, mais, nous devons savoir comment opérer contre lui » dans une critique, à peine, déguisée contre la politique étrangère du gouvernement Netanyahou sortant.

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