Football.

Des Bleus sans valeurs.

Samedi 7 juillet 2012 // La France

Drapeau de FranceFootball : Les Français étaient prêts à leur faire crédit. Les Bleus, arrogants et suffisants, ont de nouveau trahi leur confiance.

Un naufrage...

Dimanche 24 juin, aéroport du Bourget. Ils sont une centaine d’irréductibles, bravant la pluie pour accueillir l’équipe de France à son retour d’Ukraine. Piteusement éliminés la veille par l’Espagne (2-0), les joueurs peuvent encore compter sur ce dernier carré de fidèles. Mais ils embarquent au compte-gouttes dans des taxis, adressant pour certains un geste vague ou un clin d’oeil négligeant. Seulement deux joueurs iront saluer leurs admirateurs. Scène banale de la vie de l’équipe de France version 2010-2012. Qui traduit la morgue et la médiocrité de ces Bleus qui n’ont décidément rien compris.

Pathétiques face à la Suède le 19 juin, les footballeurs français se sont montrés apathiques contre l’Espagne. Jamais, depuis 2006, cette équipe n’a su ou voulu ? se rendre sympathique. Pourtant, malgré le cauchemar sud-africain en 2010, les supporters semblaient prêts à s’enthousiasmer de nouveau pour les Benzema, Nasri, Ben Arfa et autre Ménez. Que leur demandait-on ? Rien d’autre qu’un peu de bravoure et de panache. Pas de gagner tous leurs matchs, mais de s’incliner au moins dans l’honneur. Au lieu de quoi, ces joueurs ont méprisé leurs supporters et donné l’impression de s’ennuyer sur le terrain. La défaite dans le déshonneur.

Le "cas Nasri" est révélateur de cet état d’esprit. Après le « ferme ta g... »lancé à un journaliste de l’Équipe, le joueur de Manchester City, s’est offert le luxe d’insulter une nouvelle fois un journaliste, après l’élimination en quarts de finale : « Va te faire enc..., va n... ta mère ! Tu veux qu’on s’explique ? Fils de p... Comme ça, tu pourras dire que je suis mal élevé ! » Nasri n’a pas été sanctionné la première fois. « S’il y a des attitudes qui doivent être sanctionnées, il faut le faire », a déclaré, quant à elle, la ministre des Sports Valérie Fourneyron après le second incident. Une suspension de deux ans pourrait être proposée, selon l’Équipe. Pas imméritée.

Et s’il était le seul... Mais non : quelques minutes plus tôt, sur le terrain, Jérémy Ménez lançait la même formule, à l’arbitre. Comme Anelka, en 2010, à Domenech : « Va te faire enc.. sale fils de p... ». Et, comme en Afrique du Sud, le vestiaire des Bleus a "volé en éclats" après la défaite face à la Suède : ne supportant pas les remontrances de Laurent Blanc, Ben Arfa lui suggère de le renvoyer en France. Les Bleus de 2012 sont les petits frères d’Anelka.

En deux ans, rien n’a changé. « L’état d’esprit, le manque d’envie et d’énergie sont criants, analysait le journaliste sportif Arnaud Ramsay après le match contre la Suède. La génération actuelle est très douée mais ne se remet jamais en question et se vexe facilement [... ] Les joueurs, dont on nous a vendu qu’ils avaient changé, sont concernés par les Bleus mais la sélection n’est plus pour eux une priorité », poursuivait-il.

Alors qu’ils devraient, comme leurs aînés Kopa, Platini, Zidane, se faire les symboles d’une réussite fondée sur le talent mais aussi sur des valeurs sportives, ces Bleus sont un contre-modèle absolu. Échec d’une éducation, mais échec, aussi, d’une intégration ?

La question ce pose au sujet de la Marseillaise : Laurent Blanc leur distribue les paroles et leur demande de la chanter. Ils se savent scrutés, observés... Rien n’y fait Jusqu’au bout, Benzema et Ribéry, avec d’autres, auront mâché leur chewing-gum, tiré la langue et bayé aux corneilles pendant l’hymne national. Quelques semaines avant sa disparition (survenue le l6 juin),le regretté Thierry Roland confiait sa peine dans Figaro Magazine : « Au risque de passer pour un vieux con, quand je vois les rugbymen la chanter [la Marseillaise, NDLR) à pleins poumons alors que les footballeurs font la gueule et ne desserrent pas les dents, pardon, mais cela m’attriste, franchement. » Lors de la minute de silence en mémoire de l’illustre journaliste sportif, les spectateurs ont pu voir, hilares, Nasri et Benzema échanger quelques plaisanteries.

L’image est d’autant plus cruelle que les autres nations sont le parfait contrepoint de nos tristes ambassadeurs. Il suffit d’écouter Gianluigi Buffon, le capitaine italien, parler l’hymne de la Squadra Azzurra ; Ou de relever que les Espagnols ont accepté de réduire de 40 % leurs primes de match par rapport au dernier Euro, solidaires de leur peuple touché par la crise. Il faut se souvenir que, dans les derniers instants du match Espagne-Irlande, le public chanta durant plusieurs minutes l’hymne irlandais, rendant hommage à son équipe certes défaite par 4 buts à 0 mais brave et valeureuse...

À négliger ces valeurs, ces footballeurs ont perdu tout crédit. La fin de cette équipe de France se profile. Ces Bleus ont tué l’amour du maillot et trahi la fierté d’un peuple. Cette fois, le divorce est consommé.
 
GEOFFROY LEJEUNE
Valeurs actuelles 2 8 juin 2012

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