Démonétisation : La gauche est si discrèditée, que la droite devrait pouvoir en profiter et pourtant, rien n’est moins sûr…

Jeudi 5 décembre 2013 // La France


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La France n’est plus à gauche, mais les Français n’aiment pas la droite : ce constat résume une situation propice à l’entretien d’une déprime collective. La gauche règne à l’Élysée, à Matignon, au Palais-Bourbon, au Luxembourg, dans la majorité des assemblées municipales, dans la plupart des assemblées territoriales, à l’école, à l’université, dans les sphères syndicales, médiatiques et intellos, mais le peuple la répudie.

Tenu publiquement pour un cave, avant son élection, par plusieurs membres de son gouvernement, le chef de l’État se fait canarder dans son propre camp dès qu’il risque un commentaire. Déjà circulent des rumeurs de remaniement, pour tenter de résoudre ce qui ressemble fort à une crise de légitimité. Manipulés par Mélenchon, Placé et les responsables des Jeunesses socialistes, des lycéens clament à ciel ouvert leur détestation de Valls, le seul ministre populaire. À Marseille, l’intrépide Samia Ghali incarne un socialisme anti-PS, anti-Hollande.

Tout à la fois sectaire et velléitaire, le pouvoir ne tient que par la grâce des institutions héritées de De Gaulle et conçues pour protéger l’exécutif. Elles lui permettront de rapiécer la veste qui l’attend aux élections municipales, puis aux européennes de l’an prochain. Seules comptent les présidentielles : pas d’issue avant 2017, sauf convulsions imprévisibles. Il y a des précédents. Ce pouvoir est si aveugle qu’il peut incendier la France entière en croyant moucher une chandelle sous les lambris de l’Élysée.

Normalement, la droite devrait nous en débarrasser. Or, rien n’est moins sûr. Elle regagnera sans doute des mairies et peut-être, à terme, la présidence du Sénat. Ce sera mieux que rien, mais insignifiant au regard de l’essentiel : le pouvoir d’État avec une majorité parlementaire et surtout, surtout, une légitimité dans les esprits et dans les coeurs. Là, le bât blesse. Si la querelle endémique des chefs contribue au discrédit de la droite, elle n’en est pas la cause première. Dans les profondeurs de l’électorat modéré et conservateur, une sourde antipathie n’épargne aucun dirigeant de l’UMP. Le sigle lui-même n’a pas bonne mine. On se résigne encore à voter pour ses candidats. Ou plutôt, contre ceux de la gauche. Tel préfère Copé, tel autre Fillon ou Juppé. Tel souhaite le come-back de Sarkozy, tel autre y voit des inconvénients.

Choix par défaut, sans appétit, et pour cause : rien n’habille de lumière les idées émises ici ou là, au gré des sondages, pour feinter la concurrence interne. Pas de vision, pas d’idéal, pas de panache blanc, pas d’étoiles dans le ciel. De la tactique et de la com, foireuses de surcroît. Il manque la dose minimale d’utopie sans laquelle tout politique risque la panne de légitimité par les temps qui courent.

Des projets, certes, et même des programmes, mais pondus en serre tiède par des technos autistes. Pas de souffle, pas d’élan. Aucun écho aux slogans des manifs pour tous qui pourtant préfiguraient une nouvelle donne intellectuelle et morale. Elle n’a pas eu l’air d’intéresser les ténors de la droite. Ils ont pris le train en marche, sont restés sur le marchepied et ont déserté à la première gare, obnubilés par leur mise sur un cheval présidentiable. Du coup, les canassons potentiellement ou virtuellement en lice sont d’ores et déjà démonétisés.

Ce mix de lassitude et de désamour fait renaître une sympathie pour Bayrou, et naître un certain désir de bleu marine. Comme Mitterrand jadis, comme Chirac naguère, Bayrou a ramé. On le croyait mort et le revoilà, ça rajeunit d’autant. Quant à Marine, on rêve de braver l’interdit, au moins une fois, pour s’offrir un frisson de facture paraérotique, tout en sachant que ce dévergondage d’ado ne résoudra rien.

Qui résoudra quoi ? On ne sait plus, on n’y croit plus. À la limite, on s’en fout. Ainsi titube notre pays, avec une gauche comateuse, une droite anémiée, des élites tétanisées et un peuple exaspéré. À l’étranger, on ricane. À l’aune des Américains, des Chinois et des Russes, la vieille Europe n’a qu’une voix, celle de Merkel. Il n’y a pas de quoi exulter.

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