Démocratie ou islamisme : Il faut choisir ?

Jeudi 11 octobre 2012 // Le Monde

Tunisie, Egypte, Libye, en attendant la,Syrie, les rapports de force sont bouleversés dans le monde arabe. Tant du point de vue politique que confessionnel, où les libertés religieuses sont en péril, avec pour principales victimes potentielles, les Chrétiens d’Orient.

Le printemps est une saison (...]porteuse d’espoir. Or, ce qui se passe dans le monde arabe apporte l’obscurantisme du fanatisme et du fondamentalisme ; (tout le contraire du Christianisme). Où sont le bourgeonnement printanier et l’espoir d’un avenir fleuri et radieux ?

Pas la nostalgie ou un soutien aux régimes préalables aux soulèvements, mais nous devons constater l’ambiguïté de ce mouvement qui provoque la régression sociale, économique et culturelle des pays concernés ». L’avenir justifiera peut-être un autre constat mais, pour l’heure, cette analyse, développée par l’ancien président du Liban Amine Gemayel chez un confrère, est la seule qui convient pour commenter les bouleversements que vivent les sociétés d’Afrique du Nord et du Proche-Orient arabe depuis décembre 2010.

LES LIBERTÉS MENACÉES

À ce chrétien maronite font d’ailleurs écho les déclarations d’un musulman égyptien, le poète Hassan Teleb, au magazine fiancophone paraissant au Caire, El Ahram Hebdo : « Nous vivons une période derégression dans l’histoire de l’Egypte, la liberté de l’artiste est en danger ». Mais, loin de préférer un retour au « despotisme politique » d’Hosni Moubarak, tombé le 11 février 2011, et bien que venant de recevoir le prix d’excellence de l’État post-révolutionnaire, Teleb estime que les libertés auxquelles aspiraient les adeptes du changement restent menacées avec l’arrivée du président Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, investi le 30 juin 2012. « Ce sont deux combats, on en a réussi un et il nous reste l’autre. Mais il faut dire que le deuxième est plus difficile Moubarak on nous disait : Vous êtes contre le régime aujourd’hui on nous dira : "Vous êtes athée" ». Et d’inviter les intellectuels de son pays à organiser un front uni pour faire échec au « danger de l’islamisation dans sa vision la plus étroite pratiquée par tous les courants islamistes » (25-31 juillet 2012).

Il est vrai que, malgré les promesses du nouveau chef de l’État égyptien lors de son discours inaugural, les perspectives sont peu rassurantes pour la liberté d’expression. Ainsi, les conditions pour accéder aux postes de rédacteurs en chef des médias nationaux, émises par le Conseil consultatif (sénat) à dominante islamiste élu au printemps dernier, à qui incombe leur nomination, prévoient l’exclusion des candidats ayant eu des relations professionnelles avec les cadres de l’ancien régime ou ayant accepté la normalisation des relations avec Israël. Ces dispositions ont suscité des protestations parmi les journalistes qui craignent une « islamisation de la presse », surtout après que le guide des Frères musulmans, Mohamed Badie, les a qualifiés de « sorciers du Pharaon », par allusion aux magiciens qui cherchaient à dompter Moïse (El-Abram, 11-17 juillet 2012).

« La liberté d’expression sera évidemment garantie si elle ne bafoue pas les traditions et les moeurs », a averti le salafiste Mohamed El-Qadi, membre de l’assemblée à majorité islamiste chargée de rédiger la nouvelle Constitution, pour qui « on ne peut pas se comparer à l’Europe » (11 août 2012).

Cette limitation, qui exprime en filigrane le rejet des comportements actuels de l’Occident « chrétien » par le monde musulman, s’applique d’ores et déjà en Tunisie passée sous la domination de l’Islam politique avec l’arrivée au pouvoir d’Ennanda, émanation des Frères musulmans des élections ayant suivi la chute du président Ben Ali (15 janvier 2011), et le surgissement de salafistes dont on ne se doutait pas qu’ils puissent exister dans ce pays au visage « moderne ». Depuis lors, les islamistes n’ont de cesse de faire la chasse aux manifestations artistiques jugées impies, comme l’ont montré, en octobre 2011, les attaques contre la chaîne de télévision Nessma qui diffusait le film franco-iranien Persépolis, puis, en juin dernier, contre le palais Abdellia de La Marsa, qui abritait un Printemps des arts exposant des oeuvres provocantes. Le ier août, le gouvernement a déposé au Parlement un projet de loi visant à punir « l’atteinte au sacré ».

« UN RENFORCEMENT DE LA CHARIA »

Plus préoccupant s’annonce le respect des non-musulmans au regard des Constitutions post-révolutionnaires. En Egypte, le projet en cours affirme que « la souveraineté appartient à Dieu », ce qui impliquerait, si la clause était maintenue, un renforcement de la charia en matière pénale. Un article condamnant le blasphème est envisagé et l’on sait à quels abus de telles prescriptions peuvent conduire (cf. le cas d’Asia Bibi au Pakistan). La nomination d’un ministre chrétien, une femme, titulaire du portefeuille de la Recherche scientifique, ne peut donc suffire à rassurer les coptes.

Quant à la liberté de culte, la future Loi fondamentale devrait inscrire sa reconnaissance seulement au bénéfice du judaïsme et du christianisme, excluant entre autres le bahaïsme auquel adhèrent certains Egyptiens. Même si les coptes devraient pouvoir continuer de bénéficier de leurs propres juridictions en matière de statut personnel (mariage, filiation), l’avenir laisse entrevoir la permanence, voire l’accentuation, des règles humiliantes de la dhimmitude qui leur sont appliquées de facto, seuls les musulmans bénéficiant de la plénitude des attributs liés à la nationalité. Pour l’heure, les chrétiens des bords du Nil se sentent étouffés dans une société de plus en plus ostensiblement islamique qui saisit le moindre prétexte pour exercer des violences contre eux. En réaction, deux coptes viennent de créer une « confrérie des Frères chrétiens » dont l’objectif est de « lutter pacifiquement contre l’influence grandissante des Frères musulmans » et de « défendre les droits sociaux et politiques » de leurs coreligionnaires. Mais cette initiative a été mal perçue par d’autres chrétiens, dont l’Église copte-catholique, qui y voient le risque d’une exacerbation de la polarisation religieuse alors que la priorité devrait aller, selon eux, à la promotion du concept de « citoyenneté », euphémisme destiné à rassurer les musulmans majoritairement hostiles à la laïcité.

Face à l’attitude intolérable des Islamistes, vu leur hostilités aux Chrétiens qui vivent depuis des siècles en harmonie avec les Musulmans, la France serait bien inspirée de contrer toutes les véhémences de ces fanatiques.

Que prévoir pour la Syrie où la rébellion anti-Assad, soutenue par des sunnites de divers horizons (Péninsule arabe, Irak, Turquie, Afghanistan, Libye, Mali, et même Occident), se pare de plus en plus des couleurs du djihad ? Les chrétiens de ce pays s’attendent eux aussi avec effroi à perdre les acquis que leur offrait l’idéologie laïcisante du parti Baas au pouvoir depuis 1970.

Enfin, aucun des nouveaux régimes n’est prêt à reconnaître la liberté de conscience, reine des libertés, qui implique que nul ne peut être contraint à suivre une religion à laquelle il ne croit pas ou qu’il rejette. Renoncer à ce sacro-saint principe reviendrait pour l’Islam à se saborder. Telles sont les « démocraties » auxquelles l’Occident sécularisé a cru avec un stupéfiant aveuglement.

La naissance d’une Confrérie des Frères chrétiens ne fait pas l’unanimité chez les coptes égyptiens.

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