Dehors de France bande de criminels.

Société : Peur sur la France du Terrorisme Arabe.

Samedi 16 mars 2013 // La France


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La victoire contre les islamistes au Nord-Mali peut-elle provoquer un choc en retour sur le territoire français ? Les autorités le craignent. Comment se protéger ? Que faire pour repérer les djihadistes ?

La réplique a été immédiate. À peine la France avait-elle appris la prise d’otages sur le site pétrolier d’In Amenas en Algérie, que le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, prenait une mesure radicale : bon nombre d’avions, au décollage de l’aéroport de Roissy, ont vu monter à leur bord un, voire deux policiers en civil. Une décision astucieuse qui aura le mérite de rassurer une population qui, depuis plusieurs mois, a peur. Peur d’une nouvelle affaire Merah. Peur aussi d’un retour dix-huit ans en arrière qui vit notre pays durement frappé par le terrorisme. Qui a oublié l’attentat du 25 juillet 1995 du RER B à Saint-Michel qui causa la mort de 8 personnes et fit 117 blessés ? Qui ne se souvient, quelques jours plus tard, de la bombe cachée dans une poubelle, tout près du métro Charles-de-Gaulle-Étoile, qui fit 16 blessés ? En tout, une dizaine d’attentats islamistes avaient semé la panique au cours de cette seule année 1995.

Nous n’en sommes pas là. Encore que, tôt ce mardi 5 février, plusieurs personnes susceptibles d’appartenir à la mouvance de l’islamisme radical ont été interpellées en région parisienne lors d’une opération menée par les policiers de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). On le voit, dans la lutte contre le terrorisme, Manuel Valls, ainsi comme ses prédécesseurs, ne mollit pas, s’appuyant sur un arsenal juridique qui devrait permettre d’éviter le pire. Afin de parer au maximum à tout risque d’agression ou d’attentat, les ministres ont désormais droit à deux policiers qui ne doivent pas les quitter d’une semelle. Ces policiers aguerris sont issus du Service de protection des hautes personnalités (SPHP) qui compte 760 fonctionnaires. Surtout, le plan Vigipirate a été placé en alerte "rouge renforcé" dès le début des opérations militaires françaises au Mali, le 11 janvier.

Avec cette montée en puissance, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a toûte,latitude « pour prendre les mesures nécessaires afin de prévenir le risque avéré d’un ou de plusieurs attentats graves et mettre en place les moyens de secours et de riposte appropriés, en acceptant les contraintes imposées à l’activité sociale et économique ». "Rouge renforcé" constitue le dernier palier dans l’échelle de la vigilance avant le déclenchement de l’alerte "écarlate" qui n’a eu lieu qu’une seule fois, lors de l’affaire Merah.

Depuis trois semaines, la population a pu voir aux abords des grands magasins, des bâtiments publics, des lieux de culte, dans les gares, des militaires et policiers circuler, généralement au nombre de trois. En tout, ce sont 700 militaires qui sont mobilisés pour la seule région parisienne (il y en avait 1 200 en décembre, lors des fêtes). À tout moment, les passagers des trains peuvent être contrôlés et leurs bagages ouverts...

Un tel dispositif, destiné d’abord à prévenir la psychose, n’aurait pas de sens s’il n’était accompagné d’un autre, forcément secret, dont les maîtres d’oeuvre sont la direction du renseignement de la Préfecture de police et la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) du ministère de l’Intérieur. Leur mission ? Repérer les jeunes des banlieues, issus ou non de l’immigration, tentés par l’aventure djihadiste.

Nos services scrutent aussi du côté des prisons ; où des détenus souvent condamnés pour trafic de stupéfiants se convertissent à l’islam radical. Comme Jérémie Louis-Sidney, l’un des chefs du commando qui lança il y a quelques mois un explosif sur l’épicerie juive Naouri de Sarcelles (Val-d’Oise). Louis-Sidney sera finalement abattu dans son appartement de Strasbourg par les forces de l’ordre. En 2008, on comptait 340 détenus en voie de "radicalisation" sur un total de 64 000 prisonniers. Il est à craindre que ce chiffre, dans le climat actuel, ait nettement grimpé.

Aujourd’hui, avec les coups portés à Al-Qaïda en Afghanistan, quelques jeunes Français, d’origine maghrébine ou pas, choisissent une autre terre pour promouvoir la charia : le Nord-Mali. Parfois, leur voyage se trouve stoppé. Brutalement. Et c’est le retour sur Paris, où la section antiterroriste du parqueta déjà ouvert quatre enquêtes visant des filières islamistes maliennes.

Dans le collimateur, un Franco-Malien de 25 ans, originaire d’Aubervilliers, Ibrahim Aziz Ouattara. Après avoir rejoint AI-Qaïda à Peshawar (Pakistan) en 2010, Ouattara se rend quelque temps après à Mopti dans le nord du Mali avant d’être arrêté par les forces armées maliennes. Pour les autorités de Bamako, notamment pour le ministre de la Défense, le général Yamoussa Camara, interviewé récemment sur les ondes de RFI, la mission d’Ouattara était claire et nette : « Il était l’élément précurseur d’une dizaine de personnes de différentes nationalités qui seraient en France, des Tunisiens, des Algériens,
des Sénégalais et bien sûr des Français. » L’enquête française révélera qu’il voulait assassiner le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur.

Cédric Labo Ngoyi Bunge, 27 ans, voulait lui aussi tenter l’aventure avec Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) au Mali. Au cours de l’été 2012, alors qu’il séjourne à Niamey (Niger), il se met en tête de rallier Tombouctou à bord d’un 4x4... sauf que, n’ayant pas de permis de conduire, il tente de s’en procurer un faux. Les choses ne traînent pas. Arrêté par la police nigérienne, il est expédié vers Paris. Un troisième Français, la cinquantaine, originaire de Bretagne, lui, a carrément partagé la virée meurtrière d’Aqmi, puisqu’il faisait partie, semble-t-il, du commando qui a réalisé la prise d’otages d’In Amenas. Mais il n’a pas eu de chance : il aurait été abattu par les forces armées algériennes. Il s’appelait Gilles Le Guen, son nom de guerre était Abdel Jelil... Selon le Télégramme de Brest, le personnage laisse perplexe. En octobre 2012, on l’apercevait, sur une cassette, vitupérant la France devant une tenture d’A1-Qaïda avec un kalachnikov... factice.

En 1995, la France, effarée, découvrait Khaled Kelkal, l’auteur des attentats qui essaimèrent dans le pays. Puis ce fut Zacarias Moussaoui, et le 11 septembre 2001. Un cauchemar qui reprit avec l’équipée sauvage, au printemps 2012, de Mohamed Merah. Le drame d’In Amenas annoncerait-il l’émergence d’émules de Merah ? Le juge Marc Trévidic, auteur d’un livre remarquable, qui instruit entre autres le volet attentat de l’affaire Karachi, le suggère. « Le terrorisme islamiste, écrit Trévidic, n’est pas mort avec lui. Il s’est au contraire consolidé. Chaque crime terroriste réussi, soutenu par une idéologie forte, est une victoire de cette idéologie et la preuve de notre faiblesse. Voilà ce qui fait peur. Des actes de terrorisme islamiste auront encore lieu dans le futur. »

Gilles Gaetner
Terroristes, les 7 piliers de la déraison, de Marc Trévidic, JCLattès, 220 pages, 18€.

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