Défense du poil.

Mercredi 15 avril 2015 // Divers

Après la lecture de Défense du poil, les fauteuses ont eu envie d’en savoir un peu plus, en interrogeant Stéphane Rose, journaliste et écrivain. Voici le résultat de cet échange, à lire et à regarder en vidéo !

Gigi Beauchamp : Comment avez-vous été amené à parler des poils pubiens ?

Stéphane Rose : J’ai eu l’idée de ce livre en découvrant, dans le cadre de mes rencontres sexuelles, qu’il n’y avait plus de poils, plus jamais. Je me suis dit qu’il était curieux qu’à chaque fois qu’une nana se prépare pour un rendez-vous amoureux, elle se fasse une épilation intégrale, ou « ticket de métro », mais en tout cas une épilation toute fraîche. Il se trouve que j’aime les poils. J’ai donc un constat frustré qui m’a amené à m’interroger, et de cette interrogation est née une proposition de livre à La Musardine, qui l’a acceptée. Mais au départ, je ne suis pas un militant féministe.

GB : Cela concerne-t-il uniquement l’épilation intime, ou tous les types d’épilation ? (pour nos lecteurs qui n’auraient pas lu votre livre)

SR : Je l’ai centré sur l’épilation intime, mais je n’ai rien contre des aisselles non épilées. J’aime plutôt ça, et je pense que ça va de pair, d’une certaine manière. Mais l’épilation intime est particulière, parce qu’elle touche au sexe, et donc plus à la sexualité, que les jambes – encore qu’on puisse trouver de l’érotisme partout. Cela touche notre rapport à notre propre sexe.

Elenore Song : Vous commencez par montrer, dans votre livre, que l’épilation intégrale vient du cinéma porno…

SR : C’est ma thèse. L’épilation intégrale, qui s’est imposée dans le cinéma porno, a dicté une norme du corps féminin désirable pour les hommes. Cette norme-là, par effet de pression sur les femmes, a été intégrée par les femmes elles-mêmes. Les différentes étapes du ratiboisage des poils pubiens féminins, c’est-à-dire le maillot, puis le ticket de métro, puis l’intégrale, année après année, suivent exactement la façon dont ça s’est produit par étapes dans la pornographie. La presse féminine a relayé ça, et le piège s’est refermé…

GB : En même temps, ce qui est curieux, c’est que cela peut aussi venir du néo-puritanisme américain, ou, dans un tout autre genre, de ce qu’on voit dans les sociétés orientales depuis très longtemps. Une femme une fois mariée, pour les orientaux, doit être complètement épilée de la tête aux pieds. Pour les américains, c’est l’idée d’une saleté qu’il faudrait absolument évincer… Comment peut-on expliquer que se retrouvent, autour de la question centrale du poil, à la fois quelque chose d’extrêmement puritain et quelque chose qui vient de l’imagerie pornographique ?

SR : C’est une question compliquée… (rires). C’est intéressant, mais il y a peut-être plusieurs choses à en dire. C’est vrai que le poil a longtemps été considéré comme impur, dans la culture orientale et musulmane, car c’est quand même de là que ça vient. Et dès l’Égypte antique, au temps des pharaons, l’élite s’épilait intégralement ; le poil était laissé au peuple, à la populace. Ce qui a changé aujourd’hui, c’est que l’épilation est devenue non pas une pratique élitiste mais un truc totalement démocratisé, dans toutes les couches de la société. Cela rejoint quelque chose qui a trait à la société de consommation, puisque tout ce qui génère de la culture de masse est associé à la consommation. Je pense que c’est là que s’est jouée la nuance : l’épilation est devenue un marché, et le marché de l’épilation a brassé tout ce qu’il pouvait pour s’étendre, c’est-à-dire une certaine tendance, hygiéniste effectivement, à l’aseptisation des corps, à la peur du microbe, de tout ce qui dépasse. Associé à ça, un goût de plus en plus jeuniste pour le corps désirable considéré comme perpétuellement jeune : on veut des jeunes filles sans gras, on ne veut pas de poils, on ne veut rien qui dépasse de cet idéal. Si elles ont des gros seins, il faut que ce soient de gros seins siliconés, mais ça ne peut pas être des poitrines un peu tombantes. Il y a une espèce de modèle poupée Barbie, qui nous vient des États-Unis, et même de la Californie, et qui a envahi le monde.

Toutes les différences qu’on pouvait appliquer à l’épilation – une telle va faire ça parce que c’est dans sa culture, une telle pour faire plaisir à son mec, chacun a des raisons – sont gommées, et toutes ces raisons se retrouvent réunies, parce que maintenant l’épilation est un marché, et il faut faire ouvrir leur porte-monnaie aux gens.

ES : Cette idée d’un marché, c’est l’explication de cette accélération ?

SR : C’est difficile à expliquer, mais dès lors qu’on a remarqué qu’il y avait une tendance, automatiquement le marché arrive derrière… Au départ, l’épilation était quelque chose qu’on faisait soit au rasoir, soit dans les instituts de beauté ; aujourd’hui, il y a une offre assez incroyable de produits. Il y a des épilateurs à domicile, l’épilation au laser, il n’y a plus seulement les centres esthétiques mais aussi les spas, plein de gens qui proposent des soins d’épilation au chocolat, entre autres… Il y a un marché hallucinant, et très créatif. D’autant plus que maintenant arrive l’épilation masculine, donc on peut leur vendre tout un tas de choses aussi. C’est sans fin.

ES : Vous évoquez aussi, dans le livre, les bijoux pubiens…

SR : Oui, les bijoux pubiens, les pochoirs à épilation – on peut se faire un cœur en poils teint en rose pour la Saint-Valentin… Enfin c’est terrifiant ! Et la presse féminine relaie tout cela, et dit que c’est super…

GB : Je me souviens d’un magazine féminin, où on nous disait « Osez l’épilation en cœur, car ce sera un acte de libération que d’enlever sa culotte et de se montrer dans toute son intimité à l’esthéticienne… ». Alors qu’il y a quand même là une forme de violence, l’esthéticienne peut s’acharner comme ça sur la partie quand même la plus intime du corps

SR : C’est violent ! C’est une mutilation, et ça fait mal ! Et c’est ça qui est invraisemblable : maintenant l’épilation fait partie des « soins », classés comme étant dans le « bien-être »… On va se faire épiler, on se sent bien ! On s’est fait arracher, on a mal, on a l’impression d’avoir été plongé dans l’eau bouillante, mais on se sent bien… C’est l’arnaque. « On coupe tout ce qui dépasse, tout ce qui fait barrage au sexe masculin »

GB : Justement, j’ai retrouvé un extrait de la Philosophie dans le boudoir de Sade, qui raconte l’une des dernières tortures infligées à Mme de Mistival, la mère de la jeune libertine : « Eugénie — A quoi vas-tu la condamner, en perdant ton sperme ?

Dolmancé, toujours fouettant La chose du monde la plus naturelle : je vais l’épiler et lui meurtrir les cuisses à force de pinçures. » Qu’est-ce que cela vous inspire, par rapport à ce que vous écrivez dans le livre sur la dimension masochiste de l’épilation ?

SR : Avant, l’épilation était un jeu érotique. « Pervers », « déviant », tout ce qu’on veut, mais le rasage a toujours été un rituel de la relation sadomasochiste. Mais pour que ce rituel, ce jeu, existe, il faut qu’il y ait des poils au départ ! Maintenant, il n’y en a plus. C’est ça qui était intéressant : le jeu. Pour moi, tant qu’on reste dans l’érotisme, c’est-à-dire dans la production d’images fantasmatiques, je ne vois rien à redire. Ce qui me gêne, dans la pornographie, et c’est peut-être la différence entre l’érotisme et la pornographie, c’est qu’elle ne produit plus aucun imaginaire. C’est vraiment l’orifice béant à la disposition du mâle en rut. D’ailleurs, c’est ça le projet de l’épilation : enlever les poils, de même que de plus en plus on coupe les lèvres, on coupe tout ce qui dépasse, tout ce qui fait barrage au sexe masculin. La pornographie est ennuyeuse. Je suis le premier à en regarder, je ne veux pas faire le procès de la pornographie, mais s’il n’y a plus d’érotisme… je ne vois pas l’intérêt.

ES : Est-ce que c’est une manière de domestiquer le sexe féminin, qui a toujours été le « continent noir », le mystère… ?

SR : Oui, de le domestiquer, et donc de le contrôler : une manière pour l’homme de ne pas avoir à se confronter à l’identité féminine. Le poil est un symbole identitaire pour l’homme comme pour la femme ; si on lui enlève ça, c’est une part de sa revendication féminine qu’on enlève. On ne se pose plus trop le problème de la composition, parce que la sexualité c’est un dialogue, une composition, une création commune. Une création qui pose problème, parce qu’on a en face de soi quelqu’un qui est capable d’affirmation de soi, qui n’a pas forcément les mêmes désirs… Puisque l’homme est quand même gouverné par sa bite, si on lui propose quelque chose qui n’offre aucune revendication, ça l’arrange.

C’est triste, mais c’est à mon avis ce genre de façon de voir les choses que génère la pornographie. Parce que les films porno sont quand même majoritairement sexistes – et encore une fois, je ne veux pas faire le procès d’une certaine forme de machisme, d’autorité virile dans la sexualité, ça peut être très intéressant. Mais si ça devient ça, le modèle, là ça devient préoccupant. Tant que ça reste un jeu, on peut faire tout ce qu’on veut. Tant que ça n’est plus un jeu, et que ça devient l’homme qui prend le pas sur la femme, de fait…

ES : L’homme qui prend le pas sur la femme, mais qui se retrouve aussi, finalement, victime de cela : l’épilation masculine progresse aussi.

SR : Elle progresse ; après, c’est quand même plus difficile de convaincre l’homme de se débarrasser de ses poils. Il y a une certaine catégorie d’hommes qui s’épile, mais il y en a d’autres qui restent quand même très attachés au poil en tant que symbole de leur virilité. La preuve, c’est que Gillette, qui a lancé une gamme de produits d’épilation pour homme, avait pour slogan « les arbres sont plus grands quand on débroussaille les fougères qui poussent au pied des arbres ». En gros, épilez-vous le pubis et vous aurez une encore plus grosse quéquette, ce qui est quand même assez pathétique comme message, je trouve.

Mais il faut quand même admettre que dans les nouvelles générations, de plus en plus de jeunes hommes s’épilent le torse, les jambes… Et cela veut dire que les nouvelles générations ont intégré tout ce message hygiéniste qui tend à considérer le poil comme sale, et à faire de nous des êtres aseptisés, fragiles.

GB : Ce qui est drôle, c’est qu’on arrive à un retournement de situation, là aussi à cause, peut-être, de l’influence des images pornographiques… Une amie, qui est professeur de français, a amené ses élèves au musée d’Orsay. Ils sont passés devant L’origine du monde, de Courbet. Généralement, l’attitude des adolescents face à ce tableau, ce sont des cris d’horreur, de dégoût, « Comment peut-on montrer des choses pareilles ? C’est horrible ! », etc. Et là, un garçon a dit quelque chose de très intéressant : « Ben vous voyez c’est bizarre parce que la femme elle est nue, c’est choquant, mais en même temps le peintre il a dessiné des poils pour cacher le sexe ! ».

SR : En voilà un qui est sauvé ! Mais un pour combien ? Effectivement les poils cachent le sexe, ils érigent une barrière de mystère, donc de fantasmes et d’érotisme… c’est ça la sexualité. Et lui, ça l’intrigue, je pense que ça va devenir intéressant de coucher avec lui. Mais tous ses petits amis qui sont là, horrifiés…

ES : Mais ça veut quand même dire qu’il pense qu’au naturel, un sexe de femme n’a pas de poils ! Et que le peintre a fait exprès d’ajouter des poils sur le sexe pour le cacher…

SR : Ah vous croyez que c’est ça ?

ES : Oui, c’était dans cet esprit-là d’après la prof.

SR : Mais alors ça c’est horrible, parce que j’ai eu deux témoignages comme ça que je relate dans mon livre, d’un jeune gars qui couche avec une fille pour la première fois, qui découvre qu’il y a des poils, et qui trouve ça monstrueux parce qu’il ne savait pas qu’il y en avait. Et je me suis dit, c’est une exception, je vais quand même en parler, mais je ne veux pas y croire. Et j’ai eu d’autres témoignages… Et ce que vous me dites me… s’ils sont encore plus jeunes, c’est encore plus triste.

GB : Ce sont des collégiens, qui donc n’ont accès à la sexualité que par la pornographie.

SR : C’est bien la preuve que ce collégien, je ne sais pas quel âge il a, treize ans, qui n’a sans doute encore jamais couché avec une fille, a découvert la nudité féminine via la pornographie. Il y a peut-être une absence de dialogue quelque part, soit à l’école, soit de la part de ses parents, je n’en sais rien, je ne sais pas à qui est-ce de le dire… Ça veut dire aussi qu’un gamin de treize ans est déjà gavé d’images pornographiques.

GB : Ça veut dire aussi qu’il faut amener les gamins de treize ans au musée pour qu’ils puissent voir des femmes avec des poils ! Quoique non, puisque là aussi c’est un aspect intéressant, dans la représentation picturale des femmes selon des critères classiques et pour éviter de choquer, les femmes sont représentées sans poils. Les poils apparaissent comme une forme de réalisme, de naturalisme.

SR : La peinture a longtemps représenté les sexes sans poils pour leur enlever leur fonction sexuelle. Et c’est vrai que L’origine du monde, ça a été une révolution pour ça. Et ce qui est marrant c’est que maintenant, le sexuel est associé au glabre, donc c’est un renversement complet, qui traduit bien toute l’absurdité de l’épilation intégrale, à mon avis. « Les poils augmentent la palette des émotions et des possibilités »

ES : Vous parlez d’ailleurs dans votre livre d’un jeune garçon, sur un forum d’ados, qui dit « Elle ne s’épile pas, donc je ne peux pas lui faire de cunnilingus ». Les pratiques sexuelles s’appauvrissent !

SR : Oui. Alors que je trouve que les poils augmentent la palette des émotions et des possibilités… c’est encore autre chose. Mais la pornographie enlève de la diversité. On va au plus obscène donc au plus efficace, au plus brutal, au plus spectaculaire. Mais tout ce qu’il y a autour, tout ce qui n’est pas forcément la pénétration, tout ce qui n’est pas forcément l’orgasme, est complètement démoli par ça. Réhabiliter le poil, c’est réhabiliter tous ces jeux sexuels, cette diversité, le plaisir de la découverte, de l’apprentissage, de la séduction… Enfin, ce qui fait qu’on s’amuse sexuellement.

ES : Vous avez parlé tout à l’heure du jeunisme, est-ce que vous pouvez nous en dire plus ? Ne pas avoir de poils, quelque part, c’est rester jeune…

SR : Je pense qu’on vit dans un monde où le corps désirable est un corps d’adolescent. C’est-à-dire un corps svelte, un corps sans poils, un corps sans rides, un corps avec rien qui dépasse du corps qu’on a quand on est ado. Parce que la société est inconsciemment pédophile, de plus en plus. D’ailleurs, la pédophilie n’a jamais été autant taboue que maintenant. Pour moi, c’est la preuve qu’on a une espèce de pédophilie refoulée qui se matérialise dans la vision qu’on a des corps, et dans cette hystérie qui s’érige contre le poil, contre la graisse, contre les formes qui ne sont pas bien modelées… Il y a de plus en plus de jeunes nanas qui se font offrir des prothèses de seins pour leurs dix-huit ans… Ce sont les mêmes qui se font épiler intégralement, qui pratiquent la vaginoplastie, parce qu’elles ne sont plus libres de leur corps. Ça c’est préoccupant.

ES : Vous faites un constat assez radical. Pensez-vous que ça concerne vraiment toutes les femmes en-dessous d’un certain âge, ou est-ce que c’est quand même dans un certain milieu, ne serait-ce que par le budget que cela implique ?

SR : J’ai volontairement grossi le trait, pour tirer la sonnette d’alarme. Mais j’imagine qu’évidemment, cent pour cent des femmes ne s’épilent pas, notamment chez les jeunes filles. Il n’empêche…Il se trouve que je travaille pour la presse pour ado, pour laquelle je recueille des témoignages. Je peux affirmer que la majorité des filles de moins de dix-huit ans s’épile, et que la majorité des garçons de moins de dix-huit ans trouve ignobles et répugnants les poils pubiens. J’espère quand même qu’il y a des ados qui résistent et qui aiment leurs poils.
La chatte se transforme en dindon

GB : Cela concerne-t-il aussi les femmes qui ont la quarantaine ?

SR : Moins. Mais parce que ces femmes-là, si on tient pour acquis qu’elles rencontrent des gens de leur âge, rencontrent des gens qui ont la quarantaine. J’ai 37 ans, et pas mal de mecs de ma génération aiment les poils. Tout simplement parce que nos premières émotions érotiques, ce n’était pas sur des films porno, c’était sur les pages Lingerie du catalogue La Redoute, où on voyait de petites mottes de poils dépasser… Mais ceux qui n’ont pas été éduqués à ça, forcément… Plus vous avancez dans le temps, plus vous aurez des femmes qui seront à l’aise avec ça.

Encore que le milieu libertin tend à bien normaliser les choses ; j’ai rencontré pas mal de femmes dans ce milieu-là qui avaient des corps de poupées Barbie et luttaient désespérément contre les traces de l’âge, notamment en s’épilant. Ce qui est un mauvais calcul, parce que plus on s’épile, plus on atteint la tonicité des chairs, et plus on s’abîme le sexe. On se vieillit les chairs intimes en les épilant. Ça, il faut le dire !

ES : C’est ce que vous écrivez, vous parlez de la chatte qui se transforme en dindon…

SR : Voilà. C’est un bon mot un peu vulgaire, mais j’ai trouvé que là, il était particulièrement approprié.

ES : C’est important de défaire ces idées reçues, car comme vous le montrez dans votre livre, on a souvent l’idée que c’est plus hygiénique.

SR : Alors que ça ne l’est pas. L’hygiène, c’est un gant de toilette avec du savon, tous les matins, et voilà. C’est ça, l’hygiène. Il n’y a pas à dire que le poil apporte des bactéries : il protège les muqueuses des bactéries. On en est arrivé à faire passer ces contre-vérités, et tous les gens estiment pour acquis que l’épilation, c’est avant tout pour l’hygiène. Et donc on se choppe des mycoses, des cystites, et on se demande d’où ça vient.

GB : Vous terminez par une petite note d’espoir en écrivant que cette mode n’est pas irréversible et qu’on peut en revenir. Mais si on pense à tous ces textes du XIXe siècle qui montrent les femmes les plus voluptueuses, fatales, elles ont de la moustache. Balzac décrit Fédora et sa « lèvre brune », par exemple. Et depuis, on a eu une disparition progressive de la moustache chez les femmes… Pensez-vous vraiment que l’évolution de la société ne va pas entraîner l’absence de poils à tout jamais ?

SR : Le problème, c’est qu’on les épile définitivement. C’est ça le gros problème. Mais je pense que ça peut revenir, le poil. D’ailleurs, à la librairie La Musardine, on vent des DVD porno, et allez poser la question à la fille qui s’occupe des VPC, ceux qui partent le plus sont les chattes poilues et les femmes d’un certain âge. Avant, il y a quelques siècles, la femme, c’était la femme grasse, avec des bourrelets, un gros cul et des gros seins, il y a encore quelques années on disait que ça c’était complètement mort, que maintenant il fallait être forcément squelettique et anorexique, et moi qui travaille chez un éditeur érotique, je peux vous dire que la majorité des mecs fantasme sur les formes.

Des mecs qui fantasment sur les grosses, il y en a… Je l’ai sous le nez, j’avais pas préparé le coup : une collection de romans porno classiques qu’on fait à La Musardine, les Médiamille, et celui-ci s’appelle Elle avait fait de moi sa grosse dondon vicieuse. Ça raconte l’histoire d’une jeune nana toute mince qui se fait embaucher dans un magasin de lingerie, et la tenancière la force à grossir pour aguicher le client. Donc je pense que le poil, ça peut revenir.

ES : Défense du poil, c’est le manifeste d’un nouveau mouvement de lutte ?

SR : J’espère ! En tout cas je reçois plein de mails d’hommes, comme moi, frustrés et qui ne savent pas comment le dire. Mon livre sert un peu de cadeau qu’on va offrir à sa copine pour lui faire comprendre « tu sais, si ça repousse je ne suis pas contre ».

GB : Recevez-vous aussi des réactions de la part des femmes ?

SR : Oui, bien sûr. J’ai eu deux ou trois réactions très violentes de rejet, tellement hystériques que ça montre bien à quel point elles refoulent leur soumission, mais globalement ce sont des mails de remerciement. De toute façon, à chaque fois que je rencontre une fille, elle fait ce qu’elle veut mais je lui explique que j’aime bien quand il y a des poils. À chaque fois, elles s’arrêtent de s’épiler, et c’est « Ouf ! quel soulagement », « quelle économie je vais faire », et tout ça. Je suis bien placé pour savoir que les filles font quand même ça par soumission. Sans généraliser, bien sûr.

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