Défense : Le prix de L’indépendance

Dimanche 16 novembre 2014 // La France

La perception politique des risques, les stratégies d’équipement et la question des hommes sont trois axes structurants de la politique de défense, essentiels à l’indépendance de notre pays. Analyse en trois points de nos forces et de nos faiblesses.

La situation géopolitique actuelle offre à la France des opportunités diplomatiques sans précédent en Afrique, en Russie, en Orient, sur les fondements historiques d’une œuvre encore présente dans les mémoires et sur la réalité géographique d’un ensemble unique de possessions territoriales et maritimes. Pourtant, l’étau européen actionné par notre « plus vieil allié », l’Amérique, se resserre sur notre pays. Le projet d’union transatlantique veut créer un « Otan économique » qui risque de nous étouffer. Plus que jamais, la question de notre indépendance est donc posée au- delà d’un nécessaire sursaut politique, elle impose que nous tenions fermement certaines positions.

Sauvegarder notre indépendance

Il s’agit d’abord de préserver un système de dissuasion qui est le meilleur au monde en termes de performances, d’efficience et d’intelligence. Les missiles balistiques des sous-marins et les missiles de croisière des Rafale viennent d’être modernisés. Grâce aux investissements considérables réalisés naguère, le prix à payer aujourd’hui - 20 % du budget d’équipement des armées - est dérisoire au regard d’enjeux considérables. Car ces capacités nucléaires mettent notre pays à l’abri des chantages et sanctuarisent notre indépendance. C’est aussi un puissant levier diplomatique.

Mais notre système d’alliances militaires doit être revu. La France a perdu la place unique et le poids certain qui étaient les siens dans l’Otan depuis la décision sarko-hollandienne d’alignement. Il faut donc sortir du commandement intégré de l’organisation. Hubert Védrine, qu’on a connu mieux inspiré, prétend qu’une telle sortie ne serait pas comprise par nos alliés. Eh bien, tant pis pour eux ! Le poste de « commandant suprême » de la « transformation » qu’on nous a laissé est un hochet : le général Paloméros s’y occupe actuellement de l’égalité homme-femme. A Norfolk, les officiers français traitent les dossiers, stériles par essence, d’un état-major de conception internationale. Il en coûte 8o millions d’euros par an aux caisses de l’État...

L’état-major de l’Union européenne, qui est inutile comme on l’a encore constaté lors des affaires africaines, est une autre structure à déserter. On pourrait ainsi faire l’économie de constructions factices, comme le corps européen et la brigade franco- allemande, inutilisables pour des raisons politiques. Pour être efficaces, les coopérations militaires doivent se développer sur des bases bilatérales. Avec nos voisins, comme avec des alliés plus lointains, et toujours en synergie avec notre diplomatie Enfin, l’indépendance nationale ne peut faire l’économie de satellites de renseignement, de communication et de navigation. La Défense doit suivre avec une vigilance particulière la montée en puissance du système européen de navigation par satellite, Galiléo, qui la libérera de la pesante tutelle américaine du GPS sur les capacités militaires françaises de localisation et de frappe conventionnelle.

L’industrie française d’armement

La France dispose encore d’une industrie de Défense de premier ordre, avec des compétences qui ne sont pas délocalisables. La direction générale pour l’armement en assure la tutelle gouvernementale et veille à la préservation d’une « base industrielle et technologique de défense » qui constitue un autre pilier de notre indépendance. Cette tutelle consentie doit être préservée car des intérêts privés ne correspondent pas, nécessairement à l’intérêt national. En contrepartie, le gouvernement accompagne les exportations des entreprises françaises qui consolident leur chiffre d’affaires, l’influence diplomatique de la France et sa contribution aux équilibres géostratégiques. La vente d’armes marque la confiance de l’État-client qui accepte une tutelle implicite ; elle engage aussi la responsabilité de l’État-fournisseur qui devient peu ou prou un partenaire économique et un allié.

La France dispose donc des moyens industriels d’armer ses forces en recourant marginalement aux importations. Mais les ressources budgétaires s’amenuisent. Les quelques 15 milliards du budget d’équipement sont une proie alléchante qu’il faut défendre. La Défense a donc plus que jamais l’impérieuse obligation de rationaliser ses choix. La réforme de 2005, qui centralise à l’EMA les arbitrages interarmées, va dans ce sens. Elle a mis fin à une surenchère irresponsable des chefs d’état- major d’armées qui nous coûtait cher.

Des effectifs mieux adaptés

L’erreur est fréquente de mesurer nos forces à la seule aune des effectifs, alors qu’une masse salariale excessive mange les budgets d’équipements des armées et les affaiblit. Ainsi, les réductions récentes ne sont pas déraisonnables. Que ne sont-elles pas appliquées avec le même zèle à l’ensemble de la fonction publique ! Les difficultés rencontrées par nos 3 000 soldats en Afrique ne proviennent pas de la réduction des effectifs, mais bien du sous-équipement, d’un budget Opex insuffisant et d’objectifs politiques ambigus.

Quant à la sécurité intérieure, c’est l’affaire de la gendarmerie et de la police dont les effectifs respectifs sont du même ordre que ceux de l’armée de terre (autour de 100 000 hommes). Les moyens existent. Ce que le pouvoir en fait est une autre question. On saluera ici l’action du général de Villiers qui a réduit de 930 à 600 hommes l’état-major central et plafonne les états-majors d’armée à 150/200 hommes. Tous vont coopérer plus étroitement grâce à une saine cohabitation au nouveau « Pentagone » de la place Balard. Les états-majors ont besoin d’équipes de qualité, ramassées, réactives et intelligentes. La bureaucratie n’y a pas sa place.

Il faut poursuivre l’effort et, parallèlement, « dépyramider » la Défense, réduire le nombre de colonels et d’officiers généraux - comme il faut « dépyramider » la fonction publique ! - et créer des passerelles valorisantes pour les officiers subalternes. Pourquoi ne pas proposer des contrats attractifs de lieutenant ou capitaine à de jeunes ingénieurs ou universitaires intéressés par une expérience militaire avant leur carrière civile et favoriser les reconversions d’officiers des armées dès le grade de commandant ?

Enfin, il faut enrayer la féminisation de l’armée 20 000 femmes militaires est un luxe qu’on ne peut plus s’offrir. Quelles que soient leurs compétences, elles sont par nature moins disponibles que les hommes pour une solde équivalente. C’est un fait objectif. Il a d’autres lieux pour jouer à l’égalité homme-femme. Reste à trouver dans les générations qui viennent des jeunes qui aiment assez la France pour accepter les sacrifices du métier des armes. Il faudra, sinon, recruter des étrangers. Les légions romaines du Bas-Empire ne s’en sont pas relevées.

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