De quel droit ?

Jeudi 20 septembre 2012 // La France

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Drapeau de FranceDe quel droit prenons-nous des décisions irréversibles engageant, sans possibilité de s’y soustraire, les générations futures ? Certes nous sommes libres de vivre comme nous l’entendons, mais seulement dans la mesure où nous ne mettons pas à la charge de nos descendants le financement de notre propre train de vie. De quel droit endettons-nous chaque année un peu plus l’Etat pour des durées atteignant maintenant cinquante ans ? Le dernier budget en équilibre date de 1973. Nous empruntons, non plus pour investir mais, de façon habituelle, pour financer les dépenses de fonctionnement, et surtout, par effet boule de neige, pour régler les intérêts de la dette. Un emprunt sur cinquante ans génère, au bas mot en intérêts, le triple du capital.

La fuite en avant est telle que deux générations ne suffiront même pas à rembourser les dettes qui maintiennent, artificiellement, notre niveau de vie au-dessus de nos moyens réels. Vivons donc avec ce dont nous disposons ! Ce n’est plus le cas depuis longtemps. La concurrence des pays sous-développés ou émergents comme vous voulez est féroce (voir les plans de licenciements qui se succèdent) mais naturelle ; elle devrait nous amener à modérer nos prétentions. Il n’en est rien ! Qui va payer pour nous ? Nos enfants et nos petits-enfants, ceux qui, l’autre jour, en photo dans le journal, siégeant en conseil municipal des jeunes, aux frimousses éveillées, pleins d’entrain, de responsabilité naissante, mais totalement tenus dans l’ignorance de ce qui les attend. C’est eux qui devront payer, mais ils ne savent pas. Nos enfants, nos petits-enfants, que nous choyons, protégeons, pour qui une mère se ferait arracher les yeux ; nous ne voyons pas, nous irresponsables, quel avenir impossible nous leur préparons ! La situation est bien pire que celle que les politiques veulent bien avouer.

Des dettes sont dissimulées sous forme d’engagements de location d’une durée de trente ans dans le cadre des contrats PPP (partenariat public privé). L’Etat impécunieux fait construire par le privé (toujours les mêmes grosses entreprises de BTP !) les prisons, les hôpitaux, les casernes de gendarmerie, les palais de justice,... et les prend en location à des tarifs exorbitants maintes fois dénoncés par la Cour des comptes ; par exemple, le montant des loyers du Ministère de la Justice va être multiplié par six d’ici 2017 du fait des contrats signés.

Depuis peu on nous parle régulièrement de retour à l’équilibre et a la rigueur. Comment y croire tant la situation est obérée ? Les bonnes résolutions s’effaceront devant le mécontentement irraisonné et irrationnel. Déjà, partout, on crie « vive la croissance ! » â commencer par les prix Nobel d’économie dont les fumeuses théories nous ont amené là où nous sommes. La croissance c’est toujours la relance de l’économie. Elle passe toujours par de nouveaux déficits. Relancer la croissance est irresponsable.

La relève qui siège aujourd’hui sur les bancs de CM2 pourra-t-elle, tout à la fois, assurer sa propre survie sur une planète aux ressources raréfiées, payer nos dettes, nos retraites, notre dépendance ? C’est impossible ! Nous serons responsables d’un conflit de génération sans précédent. Bien sombre cet oubli de l’existence des générations futures, comme si la fin de la vie sur Terre allait sonner au terme de celle de la génération d’aujourd’hui ! Cependant, restons optimistes car il est possible de mettre un terme à de tels comportements affligeants. Il est vrai que dans ce climat morose détériorant l’enthousiasme, atténuant la soif de changement, il est difficile d’agir rapidement et efficacement pour rebâtir un monde reposant sur des valeurs nobles décimées par les turpitudes d’un système économique sans âme, ne retenant qu’une valeur, celle du profit à tout prix.

Décréter la fin de la toute-puissance de l’argent, génératrice d’injustice et de misère, osant encore prêcher la croissance sans fin sur une planète épuisée, n’est pas aisé. Il est conternant que certaines de nos élites politiques et économiques, sans doute égarées mais écoutées, puisque sortant souvent des Grandes Ecoles (là où on apprend la vérité ) clamer, avec la voix stridente de perroquets humains : « croissance, croissance,... » alors qu’ils savent pertinemment que la planète, vidée petit à petit de ses ressources, est comparable à un vieux ballon de foot qui, perdant son contenu d’air, ne servira bientôt plus à rien.

Les peuples, sachant que bien de détenteurs des pouvoirs actuels ne désirent pas se libérer de leurs liens avec les forces diaboliques du lucre, pourraient choisir démocratiquement de vrais responsables, conscients de l’état inquiétant du monde, aptes â élaborer un plan de sauvetage pour la planète, assurant à tous une vie sereine et juste, délivrée définitivement des chaînes éculées du profit.

Et si « la grande crise » annonçait des changements radicaux, certes révolutionnaires mais pacifiques ?

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