De la guerre à la guerre.

Mercredi 10 avril 2013 // Le Monde

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L’acte final du dernier G20 comme les différentes déclarations de politiques sur l’ensemble de la planète font craindre la continuation et l’intensification de l’utilisation de l’arme monétaire comme moyen de créer chez soi de la croissance. Explications.

Messieurs Shinéo Abé et Guido Montéga ont un point en commun. L’un est Japonais et nouveau Premier ministre issu des dernières élections et l’autre est le ministre des Finances du Brésil. Tous deux ont une même ligné en matière d’économie : ils considèrent que leur monnaie respective est surévaluée et par conséquent qu’un ajustement à la baisse serait nécessaire à la croissance dans leur pays.

S’ils étaient les seuls à faire ce genre de déclaration, cela ne serait encore pas trop inquiétant. Ce qui l’est en revanche, c’est que d’autres qu’eux se livrent au même exercice sans en parler jamais.

À la base du raisonnement économique, la valeur d’une monnaie est fonction d’éléments divers et qui entrent parfois en contra-diction les uns avec les autres. Pour faire simple, chaque pays à sa propre structure, elle dépend notamment de sa taille, de son poids démographique et économique, de la structure de son système de production et de distribution. Ainsi, même à l’intérieur d’une zone économique dite intégrée tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne, fussent-ils voisins et d’importance comparable. Techniquement, la valeur d’une monnaie ne devrait, selon les économistes libéraux, ne dépendre que defacteurs économiques quantifiables et susceptibles de comparaison d’un pays à l’autre.

De long temps, tout le monde sait trop bien que les choses ne fonctionnent pas ainsi. La monnaie est d’abord et avant tout un instrument de puissance souveraine et doit donc, dès lors, participer à la politique économique d’un pays. Cela, certains Etats l’ont aisément compris et en font une pratique quelque fois outrancière. C’est le cas principalement de la Chine qui trafique de manière éhontée le cours de sa monnaie pour s’attribuer un avantage décisif pour un pays dont le principal atout économique réside dans sa capacité à être l’usine du monde. Au fil des discours, différents dirigeants ont souligné cet aspect des choses et se sont voulus plus ou moins inquiétants à l’endroit de ce pays. Ce fut notamment le cas en 2010 quand le président Obama a menacé Pékin de représailles économiques. Sans résultat. La tricherie est donc de mise et d’autres que les Chinois se livrent au même exercice avec un certain succès. Il n’est pas jusqu’à la Suisse qui profite allègrement de la sous-évaluation de sa monnaie pour exporter en masse ses produits.

Les autres pays sont évidemment tentés de faire de même. Les croissances en berne de nos pays occidentaux remettent au goût du jour une solution qui n’est pas sans avoir de solides avantages. La conservation d’un tissu industriel rend nécessaire de ne pas être entravé dans ses efforts par une monnaie trop chère. Une simple variation du taux de l’euro, par rapport au dollar par exemple, rend obsolètes toutes les politiques de baisse des coûts, telles celles qui sont pratiquées dans la zone euro.

L’Union européenne fait le choix de la déflation, entendez la baisse des salaires, des cotisations sociales, quand d’autres trafiquent simplement leur monnaie en ne touchant à rien de leurs édifices sociaux.- La baisse de la valeur de la monnaie apporte un avantage quantitatif d’importance. Il fait mécaniquement baisser le prix des marchandises destinées à l’exportation. Il est vrai qu’il faut du temps pour que ce plus en vienne à donner des résultats. Pendant ce temps, les importations, elles, voient leur prix immédiatement augmenter. En fin de compte, le pays qui pratique la dévaluation s’y retrouve largement.

Cependant, cette guerre de tous contre tous ne saurait être sans conséquences. Dans un marché entièrement libre il est même inconcevable que tout le monde suive la même politique qui peut amener des désordres dangereux dans le système d’échanges. C’est pourtant ce qui nous menace. Le G 20 n’est pas parvenu à trouver un accord qui puisse empêcher de tels dysfonctionnements. Pour autant, la désindustrialisation de notre Europe doit faire réfléchir. Les Anglais, restés prudemment en dehors de l’euro le voient bien puisque leur pays est en voie de réindustrialisation grâce à une politique voulue de faiblesse de la livre. Il n’est pas question de cela avec l’euro. La Banque centrale européenne, qui a les yeux rivés sur l’inflation et la dette, ne veut pas entendre parler de croissance économique. Précisons : en dehors de l’Allemagne et quelques happy fews qui profitent structurellement, pour le moment, d’un euro largement surévalué. François Hollande a tenté une timide sortie sur ce sujet avant d’être sèchement rembarré par la patronne de l’Europe.

Avons-nous pourtant le temps d’attendre que la monnaie unique chute d’elle-même ? Rien n’est moins sûr. Nous serions probablement morts avant... Voilà pourquoi nous devons nous intéresser aux travaux de ceux qui clament, de moins en moins dans le désert, que les choses ne peuvent plus continuer ainsi. La honteuse loi sur la compétitivité en est une preuve. C’est économiquement idiot et socialement criminel. L’avantage des cassandres est de mettre en garde. Les nôtres proposent aussi des solutions. Il est aujourd’hui possible et souhaitable de sortir de l’euro en suivant un plan bien déterminé plutôt que d’être le jouet des événements. Des mesures sont possibles, notamment avec des ajustements des conditions d’échanges qui sont de nature à éviter les effets dévastateurs de la guerre des monnaies. Nous devons nous préparer et que nos politiques le sachent
ce sera avec ou sans eux...

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