Daniel Cohn-Bendit et les errements des Verts ?

Jeudi 11 octobre 2012 // La France

Les Verts seront toujours les Verts, tout au moins en France. Voilà pourquoi, au lendemain du vote, par le conseil fédéral d’Europe Ecologie Les Verts, d’un texte s’opposant à la ratification du traité budgétaire européen, Daniel Cohn-Bendit a déclaré qu’il suspendait « provisoirement » sa participation au mouvement. Derrière la prudence du propos qui veut éviter toute irréversibilité, se trouve une véritable rupture, puisqu’il a précisé : « C’est une histoire terminée ».

L’ancien dirigeant de mai 68 a cru pouvoir ajouter : « Il y a une dérive gauchiste à l’intérieur d’Europe Ecologie ». Passons sur les relations compliquées entre l’ancien « Dany le Rouge » qui se définit aujourd’hui plus volontiers comme « libéral-libertaire » et les Verts français il lui reste heureusement les Verts allemands, puisqu’il se fait élire d’un côté ou de l’autre du Rhin. Mais on doit lui reconnaître une grande lucidité : « Je veux un parti écologiste qui fasse de la politique, et non pas des postures. Europe Ecologie-Les Verts a perdu en un an la moitié de ses adhérents. Mais ça, ça ne leur pose pas de problème ! On a fait une campagne présidentielle exécrable. Mais ça, ça ne leur fait rien ! On a fait une mauvaise campagne pour les législatives. Mais c’est pareil, ça ne leur fait rien ! On va voter contre le traité, et pour le budget. On donne le torticolis à l’opinion.

Les contorsions des Verts français ont donc repris. Déjà, un de leurs deux ministres, Pascal Canfin, délégué au Développement, avait conseillé aux députés, avant même le vote du conseil fédéral, de s’abstenir plutôt que de voter contre le traité car « sa ratification fait partie d’un compromis » et « il serait donc souhaitable de ne pas s’y opposer lors du vote de ratification » - mais ils s’apprêtent à voter contre. Quant à Cécile Duflot (qui n’a rien à faire dans ce gouvernement), trop heureuse de son poste à l’Egalité des territoires et au Logement, elle a préféré garder le silence ; la solidarité ministérielle ne l’embarrasse guère, elle qui décrit par ailleurs son collègue du Budget Jérôme Cahuzac comme « un misogyne prétentieux » qui trouverait « fatigant d’avoir à s’abaisser à passer du temps avec une souillon ». Voilà des propos qui ne renforceront guère leur culture de gouvernement.

Quant à celui que Daniel Cohn-Bendit décrit ironiquement comme « un grand stratège », le président du groupe écologiste au Sénat, Jean-Vincent Placé, il avait indiqué qu’il laisserait leur liberté aux parlementaires : « Je n’ai pas l’intention de les fliquer ». Il se trouvait ainsi sur la même longueur d’ondes que le ministre délégué au Développement pour recommander l’abstention à ceux qui ne seraient pas d’accord avec la ligne définie. Tout cela présente un petit parfum de IV° République, lorsque des formations secondaires jouaient un rôle disproportionné par rapport à leur poids électoral.

Aujourd’hui, les Verts ne peuvent pas revendiquer une grande assise, puisqu’ils ont obtenu 2,31% à la présidentielle et 5,46% aux législatives. Mais les accords conclus en novembre 2011 avec Martine Aubry pour le PS leur ont donné une importance parlementaire et ministérielle que François Hollande et Jean-Marc Ayrault doivent sans, doute regretter.

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