Danger d’explosion.

Mercredi 20 novembre 2013 // La France


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François Hollande est à la fois protégé et exposé par le régime présidentiel. Quand il y a crise, c’est sa crise. C’est désormais l’opinion qui exerce sa censure.

Plusieurs mèches sont allumées. Il y a danger François Hollande s’est installé à l’Élysée avec tous les pouvoirs. Sa défaite dans huit élections partielles n’y a rien changé. La Constitution de la Ve République, renforcée (ou aggravée) par le quinquennat, fait que tout procède de lui et que tout remonte à lui. Le premier ministre, issu de sa majorité, n’existe pas. Derrière chaque décision ou absence de décision, il y a le confus président de la République.

Or, le gouvernement ne fonctionne pas. Le premier ministre, qui avait pourtant dirigé les députés socialistes quand ils étaient dans l’opposition, est transparent. Hollande l’écarte de l’affaire Leonarda mais il le charge de sonner la retraite sur l’écotaxe ou la sur-taxation de l’épargne. Le chef de l’État a pris l’habitude d’appeler lui-même les ministres de son portable pour leur donner ses instructions sans en informer son premier ministre, et ce n’est pas parce qu’ils déjeunent ensemble chaque semaine que l’action gouvernementale est coordonnée.

La majorité parlementaire n’est pas tenue. On l’a vue éclater durant les polémiques intergouvernementales (Valls-Taubira, Valls-Duflot), puis lors de l’affaire Leonarda. Le fait qu’elle ait voté le budget (Verts compris) ne la rend pas pour autant cohérente. Bien au contraire. Elle multiplie les interventions dans les discussions des textes de loi, sous forme d’amendements plus fous les uns que les autres, qu’il s’agisse de fiscalité, de Sécurité sociale, d’école ou de famille. Comme le gouvernement redoute d’en perdre le contrôle, il lui laisse faire ce qu’elle veut en comptant sur les commissaires de Bruxelles ou les membres du Conseil constitutionnel pour en censurer les pires âneries.

L’opposition n’ayant pas voix au chapitre, c’est désormais l’opinion qui exerce sa censure, et maintenant dans la rue. L’impôt de trop agrippé le système et menace de le faire sauter. L’actuel processus de blocage peut ainsi aller d’explosion en explosion. François Hollande s’est fait élire sur le slogan "le changement, c’est maintenant". Dix-huit mois après, au vu de l’expérience, neuf Français sur dix lui demandent à nouveau de tout changer : de politique, de méthode, de gouvernement. Les institutions l’autorisent à ne rien faire. La porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem,a d’ailleurs fourni une indication (sur BFM TV, dimanche dernier) en disant : « Changer de cap ? Sûrement pas ! »

Le mélange on-ne-change-rien dans les paroles avec des reculs successifs n’est pas de nature à calmer les choses. Quelles sont les autres hypothèses ? La première est de changer le gouvernement. Pour le confier à qui ? À Martine Aubry ou à Manuel Valls ? Hollande n’a sans doute pas envie de se trouver en cohabitation avec l’un de ces deux-là, dont aucun ne dissimule ses ambitions. Ou bien Michel Sapin ? En quoi cela modifierait-il l’essentiel, puisque c’est Hollande qui gouverne ? Passons pour mémoire sur l’idée (qui séduit tant à droite) d’un gouvernement d’union nationale qui réunirait des socialistes, des centristes et des UMP pour faire ensemble le contraire de ce qu’ils font ou proclament séparément —, le meilleur exemple de vote unanime étant la célèbre écotaxe. En outre, remanier maintenant, à cinq mois des municipales, c’est prendre le risque d’avoir à recommencer en cas de défaite.

Deuxième hypothèse : dissoudre. La droite gagnerait, Hollande entrerait en cohabitation frontale, le PS retournerait dans l’opposition, déchaîné contre son chef qui lui aurait fait perdre la main, lequel pourrait tout de même espérer se retrouver ensuite dans la situation de Chirac en 2002 face à Le Pen. Avant de se lancer dans l’aventure, Hollande y réfléchira à deux fois ; il ne le ferait que dans le cas d’une impasse totale.

Il y aurait une autre manière de redonner la parole au peuple (et de faire baisser les tensions) : le référendum d’initiative populaire. C’était une idée de Sarkozy ; l’Élysée y travaille à nouveau. Mais là encore, si le peuple se saisissait d’un sujet pour le soumettre à référendum, ce ne serait pas pour soutenir la politique du chef de l’État. Et en cas de succès d’un tel référendum contre lui, que lui resterait-il comme légitimité ? On ne peut pas oublier qu’il a tout fait pour éviter une telle consultation au moment des débats sur le mariage gay.

Toutes ces hypothèses butent en définitive sur la même réalité : devant le blocage politique, ou François Hollande cède, ou bien il prend la responsabilité d’une crise de régime.

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