Le carnet de Christine Clerc.

Cravate contre jean.

Jeudi 7 juin 2012 // La France

Drapeau de FranceNul ne règne sincèrement. Et il n’y a pas d’action publique sans une part de comédie, sans quelque jeu entre l’arrière-salle et la devanture. C’est Régis Debray qui, dans un brillant essai, Rêverie de gauche, publie juste avant la présidentielle, met ainsi en garde ses amis lui qui fut le conseiller d’un président adepte de Machiavel, François Mitterrand contre un excès de mise en scène moraliste. En a-t-il connu, des donneurs de leçons pratiquant « le déjeuner à 100 euros par tête de pipe pour parler de la faim dans le monde !

Comment ne pas évoquer notre Alceste en feuilletant l’album du nouveau pouvoir ? Certes, on apprécie que le président de la République, le premier ministre et les ministres baissent leur salaire par solidarité avec tous les déclasses. On applaudit quand ils jurent de prendre le train plutôt qu’un avion de l’Etec (anciennement Glam) pour regagner leur province... Mais attendons la suite.

Sobre dignité du nouveau président français qui a préféré pour sa première participation au G8 parmi ses collègues en manches de chemise, garder sa veste. François Hollande aurait même aussi gardé sa cravate, si Barack Obama ne l’avait incite à la retirer. Avec un grand sourire, c’est donc toujours l’Amérique qui dicte les codes. Mais Obama le fait plus finement que Bush, qui offrait à ses invites un déguisement de cow-boy, et Hollande le prend avec humour. Valérie Trierweiler, notre first girl friend, était parfaite aussi dans sa robe noire qui m’a fait penser au tailleur gris de Carla lors de la visite du couple Sarkozy chez la reine d’Angleterre : belle et discrète a la fois.

Auparavant, pour le premier Conseil des ministres sous la présidence de Hollande, la fausse note était venue de Cécile Duflot, la patronne des Verts : elle est arrivée au palais en jean ! On ne parle que de cela dans les dîners, quand on ne veut pas se fâcher a propos des promesses sociales de Hollande ou de la cohabitation de combat » réclamée par Jean-Francois Copé. "Était ce un jean produit en France, au moins ?".

Quelqu’un rappelle que Nicolas Sarkozy, lui, s’et ait fait photographier, au tout début de son règne, gravissant les marches du palais en short trempé de sueur après son jogging, sous le regard étonne des huissiers. C’était une faute de goût et un manque de respect de la fonction. Mais au moins le nouveau président venait-il de recevoir l’onction du suffrage universel. Il se croyait encore autorisé a toucher aux symboles de notre République monarchique. Tandis que la nouvelle ministre de l’Égalité des territoires et du Logement... Les 2,3 % de suffrages de son amie Eva Joly justifient-ils qu’elle prenne l’ initiative, toute seule comme une présidente, de changer les codes du pouvoir à la française ? Elle ne tient son fauteuil que du bon vouloir ou du calcul politique du président Hollande. Et ce n’est pas demain que celui-ci invitera les huissiers à se mettre en short et les ministres à venir participer au Conseil en jean. Il a retenu la leçon de Mitterrand : si l’on change de politique, il faut garder les apparences de la continuité et de la grandeur de l’Etat. Faute de quoi, les Français comprendront "tout fout le camp !"

Le changement se lit donc a d’autres détails. Les cadeaux choisis par Valérie Trierweiler pour Michelle Obama, par exemple : des sacs (Le Tanneur) fabriques dans une usine corrézienne. Mme Bernadette Chirac n’avait pas pense à ca ! Savoureuse revanche pour l’ancien élu corrézien, dont Sarkozy disait en rigolant : « Lui, il va cueillir des champignons avec Gérard Dugenou quand moi, je discute avec Obama ! » De Washington, Dugenou vous salue bien...

N’empêche : les socialistes regrettent déjà Sarkozy ! Leur campagne législative sur le thème du changement de style ne vise-t-elle pas à répandre l’idée qu’il tire encore les ficelles en coulisses ? Faute de pouvoir empêcher les fermetures d’usines, le premier ministre Jean-Marc Ayrault va brandir le slogan "Attention ! La droite sarkozyste est de retour !" Le patron de l’UMP, Jean-Francois Copé, qui jure de « veiller à ce que personne ne porte atteinte a l’image et au bilan » de l’ancien président, va-t-il entrer dans ce jeu, en cognant comme un "clone" de Sarkozy ? Avec le "non au vote des immigres", pourtant, ce sont les mots "attractivité de la France","compétitivité" et "harmonisation fiscale" qui touchent les électeurs de droite et du centre et peuvent faire le plus mal.

Voyez Arnaud Montebourg. Promu a la tête du ministère ô combien symbolique du "Redressement productif", il a déjà perdu de sa superbe en découvrant la liste des plans sociaux gelés durant la campagne présidentielle et qui risquent maintenant de lui exploser à la figure. Nous encaisserons certainement des échecs, previent-il dans le JDD. Et ce n’est pas, hélas ! une cravate bleue qui apaisera la colère.
 
Valeurs actuelles 24 mai 2012

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