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Corruption : l’enquête qui fait trembler l’Essonne.

Par Karl Laske

Mardi 19 février 2013 // La France

L’affaire couve depuis cinq ans et demi dans les bureaux de la police judiciaire de Versailles. Pour ne pas dire dans ses armoires. Depuis 2007, des élus et des fonctionnaires témoignent des pratiques irrégulières de plusieurs maires de l’Essonne. Tout y passe : manœuvres sur des permis de construire, pots-de-vin à tous les étages, marchés truqués, et surtout ces faveurs qui entretiennent l’amitié. À Vigneux, c’est le cadeau d’un 4×4 au maire UMP par un mystérieux donateur. À Montgeron, les vacances du maire divers gauche prises en commun avec l’architecte qui a obtenu – sur concours – la majorité des bâtiments publics de la ville. Malgré des auditions en cascade, les policiers n’ont pas osé, ou pas pu, franchir la porte des mairies, ni questionner les mis en cause. C’est que l’enquête pourrait dangereusement s’élargir au département.

Hérault et Dray, en 2010

L’architecte de Montgeron, François Malisan, a ainsi construit la villa de l’actuel ministre de la ville François Lamy, ancien député socialiste et maire de Palaiseau – dans l’ouest du 91. Comme Mediapart l’a raconté ici, le ministre certifie avoir payé l’architecte, mais n’en a conservé aucune trace.

Actif à Sainte-Geneviève-des-Bois, Malisan a aussi « prêté » en 2008 10 000 euros à Julien Dray, l’ancien député socialiste de la 10e circonscription de l’Essonne, ainsi que l’avait révélé l’enquête de Tracfin (la cellule anti-blanchiment de Bercy) sur les comptes de l’élu. Le conseil général pourrait aujourd’hui être touché par l’affaire à travers le maire de Montgeron, Gérald Hérault, vice-président PS passé divers gauche, assez proche de Dray, qui y a conservé la responsabilité des “politiques publiques”, malgré l’arrivée de Jérôme Guedj à la tête de l’instance départementale.

Poinsot et NKM; au centre, le conseiller régional UMP François Durovray
Poinsot et NKM ; au centre, le conseiller régional UMP François Durovray© DR

Le maire de Vigneux, l’UMP Serge Poinsot, jadis colleur d’affiches de Nicolas Dupont-Aignan, s’est rapproché, lui, de la maire de Longjumeau et députée de la 4e circonscription de l’Essonne, Nathalie Kosciusko-Morizet, et il a dernièrement mené campagne en sa faveur pour la présidence de la fédération UMP de l’Essonne.

Alertée par l’un de ses élus, NKM a estimé que « tant qu’il n’y avait pas de condamnation », Poinsot restait le bienvenu. L’histoire n’est pas sans rappeler la crise provoquée par les enquêtes sur l’ancien président (RPR) du conseil général, Xavier Dugoin. L’architecte attitré de la mairie de Vigneux, Michel Dupuis, n’est autre que celui du département de l’époque. Il avait d’ailleurs été condamné pour contrefaçon pour s’être inspiré d’un collège déjà construit à Étampes.

L’affaire qui fait trembler l’Essonne a commencé le 1er août 2007, par le cambriolage d’un modeste pavillon, rue des Acacias, à Vigneux. Celui d’Annick Lebreton, maire adjointe à l’urbanisme de la ville. Sur place, la police relève que « seuls quelques bijoux et de l’argent » ont été dérobés. « Curieusement, nous constatons que mon bureau est entièrement retourné et certains dossiers concernant les affaires immobilières de la ville ont été vidés ou ont disparu, explique l’élue. Il s’agissait de documents que je m’apprêtais à communiquer. » Lors du dépôt de plainte, les policiers de Draveil informent immédiatement le procureur. « Le 2 août, le procureur m’a rappelée pour me demander d’accepter d’être auditionnée par une brigade spécialisée de la Police judiciaire de Versailles, annonce Mme Lebreton aux élus. Cette audition qui a eu lieu dans les bureaux de la PJ de Versailles va vraisemblablement entraîner une suite d’autres auditions. »

Annick Lebreton est en rupture de ban depuis quelques semaines. Elle a osé écrire au maire de Vigneux que « des bruits importants dans leur teneur », et « voire même des soupçons pèsent sur vous et immanquablement sur l’équipe, et ce essentiellement, en matière d’affaires immobilières et travaux ». L’adjointe à l’urbanisme se plaint depuis six mois d’être dessaisie de ses dossiers au profit du cabinet du maire qui les gère en direct. L’ouverture de l’enquête provoque l’éclatement de l’équipe municipale. 

Nous nous sommes entretenus avec M. Serge Poinsot au téléphone le 10 janvier, puis nous lui avons envoyé une liste de questions par mail, le 31 janvier. Après nous avoir demandé un délai d’une semaine, le cabinet de M. Poinsot n’a finalement pas répondu à nos questions à l’heure où nous mettons en ligne. Malgré de nombreux messages laissés à son secrétariat, au téléphone mais aussi directement au siège de sa société France-Pierre, M. Antonio de Sousa n’a pas donné suite à nos demandes. Nous lui avons adressé, le 4 février, par mail, une liste de questions auxquelles il n’a pas répondu.

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