Opinions.

Corée du Nord.

Echec de la dissuasion.

Mardi 30 avril 2013 // Le Monde

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Le 15 avril 101, anniversaire de la naissance de Kim-II Sung, Pyongyang avait prévu le lancement d’un ou plusieurs missiles de Moyenne et longue portée. Ce n’est pas nouveau, c’est même devenu rituel, ainsi que la rhétorique guerrière qui l’accompagne. Pourquoi, cette fois-ci, la tension a-t-elle atteint de tels sommets ? D’abord parce qu’à chaque fois la Corée du Nord franchit un nouveau cap ; elle a procédé le 12 février à son troisième essai nucléaire souterrain (les deux premiers en 2006 et 2009) et étend la portée de ses missiles. L’accélération du processus traduit, ou bien l’arrivée à maturité de ce type d’armement, ou bien l’essoufflement du régime livré à une surenchère permanente qui aujourd’hui atteint ses limites. Bref, d’une façon ou d’une autre, on approcherait du point de rupture.

Face à la menace, les médiations politiques, alternativement assorties d’aide humanitaire et de sanctions économiques, ces dernières récemment renforcées par le Conseil de sécurité, semblent avoir échoué. La Chine depuis 2003 a régulièrement condamné le retour de la Corée du Nord au nucléaire et a approuvé les sanctions. Son nouveau président paraît décidé à aller plus loin. En effet, la renaissance de la Chine qu’il prône, passe par l’affaiblissement des positions américaines et de ses alliés en mer de Chine. Or, l’agressivité nord-coréenne maintient des dizaines de milliers de Gis au Japon et en Corée du Sud et renforce le militarisme dans ces deux pays désormais gouvernés par des conservateurs nationalistes.

Washington, de son côté, ne souhaite pas que Tokyo et Séoul franchissent eux aussi le pas du nucléaire militaire. Chine et États-Unis ont donc un intérêt commun à montrer leurs muscles face aux dirigeants nord-coréens, pour éviter d’être contournés ou dépassés par leurs protégés.

Qu’est-ces qui n’a pas encore été tenté ? La dissuasion. Washington vient d’entrouvrir une porte en révélant que deux bombardiers furtifs B2 :..avaient pris part aux manoeuvres communes avec la Corée du Sud fin mars. Or, ces appareils peuvent être armés d’engins atomiques. L’usage d’armements nucléaires est tabou dans cette région du monde, entre toutes. Le débat avait été tranché lors de la guerre de Corée de 1950-1951 entre le président Truman et le général MacArthur. II n’est pas inutile de rappeler néanmoins que l’enjeu nucléaire fut au coeur du règlement du conflit en 1953.

 Le dernier acte de Staline (mort le mars 1953) fut de poser les basé de ce qui sera l’armistice de PanMunjon le 20 juillet suivant. L’URSS refusait de transférer la technologie de la bombe à la Chine en échangé du renoncement par Washington de toute attaque directe contre la Corée du Nord et au-delà en territoire chinois. Lorsque Pékin se dotera finalement de la bombe en 1964 puis en 1968, Washington se posera encore la question d’un bombardement des installations à la faveur de la guerre du Vietnam.

Pour une dissuasion crédible, cette possibilité doit à nouveau être mise sur la table. Pourquoi le serait-elle pour l’Iran et pas pour la Corée du Nord ? Si elle ne l’était pas pour Pyongyang, pourquoi Téhéran s’en soucierait- il ? Pourquoi dans un, cas Washington laisserait-il Israël prendre les choses en mains, et dans l’autre le refuserait-il au Japon et à la Corée du Sud ? Pourquoi Pékin (et Moscou) feraient-ils pression sur Pyongyang en laissant faire Téhéran (sans parler du Pakistan) ? La diplomatie nucléaire gagnerait à être plus cohérente. Ce serait le moment pour la France de se souvenir qu’elle est une puissance nucléaire.

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