Corée du Nord : Satellite du Centenaire.

Lundi 30 avril 2012 // Le Monde

Drapeau de FranceD’un Kim à l’autre, l’histoire se répète à Pyongyang. Washington en fait un test de son dialogue avec Pékin.

Le grand et immortel Kim Il Sung est né en avril 1912. La Corée du Nord va fêter son centenaire (bien qu’il soit mort en juillet 1994). Quel cadeau plus seyant qu’un gigantesque feu d’artifice ? En l’occurrence la mise à feu, programmée mi-avril, d’une fusée destinée à mettre sur orbite, dans l’espace, un satellite baptisé Kwangmyongsong-3.

En rendant hommage à son grand-père, le nouveau dirigeant légitime le mode de succession dynastique que son père décédé en décembre dernier a imposé à toute la superstructure nord-coréenne. On se souviendra qu’en 1994, il avait fallu décréter un deuil national de quatre ans (!) pour que Kim Jong Il assume complètement la succession de son père. Son intronisation définitive sera assortie du lancement d’un missile. L’histoire se répète pour les mêmes raisons.

Quelle est l’autorité de la famille du grand homme par rapport à une Direction collective, et tout spécialement par rapport à l’armée ? La question se complique encore si l’on admet que ces entités ne sont en rien monolithiques : quid des autres fils et des beaux-frères ? Quid des factions au sein du parti ou de l’armée ? On n’en sait pas grand-chose, mais l’enjeu est suffisant pour que la Corée du Nord se doive de lancer sa fusée quoi qu’il en coûte.

Loin qu’une succession ouvre une phase de libéralisation, elle oblige aux postures agressives. Il n’y a jamais eu autant d’incidents militaires sur la ligne de démarcation que depuis la désignation, officialisée en 2008, du jeune Kim Jong Un du vivant de son père. Si la confrontation continue à ce jour, c’est que le pouvoir de ce dernier sur l’appareil politique et militaire est encore en question.

Est-ce à dire que ce régime soit au bord de l’effondrement ? Ceux qui l’avaient cru en 1994 à la mort de Kim Il Sung en furent pour leurs frais. Le précédent devrait peser sur les prochaines élections en Corée du Sud. Le président actuel, un « faucon », ne peut se représenter, mais il n’est pas sûr que les partisans du « rayon de soleil », c’est-à-dire du rapprochement avec le Nord, au pouvoir de 1998 à 2008, reprennent si vite la main. En effet, le président Obama n’a cessé de marquer son soutien aux conservateurs au pouvoir à Séoul. Il vient de passer trois jours en Corée du Sud, y compris un déplacement dans la zone démilitarisée. Il le fait certes pour rassurer le Japon, obnubilé par la question nucléaire dans son ancienne colonie (1905-1945). Tokyo a mis en alerte son système de défense anti-missiles.

Mais la Maison blanche n’est si présente dans la péninsule que pour faire face à la Chine. La cogestion de la question coréenne doit être le test de la nouvelle relation qui se prépare entre Washington et la nouvelle direction du parti communiste chinois qui sera issue du congrès d’octobre prochain. Il semble que le dialogue marche, Pékin ayant émis des réserves sur le lancement. programmé de la fusée dans l’espace. La Chine fournit l’essentiel de l’aide alimentaire accordée en février par les Etats-Unis à la Corée du Nord en échange d’un moratoire sur l’atome et que Washington vient de suspendre du fait de l’annonce du lancement de la fusée.

Bien que sans rapport apparent, Obama vient de désigner un Coréen (Américain né à Séoul) pour diriger la Banque mondiale. Un Coréen, Ban Ki Moon, est déjà secrétaire général des Nations unies. Ex-ministre des Affaires étrangères de Corée du Sud au temps du rapprochement, celui-ci met en avant lés besoins humanitaires du Nord. Tout est en place pour une prise en charge internationale du problème. Au cas où... par exemple le lancement de la fusée serait un fiasco...

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