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Copé viré, l’UMP n’est pas pour autant soudée.

Par Ellen Salvi

Jeudi 5 juin 2014 // La France

Jean-François Copé a été contraint de lâcher son fauteuil de président de l’UMP. À peine son départ acté, l’opposition a trouvé un nouveau terrain de mésentente : celui des idées. D’ici le congrès refondateur d’octobre, c’est « une période de tous les dangers » qui s’ouvre.

 « On fait enfin le ménage ! », lâche Lionel Tardy avec soulagement. Le député de Haute-Savoie était l’un des rares parlementaires à souhaiter haut et fort la démission de Jean-François Copé depuis le début de l’affaire Bygmalion. Ses prières ont été entendues ce mardi 27 mai par les membres du bureau politique de l’UMP, qui ont poussé leur président vers la sortie. Acculé de toutes parts, le député et maire de Meaux (Seine-et-Marne) a été contraint de quitter le fauteuil qu’il occupait depuis novembre 2012. Sa démission sera effective au 15 juin.

Jean-François Copé.
Jean-François Copé. © Reuters

La réunion de ce matin s’annonçait tendue. « Elle a été explosive », selon un participant. Contrairement à ce qu’ont laissé entendre au fil de la journée les copéistes Christian Jacob et Michèle Tabarot, Jean-François Copé a bien été mis « sous pression » par les ténors de la droite, qui ont fini par acter le principe d’une démission collective de l’équipe dirigeante de l’UMP et son remplacement temporaire par une direction collégiale, menée par les trois anciens premiers ministres Alain Juppé, François Fillon et Jean-Pierre Raffarin. « Il ne manquait plus que Villepin et Balladur, et l’équipe était au grand complet, moque un conseiller parlementaire. On n’est pas vraiment dans le renouveau… »

Renouveler les hommes, mais surtout les idées. Telle est l’ambition de cette UMP post-Copé. Car pendant deux ans, le parti a essentiellement vivoté sur la ligne de la « droite décomplexée », défendue par le député et maire de Meaux et rythmée par des polémiques telles que l’affaire des “pains au chocolat” ou celle du livre Tous à poil !, censé illustrer la prétendue “théorie du genre”. Tant et si bien que la plupart des responsables de la droite se sont exclus de facto du travail de réflexion idéologique de leur parti pour se rapprocher de clubs de réflexion animés par de jeunes élus et militants (La Boîte à idées, La Manufacture…).

Le bureau politique de l’UMP ayant validé ce mardi le principe d’un congrès refondateur prévu pour le mois d’octobre, l’opposition a désormais quatre mois devant elle pour élaborer le projet qu’elle a été incapable de construire collectivement en deux ans. « Nous n’avons que quelques semaines pour sauver l’UMP du désastre », a prévenu François Fillon dans une charge au vitriol adressée à Copé. L’un des soutiens de l’ex-premier ministre, le député de Paris Jean-François Lamour, le reconnaît : le parti entre aujourd’hui dans « une période de tous les dangers ».

Bernard Debré, lui aussi député de Paris, a filé sur BFM-TV la métaphore médicale : « L’UMP est en salle d’opération pour l’instant. Il y a eu une première phase de l’intervention chirurgicale. Jean-François Copé a donné sa démission, c’était indispensable. Il nous mettait dans une situation intenable. Il plombait l’UMP. »

Depuis Bordeaux, Alain Juppé a salué la démission du député et maire de Meaux, pour « la sérénité » du parti. Quant à Jean-Pierre Raffarin, autre nouveau président par intérim de l’UMP, il a indiqué sur Public Sénat que Copé avait « été très digne » et qu’il avait « plaidé son innocence avec conviction ».

Invité du 20h de TF1, le futur ex-patron de l’UMP a expliqué avoir démissionné pour ne « pas voir revenir le spectre de la division que l’on retrouvait dans l’œil gourmand de quelques-uns ». Insistant sur son « honnêteté », son « intégrité » et sa « bonne foi », il a répété avoir « découvert tout cela il y a une dizaine de jours », après les révélations de Libération.

« Avant, je n’avais pas eu la moindre information sur ce sujet, a-t-il ajouté. J’ai fait confiance à des personnes dont c’était le métier. Rétrospectivement, je suis bouleversé de tout cela, d’autant que ce sont des collaborateurs, des gens qui ont abusé de ma confiance. (...) Nous (Nicolas Sarkozy et lui-même ndlr) étions en campagne, nous n’avons pas suivi cela. »

Si chacun à l’UMP s’est accordé à respecter « la présomption d’innocence », rares sont ceux à s’être laissés convaincre par les arguments de leur ancien président. « Je ne peux pas te croire », a lancé Nathalie Kosciusko-Morizet à l’adresse de Jean-François Copé en bureau politique. Sitôt la question Copé réglée, l’opposition s’est engouffrée dans le débat de la ligne politique qu’elle doit adopter, après la défaite cinglante des européennes.

La réunion du groupe UMP à l’Assemblée nationale, qui s’est tenue juste après le bureau politique, a d’ailleurs été largement consacrée au sujet. « Beaucoup remettent en question le principe d’un rapprochement avec le centre, affirme Jean-François Lamour. Certains élus UMP sont encore sur la ligne du Sarkozy de 2012 et n’en démordent pas. » D’autant moins qu’ils ont vu « leur analyse renforcée » par les résultats obtenus par le FN aux derniers scrutins.

La proposition d’Alain Juppé de « revenir aux fondamentaux de l’UMP » à savoir « l’union de la droite et du centre » n’est pas du goût de tout le monde. « Juppé met la charrue avant les bœufs, cela a le don d’énerver une partie de nos élus », ajoute le député de Paris. Parmi les parlementaires qui rejettent l’analyse du maire de Bordeaux, figure notamment le député de la Drôme Hervé Mariton. Délégué général au projet jusqu’à ce mardi, il se demande aujourd’hui ce que vont devenir les travaux qu’il avait engagés avec ses deux adjoints, la copéiste Valérie Debord et le sénateur de Vendée, Bruno Retailleau.

« Il faut être attentif à ne pas tirer de conséquences précipitées en termes d’orientation de fond, souligne-t-il. Il faut assumer que le centre existe. Je n’ai jamais été fan de Buisson (l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy à l’Élysée ndlr) et en même temps, je suis à droite. Et je n’ai pas de complexe avec cela. » Une façon de dire que si Jean-François Copé a quitté la présidence de l’UMP, sa « droite décomplexée » a encore de beaux jours devant elle.

Pour la copéiste Camille Bedin, jusqu’alors secrétaire générale adjointe du parti, « le débat idéologique qui s’annonce n’a aucun sens ». « La droite décomplexée prônée par Jean-François Copé, c’est 50 % de l’UMP, plaide-t-elle. Nous devons défendre une droite forte (c’est d’ailleurs le nom du courant fondé par Geoffroy Didier et Guillaume Peltier, auquel elle appartient ndlr), qui repose sur l’équilibre que Nicolas Sarkozy avait trouvé en 2007. Une droite économiquement libérale et sociétalement juste. » Peltier et Didier n’ont de leur côté pas tardé à indiquer que la Droite forte « assumera ses responsabilités » en proposant « une nouvelle motion » dès le mois d’octobre.

En attendant, Camille Bedin souhaite s’« éloigner » du débat « catastrophique » centre droit/droite-droite. « Un combat de personnages », selon elle, qui s’inscrit dans la lignée de « la bataille d’ego » que connaît l’UMP depuis la guerre Fillon/Copé pour la présidence du parti en novembre 2012. Le fillonniste Lionel Tardy, lui, a un tout autre point de vue sur la question. « Ce qu’il s’est passé ce matin est une victoire de la collégialité, assure-t-il. Il ne fallait surtout pas que nous restions cantonnés au débat mortifère Copé/Fillon. Il y aura une période de tâtonnement jusqu’au congrès. »

Le député de Haute-Savoie n’a pas manqué de noter la « discrétion » des copéistes depuis quelques jours. Quant aux sarkozystes, ils ne sont guère plus loquaces. Car Jean-François Copé n’est plus le seul concerné par l’affaire Bygmalion. Et même si Nicolas Sarkozy est, selon Brice Hortefeux, « très mécontent de voir son nom associé à cette curieuse actualité », il n’en demeure pas moins que cette affaire aura des conséquences politiques sur son avenir.

« L’équipe de campagne de Nicolas Sarkozy devra répondre à un certain nombre de questions, conclut Hervé Mariton. Mais le candidat lui-même ne pourra en être exonéré. » Si elle comprend que l’ancien président de la République « soit touché » par les accusations qui sont portées contre lui, Nadine Morano a toutefois tenu à ajouter qu’elle ne pensait pas que « cela affecte (son) retour ». Crise oblige, l’ancienne ministre a nettoyé son compte Twitter et effacé un message posté l’an dernier, en pleine affaire Cahuzac. « Pour les menteurs et fraudeurs la sanction doit être exemplaire assortie d’une inéligibilité à vie », écrivait-elle à l’époque.

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