Consensus extérieur.

Mardi 5 juin 2012 // La France

Drapeau de FranceLe premier tour de piste en Allemagne et aux Etats-Unis de François Hollande a été réussi. Pour la suite, Laurent Fabius prend le relais d’Alain Juppé... dans la même ligne.

Le sommet du G8 à Camp David aux Etats-Unis, les 18 et 19 mai 2012, adonné l’occasion au nouveau président français de se donner rapidement une stature internationale. L’idée de relance économique lui a permis d’être écouté par un président Obama qui ne tenait pas trop à mettre sur la table les différends (retrait de la France d’Afghanistan). Mais le discours de la nouvelle équipe française a d’abord été celui de la continuité, alors que Nicolas Sarkozy avait voulu incarner la rupture par rapport à Jacques Chirac. En France, les lignes de partage en politique étrangère se situent à l’intérieur des deux grandes tendances de droite et de gauche plutôt qu’entre elles.

On a d’ailleurs dit que Laurent Fabius est un « Juppé de gauche ». Les parallèles abondent en effet entre les deux titulaires du Quai d’Orsay : âge, formation, physique, compétence, expérience, deux anciens Premiers ministres revenus comme numéros deux du gouvernement (quoique Fabius ne jouisse pas du titre de ministre d’Etat), ayant terminé leur mandat sur un échec électoral (1986, 1997). Au gaulliste qui avait marqué ses réserves face à la réintégration dans l’OTAN succède un « gaullo-mitterrandien » également réserve sur le retour dans l’OTAN et partisan du « non » au référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen de même que le nouveau ministre délégué aux Affaires européennes, Bernard Cazeneuve. Mais tout ceci est oublié. Hollande aura, mieux que ne l’avait voulu Sarkozy, réussi à dépasser les clivages de 2005 et à réconcilier la France du « non » et celle du « oui »

L’affichage de la continuité est d’autant plus nécessaire pour rassurer les partenaires américains et européens qui s’étaient habitués (plus ou moins) à l’activisme de Sarkozy. Dans la course au « leadership » diplomatique, si la place de la France venait à être vacante, qui donc la remplacerait ? Le seul candidat évident, l’Allemagne, n’est pas reconnu comme tel, ni même volontaire. Le leadership économique lui suffit. Et personne ne souhaite lui adjoindre l’hégémonie politique. L’Angleterre, trop cavalier seul, se tient aux marges. La diplomatie commune européenne est pour l’instant un non-enjeu.

Juppé avait eu soin de remettre en ordre de marche le Quai d’Orsay, méprisé et ignoré par le président Sarkozy. La « Maison », dit « le Département » va prendre sa revanche. Les diplomates de tendance socialiste, plutôt majoritaires, qui y tenaient le haut du pavé faute de mieux, se remobilisent autour d’une ambition partagée. La cohérence de fond dans la durée va l’emporter sur les « coups » sarkozystes.

Son périmètre n’a pas été remis en cause : trois ministres délégués. Celui aux Affaires européennes aura fort à faire pour tenir sa place face à l’envahissant Moscovici, nostalgique du quai d’Orsay et dont Bercy n’était que le second choix. Un ministre délégué au Développement a aussi été nommé (on a abandonné l’appellation connotée de « coopération ») et un autre aux Français de l’étranger et à la francophonie. Cette dernière est détachée du pôle Développement, quoique la synergie avec les Français « à » ou « de » l’étranger reste à créer.

On n’est pas revenu sur la suppression d’une structure pour les droits de l’Homme - supprimée avec Rama Yade par Kouchner. Bref, un retour à la « normale » mais qui attend d’affronter « la mer des tempêtes » selon l’expression de Juppé.

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