Conjoncture : Danger de déflation.

Lundi 27 avril 2015 // La France

Comme l’ensemble de la zone euro, la France est sur la pente de la déflation. Mais on continue d’appliquer des règles absurdes.

Les débats sur la loi Macron et sur son sauvetage ont rejeté à l’arrière-plan une information de première importance : comme tous les pays de ta zone euro, la France est de plus en plus engagée sur la pente de la déflation. Les prix à la consommation ont en effet diminué de. 0,4 % sur un an et de 1 % pour le seul mois de janvier 2015.

Halte-là ! disent les uns : le phénomène est conjoncturel car il a la baisse du prix du pétrole ! Et d’autres de renchérir : ils pointent l’inflation sous-jacente - qui ne prend pas en compte les tarifs publics et certains produits très fluctuants - et notent que celle-ci est restée stable en janvier et qu’elle est positive (+ 0,2 %) sur les douze derniers mois.

Tous de même, nous sommes sur la mauvaise pente depuis longtemps, sur le même rythme que l’ensemble de la zone euro - avec des pays comme l’Espagne et la Grèce qui sont déjà tombés dans la déflation. Mis à part quelques mois en 2009 à la suite de la crise financière, cette situation ne s’est jamais vue depuis soixante ans. L’éminent économiste qu’est Michel Sapin devrait être rongé par l’inquiétude et s’enquérir de la riposte possible avec son ami Pierre Moscovici qui siège comme beaucoup l’ont déjà oublié à la Commission européenne. Car la déflation, c’est- à-dire le mouvement général de baisse des prix, des salaires et de la consommation des ménages, est un piège dont on ne sort que difficilement. Pour y échapper, il faut augmenter massivement les investissements publics et soutenir la demande car les consommateurs qui anticipent les baisses de prix retardent autant que possible leurs achats.

Or que fait le gouvernement français ? Toujours calé sur Berlin, il se déclare ferme partisan de l’austérité et n’a pas accordé la moindre considération aux solutions préconisées par le nouveau gouvernement grec. Or que dit Pierre Moscovici ? Le sémillant commissaire européen aux Affaires économiques a déclaré le 23 février que la France n’en faisait pas assez. « Il est indispensable que le déficit se réduise à un rythme prévu par les règles européennes, c’est-à-dire de 0, 5 point de PIB [par an]. » Sinon ? Sinon oyez la parole du Pierrot bruxellois : « Un bon accord est toujours préférable à de mauvaises sanctions mais des sanctions peuvent être aussi nécessaires quand il n’y a pas d’accord. »

Je n’ose pas m’aventurer dans les profondeurs de la pensée moscovicienne tant j’ai peur de perdre pied mais j’ose cependant risquer l’interprétation qui suit : puisque la Règle européenne est déflationniste, faites une politique déflationniste sous peine de sanctions sans tenir compte de la déflation qui s’annonce car la Banque centrale européenne s’occupe de tout.

À Berlin, Bruxelles et Francfort le théâtre de l’absurde continue sa tournée.

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