Conférence sociale : Une grand-messe pour rien.

Lundi 22 juillet 2013 // La France

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La deuxième Grande conférence sociale du quinquennat s’est déroulé, les 20 et 21 juin dernier. Elle a rassemblé, autour du président de la République, du Premier ministre et de nombreux ministres, des dirigeants syndicaux et patronaux et des représentants des différente collectivités territoriales.

La première édition de la grande conférence sociale, en juillet 2012, avait été une réussite indéniable, essentiellement due à l’attrait de la nouveauté, à l’engouement suscité par l’élection de François Hollande, et au fait qu’après deux années d’immobilisme, la relance du dialogue social était devenue nécessaire. En revanche, on ne peut pas en dire autant de la conférence de cette année, affublée - politique de communication oblige de l’appendice pour l’emploi. Malgré les efforts pour le cacher, l’enthousiasme n’y était pas. Plus personne, ou presque,` ne, semblait croire à l’utilité de cette de rencontre. Les ministres ont fait le service minimum, avec une mention spéciale à Arnaud Montebourg dont on a du mal à savoir s’il pense ce qu’il dit ou s’il joue la comédie ; Jean-Marc Ayrault a expédié son discours de clôture, d’une grande vacuité, en moins de vingt minutes.

Il faut dire que le rôle des membres du gouvernement n’est pas aisé. Ils doivent expliquer qu’ils mènent une politique sociale, alors qu’ils sont tous, à des degrés divers, partisans de l’ultra-libéralisme. Ils doivent faire croire que rien n’est joué et que de la concertation jailliront des mesures novatrices, alors que tout est dicté par Bruxelles, Washington et Francfort, et décidé à l’avance ; en témoigne la feuille de route de l’année à venir envoyée aux participants dans la nuit du 21 au 22 juin, soit à peine quelques heures après la clôture des débats.

Quant aux patrons, ils ont fait les patrons, répétant dans chaque table ronde que, en dehors de la dérégulation, de la baisse du coût du travail et de la privatisation de la protection sociale, il n’y avait point de salut. Laurence Parisot allant jusqu’à invectiver les personnes en désaccord avec cette approche...

La CGT et la CGT-FO traînaient les pieds participant aux débats sans conviction et sans réellement s’engager. Les journalistes erraient dans les couloirs à la recherche d’informations et de positionnements clairs qui ne sont jamais venus. Les rapporteurs des différentes tables rondes, visiblement circonvenus pour mettre l’accent sur le consensus, ont dû faire preuve d’imagination, restituant des propos qui, de l’avis de nombreux participants, n’ont jamais été tenus.

Seuls François Hollande et les dirigeants de la CFDT ont assuré leur prestation avec un certain entrain. Le premier disant tout et le contraire de tout, promettant par exemple d’inverser la courbe du chômage avant la fin de l’année tout en réduisant le déficit budgétaire ; ou de consolider le système français de protection sociale sans hausse des cotisations ; ou encore de préserver le pouvoir d’achat des familles tout en justifiant la baisse du plafond du quotient familial. Peu importe ces contradictions, l’objectif étant de ne froisser aucune des parties prenantes de la réunion ou le big brother bruxellois. La CFDT reprenait quant à elle les poncifs à la mode avec morgue et suffisance.

Quelques engagements ont été pris, moins que l’année dernière et surtout d’une portée beaucoup plus faible. Pour n’en citer que quelques-uns : permettre à trente mille demandeurs d’emploi de suivre une formation pour qu’ils puissent occuper les quelque trois cent mille emplois non pourvus. Outre le fait que la formation permet de diminuer le nombre de chômeurs, cette mesure part d’une analyse erronée inspirée par les organisations patronales : s’il existe des emplois vacants, ce serait surtout parce que les salariés ne sont pas formés pour répondre aux besoins des entreprises. Or, la réalité est tout autre : si ces emplois sont inoccupés, c’est qu’ils sont, très souvent, mal rémunérés et que les conditions de travail y sont déplorables.

La feuille de route prévoit également de réformer la formation professionnelle continue avant la fin de l’année : c’est effectivement une nécessité, mais le plus grand frein à la formation, ce sont les entreprises qui refusent de laisser partir leurs salariés plusieurs jours en formation ; ce sont aussi les salariés eux-mêmes qui ne veulent pas retourner sur les bancs de l’école. Concernant les retraites, le gouvernement n’a pas dévoilé ses intentions ; il s’engage cependant à consulter les partenaires sociaux durant l’été et à prendre des mesures dès la rentrée. Sur le financement de la protection sociale, il estime qu’il est urgent d’attendre et renvoie le Haut conseil du financement de la protection à ses études.

L’une des tables rondes était consacrée à la politique-Industrielle et aux emplois d’avenir, d’où il ressort - selon le rapporteur Jean Pisani-Ferry - qu’il est impossible de savoir quels seront les emplois de demain : inquiétant quand on sait que ce brillant économiste vient d’être nommé commissaire général à la stratégie et à la prospective ! Sinon, la feuille de route propose de créer un nombre impressionnant de groupes de travail : le meilleur moyen de ne rien faire tout en faisant croir qu’on agit. Et comme François Hollande ne voulait pas aller au sommet européen de fin juin sans proposition, le ministre des Affaires européennes a fait entériner par la table ronde sur l’Europe qu’il présidait que la France revendiquait la définition d’un Smic européen. On notera qu’il ne s’agit pas de créer un Smic européen, mais simplement de proposer de le définir. Quelle audace !

Toutes ces propositions sont faites pour amuser la galerie, car l’essentiel n’est pas là. Cette grande conférence sociale pour l’emploi avait pour principal objectif, mis en avant dès les premières pages de la feuille de route, de faire assumer la timide politique du gouvernement en matière sociale par les partenaires sociaux, de montrer qu’il n’existe pas d’alternatives et d’étouffer dans l’oeuf toute velléité de contestation qui pourrait poindre dès la rentrée. La CGT et la CGT-FO ont appelé à la manifestation en septembre, encore faut-il qu’elles puissent mobiliser au-delà de leurs troupes pour s’opposer au rouleau compresseur ultra-libéral.

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