Conférence nationale d’Athènes.

Vendredi 13 décembre 2013 // L’Europe


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À mon tour je voudrais remercier les organisateurs de cette magnifique conférence internationale, le Front unitaire populaire de Grèce et son président Dimitris Kazakis. C’est la première réunion à l’échelle de l’Union européenne, et même au-delà, rassemblant des forces progressistes, qui traite de la dette publique, des monnaies nationales et de la démocratie. Je forme des vœux pour que nous puissions, à l’issue de cette conférence, nous rassembler, nous coordonner, et agir en commun dans nos pays respectifs et au niveau de l’Union européenne et de la zone euro.

Permettez-moi de présenter brièvement le Mouvement politique d’émancipation populaire (le M’PEP) en France. Nous nous sommes créés en 2008. Notre but était de poursuivre la lutte contre la constitution européenne après la victoire du « non » en France au référendum du 29 mai 2005, avec 55% des voix. Les forces qui avaient mené campagne pour le « non », en effet, avaient été incapables de se rassembler et de poursuivre leur action. La débâcle des élections présidentielles de 2007 l’avait démontré.
Le M’PEP est un mouvement politique de gauche. Nous sommes sidérés par la faillite intellectuelle, idéologique et politique de la gauche française et même européenne. C’est pourquoi nous nous sommes fixés notamment l’objectif de « réidentifier » la gauche, de lui redonner des repères et des valeurs, et de créer un nouveau courant politique.

De notre point de vue, le problème principal qui bloque la gauche et bien au-delà de la gauche est celui de l’Europe.

Beaucoup de gens croient que la Seconde Guerre mondiale a été provoquée par les égoïsmes nationaux. Ils en concluent qu’il faudrait brider la souveraineté des peuples, ces derniers ne pouvant que s’adonner à des pulsions nationalistes les plus viles. Il faudrait donc bâtir une Europe fédérale disposant d’un pouvoir d’encadrement des peuples. Cette croyance part d’un bon sentiment qui est celui de préserver la paix. Mais elle repose sur une énorme erreur d’analyse historique. La Seconde Guerre mondiale, en effet, n’a pas été déclenchée par les égoïsmes nationaux. Elle a pris sa source dans la première grande crise mondiale du capitalisme, en 1929 aux Etats-Unis, et dans les graves erreurs politiques des Alliés à la suite du traité de Versailles de 1919. C’est sur un terreau fait de chômage, d’humiliations, de misère comme aujourd’hui, que les idéologies fascistes, nazies, racistes ont pu se développer, particulièrement en Allemagne et en Italie.

Nous pensons, au M’PEP, que seule la souveraineté des peuples, c’est-à-dire leur capacité à être une communauté politique, est un gage de paix. Nous avons confiance dans les peuples !

Je disais à l’instant que le M’PEP était un parti de gauche. Pour autant, nous sommes alliés à d’autres forces politiques, dont certaines sont communistes ou gaullistes, car nous prenons modèle sur le Conseil national de la Résistance. Pendant la Seconde Guerre mondiale, en France, il avait rassemblé autour d’un programme de ruptures, communistes, socialistes, gaullistes, chrétiens, syndicalistes contre la barbarie nazie.

Il n’y a rien de plus urgent, au-delà de nos différences, que de nous rassembler et d’agir dans l’objectif de retrouver nos souverainetés populaires et nationales, condition d’un internationalisme véritable.

Je vais maintenant développer les trois grandes raisons pour lesquelles il faut, aux yeux du M’PEP, annuler la dette publique et la restructurer, sortir unilatéralement de l’Union européenne et de l’euro. Sortir unilatéralement de l’Union européenne et de l’euro signifie que chaque pays, individuellement, en fonction de son agenda politique et de ses mobilisations sociales, peut décider de redevenir libre en activant l’article 50 du traité de Lisbonne qui autorise, en toute légalité, à sortir de l’UE et donc de l’euro.

I.- PREMIERE RAISON POUR LAQUELLE IL FAUT SORTIR UNILATERALEMENT DE L’UNION EUROPEENNE : SA NATURE MEME LUI INTERDIT TOUTE EVOLUTION POSITIVE POUR LES PEUPLES

L’Union européenne est un monstrueux système de domination et d’aliénation des peuples dont il faut s’émanciper

Nous devons nous demander s’il existe une « essence » de cette « construction » européenne. Autrement dit, est-elle dotée de caractéristiques fondamentales, d’un caractère propre, intangible.

La réponse est oui.

Oui, la « construction » européenne possède une essence.

Ce sont les valeurs et les intérêts des classes possédantes occidentales :

  • Européisme.
  • Atlantisme.
  • Capitalisme.
  • Autoritarisme.
  • Fédéralisme.
  • Christianisme, car il faut bien vaporiser un peu d’eau bénie sur tout cela de temps à autre.

L’impulsion initiale de la « construction » européenne ne vient pas des Européens, elle vient des Etats-Unis. Le but des Etats-Unis était de reconstruire le capitalisme après la Seconde Guerre mondiale, sous leur leadership, pour faire face à l’URSS. Dans ce cadre, pour les dirigeants américains, des formes d’union européenne étaient indispensables pour :

  • Acheter la production de masse américaine.
  • Permettre à l’Europe occidentale de produire ses propres armements contre l’URSS.
  • Contrecarrer le communisme intérieur, particulièrement en France et en Italie.

Voilà ce que dit le pape du néolibéralisme, Friedrich von Hayek, dès 1939, qui a influencé les milieux dirigeants américains : « La fédération [européenne] devra posséder le pouvoir négatif d’empêcher les Etats individuels d’interférer avec l’activité économique ».

Il ajoute : « Une fédération signifie qu’aucun des deux niveaux de gouvernement [fédéral et national] ne pourra disposer des moyens d’une planification socialiste de la vie économique ».

C’est très clair, le but d’une union européenne est de briser les souverainetés nationales pour empêcher tout risque de socialisme – et même toute politique keynésienne - et confier l’économie aux seules « lois » du marché.

Nous devons considérer que les peuples sont adultes, et qu’il ne faut pas leur raconter des histoires pour les endormir comme le fait le Grand Récit sur le mythe de la « construction » européenne.

Nous devons dire qu’un tel système ne peut pas changer d’essence. Qu’il ne peut pas s’améliorer de l’intérieur. Qu’il faut le démanteler et bâtir quelque chose de radicalement nouveau à l’extérieur.

L’Union européenne, en effet, est un des piliers de l’ordre néolibéral mondial sous contrôle étatsuniens, avec :

  • Le FMI.
  • La Banque mondiale.
  • L’OMC.
  • L’OTAN.
  • L’OCDE.

La lutte contre cet ordre néolibéral passe nécessairement par la sortie des piliers qui le soutiennent.

D’autant que l’obligation de réviser les traités européens à l’unanimité empêche toute réforme démocratique et sociale

Certaines forces politiques, syndicales, associatives, proposent de transformer l’Union européenne de l’intérieur. Leurs revendications concernent souvent la Banque centrale européenne. Elles portent aussi sur les questions sociales, les marchés financiers, etc.
Bien sûr, nous sommes favorables à tout changement de la politique de l’Union européenne dans un sens progressiste. Nous sommes aussi pour la transformation du plomb en or. Nous sommes mêmes prêts, s’il le faut, à planter des cierges en invoquant le Ciel – qui s’est installé à Bruxelles – pour qu’il réduise par exemple le chômage des jeunes.

Tout ce qui peut améliorer la situation des peuples doit être pris. Sans hésiter ! Mais où est le bilan ? Qu’a-t-on arraché, ces dernières années, aux oligarques bruxellois ?

Rien ! Nous n’avons rien obtenu. Et nous n’avons rien obtenu car le système est bloqué. Avec 28 pays membres, qui doivent se prononcer à l’unanimité, les traités européens ne peuvent pas être révisés dans le sens d’un progrès démocratique et social. Il y aura peut-être, un jour, l’unanimité des pays membres pour le faire dans le futur. Mais quand ? À court et moyen termes, cette hypothèse est politiquement irréaliste.

L’Union européenne et l’euro ont un bilan accablant et dressent les peuples les uns contre les autres

Inutile, ici, de faire l’inventaire des malheurs provoqués par le système européen. Ce qui est appelé la « construction » européenne ne repose pas sur la volonté de construire la prospérité pour les peuples de notre continent. La seule prospérité que connaissent les oligarques européens c’est leur propre et unique prospérité. La « construction » européenne repose en effet sur la libéralisation de tous les aspects de la vie sociale et économique : les marchés, le travail, la culture, l’éducation, le social, la finance… C’est la concurrence de tous contre tous. Il faudrait plutôt parler de la construction du libéralisme à l’européenne !

C’est l’effacement de toute volonté devant le marché total. Ceux qui se risqueraient à résister, ou même à désobéir, n’ont aucune chance. Ils sont mis immédiatement sous la tutelle de la Troïka, avec ses hommes en noir, à l’exemple de la Grèce. J’exprime ici, au nom du M’PEP, toute ma solidarité au peuple grec dans les épreuves qu’il traverse.

L’Union européenne est le système le plus sophistiqué au monde, reposant sur la tentative délirante de construire une civilisation par le marché. Toute l’idéologie européenne s’appuie sur la croyance insensée que l’on peut résoudre les problèmes du monde en établissant un ordre quasi-intégralement marchand.

Les peuples européens, à juste titre, se détournent de plus en plus de l’Union européenne et de l’euro. C’est ce que nous apprennent les enquêtes d’opinion et nos discussions avec les gens de tous les jours.

II.- DEUXIÈME RAISON POUR LAQUELLE IL FAUT SORTIR UNILATÉRALEMENT DE L’UNION EUROPÉENNE ET DE L’EURO : C’EST LA CONDITION PRIMORDIALE POUR RÉSOUDRE LA CRISE

Il faut en effet sortir de l’euro pour se protéger des marchés financiers et éradiquer le chômage

L’ouverture totale des marchés de capitaux a été décidée par l’Union européenne. Elle ne pouvait aboutir qu’à la crise systémique actuelle. L’euro a été le vecteur et l’amplificateur de cette circulation effrénée des capitaux.

L’article 120 du traité de Lisbonne stipule ainsi que « Les Etats membres et l’Union agissent dans le respect du principe d’une économie de marché ouverte où la concurrence est libre, favorisant une allocation efficace des ressources ».

C’est la reprise presque mot pour mot de l’inénarrable théorie de « l’efficience des marchés financiers » qui explique avec le plus grand sérieux qu’il faut libéraliser totalement les marchés financiers, car cela permettra la meilleure affectation des capitaux aux projets rentables, ce que ne pourrait pas faire l’Etat.

La création et le développement des marchés financiers résultent donc entièrement d’un choix politique et non d’une fatalité économique. L’Union européenne et l’euro ne sont pas victimes de la mondialisation et de la globalisation financière – et ils sont encore moins un bouclier pour s’en protéger -, ils en sont les co-responsables.

Tout ce qui est appelé la « construction » européenne a été subordonné à ce but. Il fallait attirer vers les marchés financiers européens les capitaux recherchant à l’échelle planétaire une rentabilité maximale à très court terme.

C’est pourquoi les taux d’intérêt sur les obligations d’Etat sont plus élevés en Europe qu’aux États-Unis.

Tout cela rend l’euro fort, c’est-à-dire cher, trop cher.

Les entreprises de la zone euro sont alors poussées à baisser sans cesse leurs coûts salariaux d’un côté, tandis que d’un autre côté l’euro pousse à la baisse de la fiscalité sur le capital, affaiblissant les finances publiques.

Certes, les capitaux ont afflué dans la zone euro. Mais comme leur rentabilité était supérieure à la rentabilité des investissements productifs, ils sont allés à la spéculation. Le taux d’investissement a donc baissé, encourageant les délocalisations et le chômage.

La sortie unilatérale de l’euro et de l’Union européenne est une condition indispensable pour résoudre la crise, même si elle ne suffit pas en elle-même

Que signifie sortir de la crise ?

Pour le M’PEP cela signifie les mesures suivantes :

  • D’abord, annuler toutes les mesures d’austérité prises depuis 2008.
  • Eradiquer le chômage et la précarité, notamment par la mise en place de ce que nous appelons au M’PEP le « droit opposable à l’emploi ». Pour comprendre cette réforme fondamentale qui vise à mettre en place le droit au travail pour chacun, on peut la comparer au rôle des banques centrales. On dit que les banques centrales sont « préteur en dernier ressort  ». Et bien le « droit opposable à l’emploi » signifie que l’Etat est l’employeur en dernier ressort. Ajoutons aussi la réindustrialisation.
  • Relancer les services publics comme l’éducation, les transports, l’eau, le gaz, l’électricité…
  • Redresser la protection sociale en améliorant les retraites, les soins de santé…
  • Lancer un vaste plan de construction et de rénovation de logements.
  • Etc.

La réalisation de ce programme est impossible dans le cadre de l’Union européenne et de l’euro.

Il faudra en effet :

  • Contrôler les mouvements de capitaux (c’est interdit par le traité de Lisbonne).
  • Bloquer les délocalisations (c’est interdit par le traité de Lisbonne).
  • Prendre des mesures protectionnistes dans l’esprit de la charte de La Havane de 1948 (c’est interdit par le traité de Lisbonne).
  • Annuler et restructurer la dette publique (c’est interdit par le traité de Lisbonne).

Que se passera-t-il en cas d’annulation et restructuration de la dette publique ?

Les marchés financiers ne prêteront plus à la France (ou à tout autre pays) puisque celle-ci ne les rembourse plus.

Tant mieux !

Mais alors, comment financer la trésorerie et les investissements de l’Etat ?

Trois mesures seront à prendre :

  1. Développer l’épargne populaire.
  2. La France est un pays où le taux d’épargne des ménages, en moyenne, est élevé. Une partie de cette épargne, sous la forme de bons d’épargne, peut servir à prêter à l’Etat.
  3. Affecter des quotas d’obligations d’Etat devant être achetées obligatoirement par les banques et compagnies d’assurance. Celles-ci auront été nationalisées. Elles serviront à leurs réserves et provisions, elles ne pourront les revendre qu’à l’Etat.
  4. Restaurer la souveraineté monétaire en autorisant la Banque de France à faire des avances au Trésor à faible taux d’intérêt voire à taux 0, ou à faire des avances non remboursables.

Tout cela, chers amis et camarades, vous vous en doutez bien, est rigoureusement interdit pas le traité de Lisbonne et en particulier les clauses concernant la Banque centrale européenne et l’euro.

C’est pourquoi il faudra sortir de l’Union européenne et de l’euro, unilatéralement.

Nous pourrons alors consolider la sortie de crise et renouer avec le progrès économique et social en prenant les mesures suivantes :

  • Fermeture définitive du marché obligataire des emprunts publics, primaire et secondaire, début du démantèlement des marchés financiers.
  • Instauration du contrôle des changes et du franc non convertible, la spéculation sera stoppée net.
  • Dévaluation du franc, remise en place de l’échelle mobile des salaires et des prix, négociation avec le Venezuela pour la livraison de pétrole en échange de prestations en nature.
  • Organisation de l’encadrement et de la sélectivité du crédit.
  • Préparation de la mutation écologique du mode de production.
  • Démocratisation des institutions et des organisations productives.
  • Démocratisation de l’économie en nationalisant les grandes entreprises industrielles, de services, de communication et tout le secteur financier.

Ces mesures affaibliront la puissance des classes dominantes et donneront de la force aux classes dominées.

Il faut aussi sortir unilatéralement de l’euro et de l’Union européenne car il faut se séparer de l’Allemagne

Il existe en effet une nouvelle question allemande, celle de sa tentation impériale.

Affirmer que les dirigeants allemands cherchent à transformer l’Europe en Europe allemande pourrait être jugé infamant. Pourtant, en Allemagne même, des voix de plus en plus nombreuses s’inquiètent de cette évolution. C’est le cas, par exemple, du sociologue et philosophe Ulrich Beck qui s’interroge sur « une Allemagne qui a cessé d’être la plus européenne des Européens et qui préfère minimiser ses alliances et ses obligations dans le cadre de l’Union ; une Allemagne qui caresse un avenir de ‘‘Grande Suisse’’ ou de ‘‘Petite Chine’’ (des excédents extérieurs avec une demande intérieure limitée ».

Il est vrai que la stratégie suivie par les élites économiques et politiques allemandes, des Verts aux libéraux, en passant par les chrétiens-démocrates et les sociaux-démocrates, est clairement celle d’une tentation impériale. Cette stratégie utilise l’Union européenne et l’euro comme le vecteur permettant d’assouvir cette ambition.

Joschka Fischer, le Vert qui a été ministre des Affaires étrangères et vice-chancelier, s’alarme maintenant de cette stratégie de madame Merkel à laquelle il a pourtant donné la première impulsion. Voilà ce qu’il dit : « Il n’est plus possible d’ignorer le changement fondamental d’orientation stratégique de la politique européenne de l’Allemagne. Objectivement, la tendance est à une ‘‘Europe allemande’’. » En s’érigeant comme modèle de vertu et de rigueur, en donnant des leçons à tout le monde, les dirigeants allemands considèrent que leur pays est le seul capable de porter cette vertu et cette rigueur. Et ils en ont conclu que ce serait à l’Allemagne de diriger l’Europe.

La politique initiée par Gerhard Schröder et poursuivie jusqu’à Angela Merkel est une stratégie d’exploitation des pays voisins. L’Allemagne est ainsi devenue le premier exportateur mondial de marchandises de 2003 à 2008, devancée depuis 2009 par la Chine. Fin 2011, la balance des paiements courants de l’Allemagne était excédentaire sans discontinuer depuis 2001, avec 162 milliards d’euros. Parallèlement, la France, l’Italie, et une grande majorité des pays de la zone euro étaient devenus chroniquement déficitaires.

Ces résultats sont-ils liés à l’excellence allemande ? Absolument pas ! Ils sont liés à une double stratégie non coopérative : délocalisation d’une partie de la production allemande dans les pays d’Europe centrale et orientale ; déflation salariale pour les travailleurs allemands.

L’importance de l’excédent commercial allemand vis-à-vis de ses partenaires européens correspond à une structure des échanges de type néocolonial, à des relations inégales de type Centre-Périphérie « à l’instar d’une métropole et de ses colonies dans un Empire ». C’est la Banque de France qui le dit dans une étude !

Beaucoup, en Europe, souhaiteraient que l’Allemagne freine ses exportations et développe sa demande intérieure afin de mener une politique coopérative. Mais la classe dirigeante allemande n’est pas du tout prête à remettre en cause sa stratégie de domination. Il faudra la lui imposer. Comme elle est persuadée que la dégradation de la situation économique allemande dans les années 90 a été provoquée par des salaires trop élevés et un système social trop généreux, elle ne veut pas remettre en question sa stratégie de délocalisation et de déflation salariale, ni organiser de relance par la dépense publique.

S’il existe des exportations allemandes, c’est parce qu’il existe de la consommation et des importations dans les autres pays de la zone euro. Si les autres pays de la zone euro se mettent à faire comme l’Allemagne et à restreindre leur consommation, tout explose !

C’est ce qui est en train de se produire.

Nous devons donc nous séparer de l’Allemagne pour remettre les balances des paiements à l’équilbre.

La sortie unilatérale de l’euro et de l’Union européenne permettra d’anticiper l’explosion inéluctable de la zone euro et la dislocation prévisible de l’Union européenne

N’ayons aucun doute, la zone euro va exploser et l’Union européenne se disloquer. Personne ne peut dire quand ni comment, mais cela va se produire. C’est d’ailleurs pour cela, entre autre, qu’il est bien plus raisonnable d’organiser la sortie de l’euro et de l’Union européenne à froid, en réfléchissant aux différentes hypothèses, plutôt qu’à chaud à l’occasion d’une nouvelle crise.

En fait, dès le départ, la zone euro était vouée à l’échec.

Dans les années 60 et 70, des économistes, à partir des travaux du Canadien Robert Mundell, ont défini ce qu’ils ont appelé une « zone monétaire optimale ». Cette expression désigne un ensemble de pays ayant décidé d’abandonner leur monnaie nationale pour partager une monnaie unique. Pour ces économistes, une zone monétaire est « optimale » si elle présente des avantages par rapport à la monnaie nationale. Ils ont donc élaboré des critères de réussite pour qu’une zone monétaire soit « optimale ».
Je vais citer les quatre principaux :

  1. Il faut un accord politique entre les pays concernés, particulièrement sur les priorités macroéconomiques à mettre en œuvre. En vérité, il n’y a jamais eu d’accord politique sauf sur la libéralisation de tous les secteurs, c’est-à-dire l’inverse de toute volonté politique puisqu’on laisse faire le marché.
  2. Il faut des structures économiques assez proches entre les pays, une certaine homogénéité des niveaux de développement. En vérité, les écarts étaient trop importants, une politique monétaire unique appliquée à des situations économiques très différentes ne pouvait pas donner de bons résultats.
  3. Il faut la mobilité géographique des facteurs de production. Certes, la mobilité des entreprises par les délocalisations et celle des capitaux a été acquise d’emblée. En réalité, qui pouvait croire que la main-d’œuvre allait suivre ?
  4. Il faut un budget central élevé et des mécanismes de redistribution. En réalité, aucun pays membre ne souhaite augmenter le budget de l’Union européenne !

Si on additionne ces conditions de réussite et les critères de Maastricht autorisant l’entrée dans la zone euro, seuls trois pays pouvaient fonder l’euro à la fin des années 1990 : l’Allemagne, la France et les Pays-Bas. Dans un deuxième temps, trois autres pouvaient être qualifiés : l’Autriche, la Finlande et la Suède.

Pour les oligarques européens, il était impossible politiquement de lancer l’euro à trois ou même à six pays. Il fallait une certaine masse critique dès le départ, seule susceptible d’entretenir la fiction de la monnaie unique comme contrepoids au dollar.

Les oligarques européens ont donc organisé une véritable rafle pour faire entrer le maximum de pays dans la zone euro. Ils n’avaient que des raisons politiciennes, et ils ont camouflé cette manœuvre derrière l’argument inventé pour l’occasion selon lequel l’union monétaire entrainerait l’union politique et la convergence des économies.

C’est exactement l’inverse qui s’est produit : l’union monétaire a provoqué la désunion politique et l’aggravation des divergences économiques. Du coup, les pays de la zone euro qui ont une faible part de marché, ne peuvent pas rattraper leur retard par les mécanismes de la concurrence en faisant valoir leur excellence. Ils ne peuvent que tenter d’obtenir un avantage concurrentiel artificiel sur les prix et donc sur les salaires.

Conséquences : une pression permanente sur les salaires qui entrave la consommation et la croissance économique, des fonds publics détournés de leur vocation sociale pour « aider » les entreprises à exporter, l’augmentation du chômage et les politiques d’austérité.

III.- TROISIÈME RAISON DE DÉMANTELER L’UNION EUROPÉENNE ET L’EURO : C’EST LE SEUL MOYEN DE BATIR DU NEUF EN EUROPE ET COOPERER LIBREMENT ENTRE PEUPLES SOUVERAINS

Au Mouvement politique d’émancipation populaire (le M’PEP), nous rêvons comme beaucoup d’entre vous à une Europe fondée sur une communauté politique composée des peuples de notre continent. Des peuples libres, souverains, placés tous à égalité de dignité quel que soit le pays. Pour quoi faire ? Pour coopérer et construire un monde meilleur, pas simplement entre Européens, mais aussi vis-à-vis du reste du monde. Pour nous au M’PEP, cette société à laquelle nous rêvons s’appelle un socialisme du XXIe siècle.

C’est pourquoi nous nous sommes engagés dans la lutte pour la démondialisation et pour le respect de la souveraineté des peuples. C’est en effet le seul moyen de développer de vrais liens de coopération et de solidarité entre les peuples en rejetant la concurrence libre-échangiste que l’on nous propose comme seul horizon. Démondialiser signifie sortir des cadres de domination du système néolibéral, en particulier de l’Union européenne.

La sortie unilatérale de l’euro et de l’Union européenne est un passage obligé pour construire des relations de coopération libres entre les pays européens, dans une perspective de démondialisation, de République sociale, de dépassement du capitalisme, et d’un socialisme du XXIe siècle.

Il faut une Europe à géométrie variable

Le continent européen, c’est 49 pays. Nous ne devons pas limiter notre horizon aux 28 pays membres de l’Union européenne. Et pas non plus à l’Europe. Il faut se tourner vers la Méditerranée, qui est le berceau de l’Europe, et notamment à sa rive sud et à l’Afrique.

Il existe beaucoup de choses à faire entre ces pays, dans le but de développer la prospérité de tous et de chacun. Par la solidarité, par la coopération, et non par la concurrence comme c’est le cas aujourd’hui.

Nous avons besoin de coopérer pour améliorer nos systèmes éducatifs, de santé, de transports collectifs, d’énergies, de communication...

Nous avons besoin de coopérer pour lutter contre la dégradation de l’environnement.

Nous avons besoin de coopérer avec les pays de la rive sud de la Méditerranée et au-delà pour résoudre le problème de l’immigration.

Nous avons besoin de coopérer pour échanger, par un commerce régulé, ce que nous savons faire de mieux.

Nous avons besoin de coopérer pour favoriser les échanges d’étudiants au moment où le programme ERASMUS s’épuise.

Nous avons besoin de coopérer pour financer notre développement et manifester notre solidarité internationale. Une monnaie commune, comme dans l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA) serait un moyen d’y parvenir : chaque pays conserverait sa monnaie nationale, et la monnaie commune s’appliquerait aux transactions internationales.

Pour faire tout cela, nous pouvons trouver des accords avec ceux des pays qui le voudront sur certains sujets, avec d’autres pays sur d’autres sujets, etc.

Un nouvel ordre commercial international par la mise en œuvre des principes de la Charte de La Havane de 1948

La charte de La Havane de 1948 a été négociée dans le cadre des accords de Bretton Woods. Elle prévoyait la création de l’OIC, l’Organisation internationale du commerce. Elle n’a jamais été appliquée car le Sénat américain a refusé de la ratifier. Son but était de fixer des règles pour le commerce international afin de contribuer à la paix entre les nations et au développement économique et social de chacune d’elles.

Ce qu’il y a de radicalement nouveau dans la Charte de La Havane par rapport à la situation actuelle, c’est la recherche de l’équilibre de la balance des paiements comme principe général. Chaque pays doit s’efforcer d’équilibrer ses exportations et ses importations. Tous les pays doivent collaborer pour atteindre cet objectif. Les pays en déficit peuvent avoir recours à des mesures protectionnistes comme la dévaluation ou des restrictions quantitatives aux importations. Ce protectionnisme, cependant, ne vise pas à conquérir des marchés chez les autres, et donc à leur infliger des déficits, mais à rétablir l’équilibre. La charte de La Havane montre que le protectionnisme peut être universaliste et positif.

Pour conclure, je voudrais dire pourquoi le M’PEP appelle au boycott des élections européennes de mai 2014 en France

Cette campagne suscite un grand enthousiasme dans des milieux très variés.

Je ne parle bien évidemment ici que pour la France. En effet, la situation peut être très différente selon les pays et les mouvements politiques. C’est le cas, par exemple, lorsque l’élection européenne peut permettre de faire apparaître, pour la première fois, la force d’un parti politique. C’est-à-dire de lui donner un pourcentage de voix significatif le transformant en force qui compte. Ainsi il y aura irruption dans le champ politique institutionnel et c’est très important.

Toutefois, on ne peut faire cela qu’une seule fois. Et en ayant déjà de fortes certitudes de réaliser un bon score. Sinon nous nous tirons une balle dans le pied.

Tout citoyen a le devoir de voter. Cependant, il n’existe pas de principe selon lequel une élection, par nature, du seul fait qu’elle se tienne, serait démocratique ou légitime. Tout dépend de son déroulement et de ses conséquences. Si une élection n’est pas organisée pour garantir la liberté de choix des citoyens, et qu’en outre elle n’a aucune conséquence sur les institutions, elle n’est qu’une mascarade. Voter, dans ces conditions, revient à cautionner cette mascarade et le régime politique qui la organisée. Il faut donc boycotter. C’est ce que font les forces démocratiques dans les pays où les élections donnent 95% des suffrages au parti qui dirige (souvent un parti unique)… Dans ces pays il y a bien des élections, mais ce ne sont pas de vraies élections !

Chers amis et camarades, en France, nous n’avons pas voulu tomber dans le piège tendu par l’Union européenne. Voter aux élections européennes de mai 2014 – et quel que soit le vote, même blanc – reviendra à voter pour le système que nous combattons et servira à le légitimer. Il faut au contraire délégitimer l’Union européenne et son Parlement croupion, par une abstention massive.

Si la démocratie est le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple, toute élection, pour être démocratique, doit donner de la force aux dominés (le peuple) et en retirer aux dominants (l’oligarchie). L’Union européenne et son pseudo parlement enlèvent structurellement et continûment de la force aux dominés pour en donner aux dominants.

L’Union européenne, en France, est encore plus illégitime depuis qu’elle a bafoué la souveraineté du peuple qui s’était prononcé contre la constitution européenne par référendum. Le peuple avait voté « non » à 55% le 29 mai 2005. Il n’a été tenu aucun compte de son vote car le traité de Lisbonne, résumé de la constitution européenne, a été ratifié par les Vingt-Sept. Le traité de Lisbonne, illégitime, enlève du pouvoir au peuple, il est donc bien, par construction, antidémocratique. Faudrait-il être masochiste et aller voter alors que nous avons la preuve que cela n’aura aucun effet ?

Le parlement européen parvient encore à faire croire à de trop nombreux citoyens qu’il est un vrai parlement. Ce n’est évidemment pas le cas ! Le parlement européen n’a aucune des attributions fondamentales d’un vrai parlement. Il ne représente pas une nation et un peuple européen souverain, qui de toute façon n’existent pas. Les débats qui ont lieu en son sein n’ont aucune portée pratique de fond. Quelles que soient les majorités, elles n’ont aucune influence sur les institutions. Il ne vote pas la loi ni les impôts, il ne peut pas réviser les traités.

Des camarades nous disent que la présentation de listes aux élections européennes nous permettra de nous faire connaitre. Et si nous avons des élus, ils utiliseront le Parlement européen comme caisse de résonnance. Ce n’est qu’illusion ! Les médias ne donneront pas la parole aux petites listes. C’est toujours ce qui s’est produit dans le passé. Nous qui boycottons, nous aurons une couverture médiatique, j’en prends le pari ici ! Quant aux débats de ce parlement d’opérette, ils ne sont quasiment jamais commentés par la presse et les médias. Le parlement européen est juste un dispensateur de crédits pour les députés et les partis politiques qui se prêtent complaisamment à cette mascarade, et qui sont d’ailleurs grassement payés pour cela.

Quand une institution est illégitime, il ne faut pas y participer, même pour la dénoncer. Lors du régime illégal et illégitime de Vichy, en France, il ne fallait pas y aller pour « représenter » la voix de ceux qui dénonçaient ce régime. Il fallait le récuser – c’est ce qu’ont fait les Résistants - et s’organiser pour lutter contre lui et le remplacer par un régime légitime.

Quelque que soit la liste que l’on choisit, en votant, on aura voté pour le système de Bruxelles en le légitimant. Le problème, pour nous en France, n’est donc pas de fédérer les forces antilibérales ou anticapitalistes ou anti-Union européenne et anti-euro dans le vote pour telle ou telle liste, mais dans le boycott militant.

Le boycott des élections européennes servira aussi à dénoncer, en France, le double jeu politicien du Front national (FN). Ce dernier, en effet, d’un côté prétend vouloir sortir de l’euro et de l’Union européenne (ce qui est faux !), et d’un autre côté il veut entrer dans le système dont il prétend vouloir sortir pour se goberger comme les autres. Il cautionne ainsi et profite lui-même de ces institutions qui lui garantissent à la fois des revenus substantiels, et son rôle de fou du roi.

Chers amis et camarades, dans le cadre d’élections démocratiques, l’abstention est toujours une erreur. Elle laisse en effet le champ politique aux mains de ceux qui ont participé à l’élection. En revanche, dans le cadre d’élections non démocratiques, comme les élections européennes, la règle s’inverse. Y participer revient à cautionner le système qui organise ces simagrées : l’Union européenne. Les boycotter revient à délégitimer une institution illégitime, et par conséquent à lui enlever de la force. C’est pour cela que l’enjeu principal des élections européennes sera l’abstention. Les classes dominantes auront les yeux rivés sur cet indicateur. En participant à cette farce électorale, toutes les listes auront légitimé le système de Bruxelles, qu’elles le veuillent ou non. Les seuls citoyens à avoir clairement délégitimé l’UE seront ceux qui s’abstiendront. Si le vote aux élections européennes n’a jamais réussi à obtenir le moindre résultat politique, une abstention de 70%, en France par exemple, serait un coup de tonnerre politique. Toute crédibilité serait ôtée à l’Union européenne qui serait ridiculisée.

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