Compte à rebours pour Guérini.

Lundi 19 mars 2012, par Jean-Michel VERNE // La France

Drapeau de FranceJustice : Le bureau du Sénat devait examiner le jeudi 8 mars la demande de levée d’immunité parlementaire du président PS du conseil général des Bouches-du-Rhône.

Le face-à-face a mal tourné, le 15 février dernier, dans le bureau du juge d’instruction marseillais Charles Duchaine. Depuis sa mise en examen, voilà quatre mois, notamment pour l’association de malfaiteurs’ : Jean-Noël Guérini ne cessait en effet de défier le magistrat, de crier au « complot sarkozyste » et de mettre en cause l’impartialité de ce limier de la JIRS qui vient, en deux ans, de démonter tout un système de détourner, fonds autour de marchés gérés par le département Bouches-du-Rhône.

Ce mercredi-là, le juge programmé une confrontation avec son directeur de cabinet Rémy Barges, qui pouvait s’avérer instructive, autour d’un événement étonnant et détonant destruction de plusieurs ordinateurs cinq au total la veille d’une perquisition des gendarmes en novembre 2009...

En fait de confrontation c’est entre le magistrat et le suspect qu’elle se déroula, sous la forme d’un échange de propos musclés. Jean-Noël Guéri refusera en effet de s’exprimer, arguant de fuites répétées dans la presse et de violations réitérées du secret de l’instruction. Puis il s’est levé, a tourné les talons et quitta brusquement les lieux, ce qui ne pouvait qu’entraîner une vive réaction du juge Duchaine. De fait, celui-ci transmettait quelques heures tard une demande de levée de l’immunité parlementaire„du sénateur.

La requête est finalement parvenue en fin de semaine dernière au bureau du Sénat, qui pourrait statuer dès le 8 mars sur le cas Guérini. Durant plusieurs jours, le président du Sénat, Jean-Pierre Bel, avait laissé entendre qu’il prendrait tout le temps nécessaire, mais la pression mise par Martine Aubry a modifié la donne. La première secrétaire n’a pas hésité cette fois-ci à larguer définitivement l’encombrant Jean-Noël Guérini. « Si on n’a rien à se reprocher, il faut pas aller devant le juge », commente celle qui bénéficie manifestement ici du feu vert de François Hollande.

Cette procédure est cependant soumise à des conditions très strictes. Le juge a l’obligation de détailler dans sa demande les mesures coercitives envisagées contre l’élu concerné. Ici, il semble s’agir d’un simple "mandat d’amener" destiné à contraindre l’intéressé à se rendre dans le bureau du magistrat et à répondre enfin aux questions.

Le vice-président socialiste du conseil général des Bouches-du-Rhône, Michel Pezet, par ailleurs avocat, ne manque pas de critiquer la stratégie de la défense qu’il juge « catastrophique ». Se murer ainsi dans le silence face à un magistrat qui ne cesse d’épaissir son dossier au fil des semaines ne peut que conduire à fragiliser un suspect qui pourrait être amené à subir un véritable bombardement de questions de la part de Charles Duchaine Michel Pezet critique en outre la posture politique : « On ne peut pas dire : "Je vais parler, je vais tout dire’,’ et puis se taire... »

En mal de soutiens, poussé à la démission ?

Cette attitude laisse à penser que Jean- Noël Guérini est désarmé face à un magistrat qui, il le sait, a désormais réuni de nouveaux éléments à charge. Le retour, la semaine dernière, d’une partie des commissions rogatoires venues de Suisse a fourni au juge de nouvelles armes sous la forme d’un listing de mouvements bancaires sur lesquels JNG semble devoir s’expliquer. Comme il devra s’expliquer sans doute sur des opérations financières opérées à l’occasion de la construction de mai- sons de retraite.’

Sans oublier des questions sur des relations supposées trop étroites avec Bernard Squarcini, le directeur central du renseignement intérieur. Elles ont donné lieu voilà quelques jours à l’ouverture d’une enquête préliminaire parle procureur Jacques Dallest. Bernard Squarcini nie quant à lui toute intervention dans le cadre de ses fonctions.

Cerné au plan judiciaire, Jean-Noël Guerini doit faire face désormais à une débandade au sein du conseil général. Son clan corse commence à prendre des distances. Qu’il semble loin le temps où quelques proches s’étaient réu- nis pour évoquer la création d’une "association de défense" de Jean- Noël Guérin et de son honneur bafoué. L’honneur, justement, ne commanderait-il pas qu’il démissionne sans tarder de son poste et cesse, du coup, de "plomber" la campagne de ses camarades socialistes ? D’après Michel Pezet, qui le déplore, la question n’est pas en- core à l’ordre du jour.

Valeurs actuelles 1 mars 2012

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