Comment rebâtir la cathédrale France.

Vendredi 31 janvier 2014 // La France

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Que la droite serait enfin convaincante si elle nous disait comment rassembler tous les Français ! Sans cela, un redressement du pays ne sera pas possible…

Bonne nouvelle : la droite a des idées. Mauvaise nouvelle : ce sont des idées d’un autre siècle. Une semaine avant Noël, l’UMP a publié une série de mesures d’urgence pour redresser la France. L’intention est louable. Et les électeurs de droite, ainsi que les millions de Français qui ont compris que la gauche était décidément incapable de gérer le pays, peuvent enfin respirer de voir qu’il y a bien, dans ce pays, des hommes et des femmes de bonne volonté avec un programme clés en main pour remettre la France debout. Sauf que ces idées ne sont que des "mesurettes" déjà promises en 2007, voire en 2012. Là où beaucoup attendaient un projet de société, ils ont vu arriver un catalogue La Redoute de propositions susceptibles de ne fâcher personne.

C’est à croire que Rue de Vaugirard, au siège de l’UMP, qui est une des composantes de la droite, on pense que le "sursaut" dont il est tant question peut se résumer à des mesures consistant à préserver le fameux modèle social français issu du Conseil national de la Résistance. C’est comme si Joffre et les principaux héros de 1914 avaient voulu contenir et repousser les Allemands avec les plans et les armes de la guerre de 1870. C’est comme si de Gaulle avait décidé de construire la Ve République à partir des hommes et des textes qui ont conduit la France à « l’étrange défaite » de 1940.

Bien sûr, il existe dans cet "inventaire à la Prévert, cosigné par tous les "barons" de l’UMP lors d’un séminaire ad hoc, des idées intéressantes et que la France attend depuis si longtemps, comme la dégressivité des indemnités chômage, la limitation des revenus tirés de l’assistanat ou la fin des 35 heures (même si le diable est dans les détails). Mais toutes ces mesures visent d’abord à éviter que le bateau France continue de prendre l’eau. Les rédacteurs de ce projet restent dans une démarche étrangement jacobine où l’État décide de tout et l’individu continue de subir, comme il subit depuis dix-huit mois une insupportable déconstruction des valeurs qui font notre société.

Quand il est arrivé au pouvoir, dans une période difficile pour les États-Unis, John Kennedy, lors de son premier discours de président, a déclaré : « Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays ! » Que la droite serait enfin forte si elle s’efforçait de porter des valeurs au lieu de s’enfermer dans des mesures de directeur de cabinet ! Que la droite serait enfin convaincante si elle nous disait comment effectuer le rassemblement de tous les Français, sans lequel un redressement du pays ne sera pas possible ! Que la droite nous parle enfin de ce qui fait vibrer chacun de nous : la restauration des valeurs fondamentales que sont la famille, le travail, la propriété, la responsabilité individuelle, le respect du droit, celui de la patrie, des frontières et le fait que n’est pas français qui veut..

David Cameron, au Royaume-Uni, et Gerhard Schrôder, en Allemagne, n’ont pas agi différemment. Ils se sont fait élire non pas sur une série de mesures technocratiques, mais sur un projet beaucoup plus vaste. Une ambition de redressement de leur pays et un projet mettant en valeur la liberté de chacun. Naturellement, tout cela ne se résume pas à quelques diapositives consensuelles. Il faut d’abord relire Mill, Montesquieu et Tocqueville. Sans compter le dernier cours que Raymond Aron a donné au Collège de France et qui vient d’être réédité. Un véritable chef-d’oeuvre où ce philosophe et sociologue avoue en conclusion : « Le fait est qu’aujourd’hui, il me paraît extrêmement difficile de parler des devoirs des citoyens. Je pense que quiconque se risquerait à le faire apparaîtrait comme appartenant à un monde perdu. »

En 1163, le roi Louis VII s’était rendu sur l’île de la Cité, où avaient lieu de grands travaux. En arrivant sur place, il aperçut trois tailleurs de pierre très concentrés. Demandant au premier ce qu’il faisait, il s’entendit répondre : « Je taille une pierre. » Le roi posa alors la même question au deuxième tailleur de pierre. Et ce dernier de répondre : « Moi, Monseigneur, je travaille pour nourrir toute ma famille. » À ce moment, le monarque observa le troisième tailleur de pierre, toujours concentré sur son travail. Prudemment, le roi s’avança vers lui et lui demanda ce qu’il faisait. Arrêtant de frapper sur son burin, le tailleur se redressa et regarda fièrement le roi : « Moi, Monseigneur, je bâtis une cathédrale ! » C’est tout ce que les Français attendent aujourd’hui : qu’on leur explique comment ils sont capables de rebâtir ensemble une splendeur comme Notre-Dame de Paris. Car, comme l’écrivait Bernanos : « La France est le pays des cathédrales, des saints, des héros et des fous. »

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