Comment mesurer le courage ?

Mardi 4 juin 2013 // La France

Leçon de courage : "C’est du courage de se dire que l’on va tenir bon quoi qu’il arrive", a dit François Hollande. Il faut le prendre au mot. Sa loi promulguée, nous aussi, on va tenir bon.

François Hollande répondait aux questions des journalistes depuis plus d’une heure déjà. Est alors venue celle-ci, posée par Roselyne Febvre (France 24) : « Quelle serait selon vous votre réforme la plus courageuse  ? » « Comment mesurer le courage ? », commença François Hollande en citant ses indicateurs de popularité. Qu’avait-il donc accompli de si courageux depuis qu’il était à l’Élysée ? Allait-il reconnaître qu’il avait trompé les Français en se trompant lui-même, qu’il n’avait pas pris la crise à bras-le-corps ni mis de la hauteur dans son action ? Non. « Il y avait du courage, dit-il, à faire une réforme de société » : le mariage des homosexuels.

 C’était cela ! En quoi était-ce donc du courage que de satisfaire quelques associations et autres groupes d’influence ? C’en était parce qu’il connaissait « notre société », « nos traditions », et qu’il y avait « des milliers de personnes dans la rue ». « Voilà du courage », répéta-t-il. Le seul exemple de courage qu’il avait en tête de sa première année de présidence, cela avait donc consisté à blesser nos traditions, à fracturer notre société, à tenir par le mépris non pas "les milliers" mais les centaines de milliers de Français qui avaient défilé depuis des mois pour affirmer leurs convictions. « Il y a eu des milliers de personnes, insista François Hollande. Eh bien, c’est du courage de se dire que l’on va tenir bon quoi qu’il arrive. »

"Tenir bon quoi qu’il arrive" : il faut prendre Hollande au mot. La loi en question est votée, validée, promulguée. Et alors ? "On va tenir bon." La loi, disait-on, peut tout faire sauf transformer un homme en femme. François Hollande et sa majorité ont cru qu’ils pouvaient tout faire, y compris transformer un homme en femme ; on verra ce qu’il en sera. Mais, ou bien il s’agit d’un changement de civilisation et cela ne saurait se jouer sur une majorité provisoire, ou bien ce n’est qu’un changement de rédaction d’articles du code civil, et alors ce qu’une loi a fait, une autre pourra le défaire.

Pour Hollande et la gauche, la partie est jouée. Au contraire, ceux qui vont à nouveau manifester massivement ce dimanche 26 mai le feront convaincus qu’en politique, rien n’est ni définitif ni irréversible surtout quand cela ne dépend que d’un vote. Et si elle n’a pas empêché la promulgation de la loi, la grande armée qui s’est mise en marche depuis huit mois a entraîné avec elle un profond mouvement d’opinion.

Il faut se rappeler qu’à l’origine, président de la République, garde des Sceaux et majorité croyaient pouvoir confiner leur loi à l’amendement du code civil au nom de l’égalité entre "orientations sexuelles".

Ce sont les manifestations monstres et répétées qui ont transformé un dispositif législatif en un débat national sur les valeurs qui fondent une société, la famille, le droit des enfants à une filiation. C’est le même mouvement qui a libéré la parole publique, réveillé l’opinion et modifié son jugement, en tuant l’enchaînement vers la procréation médicalement assistée pour tous et la gestation pour autrui. C’est encore ce mouvement qui a dressé un barrage devant les promoteurs de l’euthanasie, de l’enseignement de la théorie du "genre" à l’école publique, de la diffusion du cannabis en liberté, etc.. La montée formidable de la "manif pour tous" agit désormais comme une arme de dissuasion à l’égard des marchands de ces folies qui germent toujours ici ou là.

La réponse de François Hollande sur son courage est en soi un aveu : il n’est pas prêt à aller au-delà. Épuisé, semble-t-il, par cette épreuve à laquelle il ne s’était pas préparé, il renonce à tout le reste. Son "offensive" européenne n’est qu’un discours pour donner le change. Sur le fond, il ne changera rien, ne remaniera pas (pour le moment du moins), ne dissoudra pas, n’ouvrira pas le champ du référendum. Il n’attend sa chance, ou sa perte, que du hasard et des circonstances.

De ce puissant mouvement qui remue les familles, tous âges confondus, la droite sort aussi transformée. Et ce n’est qu’un début. Au débat des idées, les enchères montent comme cela ne s’était pas vu depuis vingt ans et plus. Une nouvelle génération a surgi, engagée sur parole, exigeante et rebelle aux conventions d’une pensée unique morte au son des casseroles et des sifflets. Les abstentionnistes de droite au second tour de la présidentielle de 2012 ont compris en défilant la responsabilité de leur vote. La mobilisation dans la rue en entraînera une autre dans les urnes. Prochaine étape au calendrier, l’élection dans les communes où la politique se décide. La gauche y a bâti son réseau de places fortes. La reconquête commence ce 26 mai.

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