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Comment le Mali s’est effondré en moins d’un an.

Par Thomas CANTALOUBE

Mercredi 23 janvier 2013 // L’Afrique

Il y a un an, presque jour pour jour, le Mali était considéré comme un parangon de stabilité en Afrique et, aux yeux des Occidentaux, presque comme un État modèle. Le président Amadou Toumani Touré (surnommé ATT), ancien soldat reconverti en défenseur de la démocratie, s’apprêtait à passer la main après deux mandats où il avait été élu à la régulière ; l’économie, même frappée par la crise des matières premières, se diversifiait, s’ouvrant notamment vers la Chine et les États-Unis.

Et puis soudain, le 17 janvier 2012, tout a basculé, avec des attaques, dans le nord du pays, de groupes rebelles touaregs qui mettent l’armée nationale en déroute. Un an plus tard, le Mali n’existe quasiment plus en tant que tel : partitionné territorialement, divisé politiquement, figé militairement et partiellement dépossédé de sa souveraineté par les États voisins et occidentaux, dont la France, qui intervient désormais militairement sur place. Il est devenu, dans le jargon diplomatico-universitaire anglo-saxon, un « failed state », un État en faillite. Comment en est-on arrivé là ?

Un pouvoir politique déliquescent

L'ex-président Amadou Toumani Touré
L’ex-président Amadou Toumani Touré

Derrière la façade avenante du président ATT, celui-ci n’avait pas su (ou pas voulu) s’attaquer à l’un des principaux problèmes de la moitié Nord du pays, à savoir la question touarègue. Le gouvernement malien, depuis plusieurs décennies, a toujours opté pour un mélange de désintérêt et de répression vis-à-vis des populations vivant dans la partie la plus rude du pays. D’un côté, il y avait un manque d’infrastructures, de reconnaissance des spécificités culturelles et de représentation politique, de l’autre des opérations armées contre les opposants et des déplacements de population forcés, le tout ayant provoqué des centaines de morts pendant la dernière décennie.

Alors que le Niger avait entrepris ces dernières années de mieux intégrer les populations touarègues, le Mali, sous ATT, n’avait pour l’essentiel rien fait. Donc quand les rebelles du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), alliés à d’autres militants touaregs plus islamisés, Ansar Dine, ont entrepris en janvier 2012 de déloger les représentants de Bamako en réclamant l’indépendance, une partie de la population du Nord a soutenu ce mouvement.

Dans la capitale au Sud, les derniers mois du président ATT (il devait passer le relais lors d’élections en avril 2012) avaient vu les tensions politiques s’aviver. Ce dernier avait en effet gouverné pendant dix ans grâce à son prestige personnel, en se plaçant au-dessus des partis. Mais, dans la perspective de sa succession, les partis s’étaient réveillés et jouaient des coudes, créant, d’après un diplomate français qui était sur place à l’époque, « un climat malsain ».

La rébellion touarègue et une ambiance politique tendue ont donc précipité le coup d’État militaire du 22 mars 2012 (nous en reparlons plus loin) et le départ d’ATT. Depuis, malgré les pressions des États voisins de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédeao) et des pays occidentaux, aucune unité politique n’est parvenue à émerger. Le président de l’Assemblée nationale devenu président du pays par intérim, Dioncounda Traoré, est agressé dans son bureau le 21 mai par une foule favorable aux putschistes. Il va se faire soigner en France où il reste deux mois « visiblement choqué et peu désireux de rentrer », selon le même diplomate français, qui ajoute : « Il y a une véritable absence de conscience des enjeux de la part des représentants politiques maliens qui ne semblent pas comprendre l’urgence de la situation et qui préfèrent s’enfermer dans des querelles de clocher.  »

Pendant ce temps, le premier ministre Cheickh Modibo Diarra, ancien de la NASA et patron de Microsoft Afrique, peine à asseoir la légitimité politique de son gouvernement de technocrates. « Il semble déconnecté des réalités politiques sur le terrain et ne sait pas comment négocier avec les différentes forces partisanes pour les amener à former un vrai gouvernement d’unité nationale », expliquait à l’automne 2012 un ambassadeur européen. Du coup, quand il est débarqué par les militaires putschistes en décembre 2012, personne ne s’insurge et les chancelleries européennes poussent presque un soupir de soulagement, en dépit du fait qu’il faut pour ainsi dire recommencer à zéro le rassemblement politique jugé nécessaire. Bamako ressemble aujourd’hui à une coquille vide, politiquement parlant.

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