Climat : Copenhague, Cancun, Durban un deux trois... Soleil.

Dimanche 1er avril 2012, par François VILLEMONTEIX // Divers

Drapeau de FranceUne étape est passée. Plus personne ne remet en question les conclusions du GIEC sur le réchauffement climatique, (1) et l’épisode Allègre lors du sommet de Copenhague en 2010 fait partie d’un passé heureusement révolu. (2) Du coup les groupes de pression financiers et spéculatifs, qui avaient à l’époque largement financé les climato-sceptiques et contribué à leur succès dans les medias, ne peuvent plus se cacher derrière eux.

Il a fallu trouver d’autres idées. À Cancun, c’était l’importance de se préparer sérieusement, et donc de remettre à plus tard toute décision. Pour le sommet de décembre 2011 à Durban, encore plus fort, on a créé le concept de signature ferme d’un accord mou. Car il fallait aboutir à un accord signé de tous les pays, en particulier la Chine et l’Inde. C’est fait, et réjouissons-nous : « l’Europe a imposé son leadership climatique » (3) ! Bien sûr, l’accord est vidé de toute substance et se contente de stipuler qu’un pays doit s’engager à rien à l’horizon 2020, faute de quoi il devra s’attendre à l’application sévère d’absence de sanctions.

Mais on ne peut pas tout avoir. Et pour ne pas complètement désespérer le monde, vous allez voir ce que vous allez voir en juin prochain, au sommet de Rio... Eva Joly (4) le dit : « Après Durban, il faut un sursaut citoyen pour que Rio+20 retrouve l’esprit de Rio ». Rendez-vous à la prochaine manif, camarades. Seul avantage de cet accord de Durban : il prolonge le protocole de Kyoto, seul texte un peu contraignant sur la réduction des émissions de gaz à effets de serre.

Un autre concept sort magnifié de Durban : l’écobusiness. C’était dans l’air, nous en avions parlé il y a quelques années (5), encore s’agissait-il à l’époque de développer des techniques propres. Maintenant le principe a évolué sur le thème : les catastrophes (climatiques) génèrent de l’emploi. C’est une méthode éprouvée : quand l’économie piétine, une bonne guerre et ça repart. Celle contre le climat aura peut-être l’avantage inattendu de nous éviter un conflit armé... Alors les instruments de l’écobizz se mettent en place et la Banque Mondiale est en train de préparer un Nouveau Marché Vert (Green New Deal). Un Fonds Vert est prévu (avec quels financements ?) pour aider les pays touchés par les conséquences du réchauffement, etc.

Cette politique présente plusieurs dangers. Tout d’abord, laisser aux mains de l’économie ultra-libérale responsable du réchauffement climatique le soin de le combattre ne peut qu’amplifier la pollution, puisque non seulement on ne la voit pas interdire industries et comportements polluants s’ils sont profitables, mais en plus elle pourra développer l’éco-business : plus on contamine et plus on gagne (des sous) sur les deux tableaux. L’autre danger est celui de l’éco-ingénierie (6) , idée propre à notre culture technocratique qui pense pouvoir résoudre tous les problèmes par la technique, ceci sans se préoccuper des retombées sur l’écosystème. Voilà qui -nous. ouvre tout grand la boite de Pandore. La tentation prométhéenne est de plus en plus forte, les bénéfices attendus juteux, il est probable que la Finance n’y résistera pas. La planète non plus, d’ailleurs.

Enfin, adieu Durban, bonjour Rio. En attendant, quelles observations tirer de tout cela ?

Le réchauffement climatique est bien là, les dérèglements se font sentir, de façon encore tolérable,et progressive (un peu plus chaud, froid, sec, humide...). Attendons les vrais bouleversements, qui eux se manifesteront par des changements brusques, voire cataclysmiques, dans un futur proche. Certains le disent déjà : très bientôt tout ceci ne sera plus un problème d’environnement, mais de santé publique.

paradoxalement le dérèglement de l’écosystème n’est pas une cause mobilisatrice. On a pu croire le contraire avant la crise économique, mais maintenant qu’on est pauvre, « l’environnement ça commence à bien faire. » (7) Grave démission des peuples, qui n’augure rien de bon pour le fameux sursaut citoyen avant Rio.

L’Europe, en avance dans les discours et les législations nationales, reste incapable de convaincre les pays pollueurs, Chine, Inde, etc. Ceux-ci sont en pleine phase de construction d’infrastructures et ne veulent entendre parler d’aucune contrainte. Et ce n’est pas l’Europe qui a pu réaliser, jadis et sans personne pour la critiquer, ce qu’ils sont en train de faire aujourd’hui, qui peut donner quelque leçon que ce soit. Surtout quand elle-même se refuse à remettre en cause le système économique qui a mené le monde là où il est et sur lequel elle fonde toute sa politique.

Les écologistes et les socialistes français sont restés bien silencieux sur Durban. Peut-être ont-ils un peu trop le nez sur la campagne présidentielle, où le seul dossier écologique qui compte (à part le marchandage des circonscriptions) est celui des centrales nucléaires : voilà une question médiatisée, depuis Fukushima, et il convient de dire quelque chose (même n’importe quoi) sur le sujet. La démagogie écologique n’est pas morte chez nos candidats, toutes couleurs confondues.

Alors, en attendant Rio, que faire ? Continuer de suivre les travaux et propositions des spécialistes, et surtout secouer nos concitoyens et nos politiques. L’urgence est là, nous n’échapperons pas aux effets du climat dans tous les domaines, et plus on attendra, plus la facture sera lourde.

Voir les conclusions de l’Académie des Sciences d’octobre 2010 http://www.academiesciences.fr/activite/rapport/rapport 261010.pdf « Climatologie — Où est l’imposture ? ».

http://eelv.fr/2011/12/23/ apres-durban-ne-pas-ceder-au-climato-pessimisme/
http://evajoly20l2.fr/ 2011/12/1 1 /eva- joly-apres-durban-il-faut-un-sursaut-citoyen/
Cité n° 39, « Écologie et politique », prix franco : 7 €.

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