Abdelaziz Bouteflika.

Cinquante ans d’indépendance, un beau gâchis malgré des richesses énormes.

Lundi 18 février 2013 // L’Afrique

 Cinquante ans d’indépendance, un beau gâchis malgré des richesses énormes.

L’Algérie, un géant qui s’ignore : La nouvelle génération algérienne s’est forgée dans la guerre civile contre les islamistes. Dans un livre non-conformiste, Frédéric Pons montre que tout espoir n’est pas perdu.

Le système politique algérien doit son existence à l’épreuve du feu. Dans son passé "fondateur" de la guerre contre la France comme dans sa guerre civile contre les islamistes. Cela explique sa longévité et ses réflexes - on vient de le voir dans son mode opératoire au Sahara.

Rédacteur en chef à Valeurs actuelles, officier de réserve, bercé par son enfance en Afrique du Nord, Frédéric Pons a conservé une certaine tendresse pour cette Algérie qu’il considère avec une franchise sans concession. Cinquante ans d’indépendance, certes, mais quel état des lieux ? Celui d’un formidable ratage ? Frédéric Pons consacre quatre cents pages brillantes au sujet dans un livre paru ce 16 janvier. Pour expliquer, mais pas seulement : il veut aussi ouvrir des portes, lancer des ponts entre les deux rives de la Méditerranée. Pour un Français, qui plus est journaliste exigeant, précis, très informé, libre à l’égard des conformismes, l’Algérie reste une énigme passionnante.

Les seules dates commémorées par les autorités algériennes sont au nombre de trois : le 8 mai 1945, le 1er novembre 1954, le 5 juillet 1962, c’est-à-dire non pas la capitulation allemande mais la répression de Sétif, la Toussaint sanglante, premier acte de l’insurrection du FLN, et la proclamation de l’indépendance. Ainsi, l’Algérie ne fonde sa mémoire que sur son affrontement avec la France. « Tout montre, écrit Frédéric Pons, que le jeune État algérien s’est bâti sur un mille-feuille de mensonges, travestis en épopée libératrice.

La tache originelle est double. Il y a celle de la "victoire militaire sur la puissance coloniale" et celle de l’unité des "libérateurs" réalisée grâce au FLN et à ses chefs. » L’une et l’autre sont contraires à la vérité. En 1962, les maquis de la rébellion étaient exsangues et, par la suite, les chefs du FLN, une fois portés au pouvoir, n’ont pas cessé de se livrer à une redoutable guerre intestine.

Le seul pouvoir qui l’ait emporté, c’est l’armée, montre Frédéric Pons : son état-major général et ses services de renseignements, la Sécurité militaire (devenue DRS). Cette armée n’a pas pris le pouvoir en tant que telle — pas de "dictature militaire" — mais en exerçant sa mainmise sur l’État. Et comme il fallait rompre avec les modèles économiques occidentaux et français, elle est allée chercher à Moscou, en pleine guerre froide, un modèle de socialisme collectiviste qu’elle a importé chez elle contre tout bon sens. Elle a ainsi installé la bureaucratie et ruiné l’économie, avec une corruption généralisée à la clé.

Le peuple subit les privations et, finalement, éclatent, en octobre 1988, des émeutes populaires qui surprennent le pouvoir. Quelque chose qui ressemble au "printemps arabe". Le pouvoir prend peur et libéralise : Plus de parti unique, élections libres. Trop tard. L’islamisme surgit et gagne les élections. Devant le raz-de-marée islamiste, les généraux reprennent directement les responsabilités du pouvoir, en janvier 1992, en écartant le président légal (Chadli), le Front islamique du salut (Fis) est dissous. Une atroce guerre civile commence.

Frédéric Pons cite cette consigne de l’état-major au sujet des djihadistes : « Ils veulent aller au paradis. Exterminez-les. Et ne perdez pas votre temps à ramener les corps : ramenez simplement les têtes. » Cela dure dix ans. Il y aura 150 000 morts. Et nos moines de Tibhérine.

C’est dans cette répression que s’est forgée la nouvelle génération algérienne, celle qui va succéder à Bouteflika (élu en 1999), dernière figure du FLN. Que fera cette nouvelle génération ? L’Algérie, dit Frédéric Pons, est un « géant qui s’ignore », par sa richesse démographique et ses ressources naturelles. Elle sera un géant si elle sait les mettre en valeur. Seule, elle ne l’a pas su. Le fera-t-elle enfin avec la France ?

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