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Chômage : Hollande temporise, Bruxelles s’impatiente.

Samedi 9 juin 2012 // La France

Drapeau de France« Ce que j’ai promis, je le tiendrai » - Sur France 2, mardi 29 mai, François Hollande a assuré que les promesses de campagne seraient tenues.

Mais, à la différence de Nicolas Sarkozy, qui promettait en 2007 « le plein emploi » en cinq ans, avant que la crise ne ruine tous ses espoirs, François Hollande s’est bien gardé de tout engagement chiffré sur la réduction du chômage. Et pour cause, le nombre de demandeurs d’emploi est au plus haut depuis douze ans. « Il m’étonnerait que l’évolution soit bonne », avait averti le ministre du travail et de l’emploi Michel Sapin, mercredi matin sur RTL. Quelques heures plus tard, les (mauvais) chiffres de l’emploi ont confirmé ses craintes.

Fin avril, pour la seule France métropolitaine, Pôle emploi a dénombré 4 318 500 chômeurs exerçant ou non une activité réduite (les catégories A, B et C). Depuis 1996, année où les séries statistiques actuelles ont été créées, jamais ce chiffre n’avait été aussi élevé. Sur un an, la hausse est de 6,5 %, et plusieurs catégories de chômeurs (formation, congé longue durée, etc.) ne sont même pas comptabilisées. Outre-mer compris, le nombre de demandeurs d’emploi frôle les 4,6 millions. Pour la seule catégorie A (ceux qui n’ont pas du tout travaillé au cours du mois précédent, soit 2 888 800 demandeurs d’emploi), il s’agit du niveau le plus élevé depuis 1999.

« Certaines évolutions sont préoccupantes, a commenté mercredi soir le ministre du travail dans un communiqué – la première fois que Michel Sapin était amené à commenter les chiffres mensuels du chômage : +1,1 % en avril pour les demandeurs d’emploi de longue durée (+8 % en un an), +1 % pour les demandeurs d’emploi âgés de 50 ans et plus (+15,6 % en un an), une forte poussée des entrées à Pôle emploi à la suite d’un licenciement économique. »

Le nouveau président de la République n’a jamais caché que la tendance allait rester très mauvaise pendant des mois. Début mai, il s’est donné « un an pour inverser la courbe du chômage ». L’Unedic, qui gère les allocations chômage, ne prévoit pas d’amélioration sur le front de l’emploi avant le second semestre 2013.

La Commission européenne table elle aussi sur une hausse continue du chômage. Dans ses recommandations pour la France, dévoilées ce mercredi, elle l’estime à 10,2 % de la population active en 2012, et même 10,3 % en 2013 – contre 9,7 % en 2011. Les experts de Bruxelles s’alarment particulièrement de la « forte hausse » du chômage au second semestre 2011, alors que Nicolas Sarkozy était encore en poste. À cause d’une « croissance faible » et d’un « climat des affaires détérioré », affirme la Commission, « le nombre de demandeurs d’emploi a (…) atteint 9,9 % en décembre 2011, proche du pic de 2009 », une hausse d’abord supportée par les plus précaires sur le marché du travail, intérimaires en tête.
Bruxelles déplore notamment l’explosion du chômage des plus de 50 ans et s’inquiète de l’explosion du chômage de longue durée, qui concernait, fin 2011, 38 % des demandeurs d’emploi, contre 30 % un an plus tôt. La France compte aujourd’hui 1,8 million de chômeurs de plus d’un an. Pour eux, la durée moyenne d’inscription ne cesse d’augmenter. Elle atteignait 467 jours fin avril 2012. Un record. « La détérioration des statistiques de l’emploi au second trimestre 2011 nécessite une attention renouvelée au marché du travail et aux politiques sociales », insiste la Commission.

À peine aux affaires, le gouvernement a lancé l’offensive contre les plans sociaux, dont certains avaient été retardés sur demande de la majorité précédente, ou tout simplement pour éviter une exposition médiatique en pleine campagne. Entre janvier et mars 2012, le nombre de plans de sauvegarde de l’emploi a atteint son niveau le plus bas depuis quatre ans, rapportent Les Échos. Pourtant, dans le même temps, les annonces de fermetures de sites ont augmenté de 47 %, un indice qui laisse craindre des lendemains très difficiles.

Mardi, la CGT a transmis à Jean-Marc Ayrault une note dans laquelle elle recense 51 entreprises « où l’emploi est menacé ».
Au total, près de 45 000 emplois pourraient être supprimés, estime le syndicat, estimation que Michel Sapin a confirmée. Parallèlement, la croissance ne sera pas assez élevée dans les prochains mois pour créer des emplois. Surtout dans l’industrie, qui a perdu 350 000 emplois depuis 2007. 

Tout juste installées à Bercy, les équipes du ministère du redressement productif d’Arnaud Montebourg ont créé au ministère de l’économie une cellule pour gérer au jour le jour le suivi d’entreprises en difficulté, débloquer si possible certaines situations a priori inextricables ou dénicher un repreneur. En quelques jours, ils ont déjà recensé de nombreux cas problématiques, dans l’automobile, l’agro-alimentaire, etc. « Le volume est une surprise, s’étonne encore un conseiller de Montebourg. Certains dossiers arrivent un peu tard. C’est, dans bien des cas, la conséquence d’un sous-investissement chronique dans l’appareil industriel et de l’absence de politique industrielle depuis de nombreuses années. »

Pour l’heure, les équipes tentent de sauver ce qui peut l’être. Vendredi, Arnaud Montebourg s’est ainsi rendu à Marseille, notamment pour annoncer aux salariés de Fralib à Gémenos la reprise des discussions avec la multinationale Unilever, qui entend fermer le site, tandis que les salariés veulent relancer l’activité avec une coopérative. Samedi, l’usine Technicolor d’Angers, dernier producteur de décodeurs télé en Europe, qui emploie encore 330 personnes, s’est déclarée en cessation de paiement. Ce mercredi, le tribunal de commerce d’Arras a prononcé la liquidation avec cessation d’activité immédiate du fabricant de textiles Meryl Fiber à Saint-Laurent-Blangy (Pas-de-Calais), déclenchant le licenciement des 343 salariés.

PSA à Aulnay-sous-Bois, Arcelor Mittal à Florange, Rio Tinto à Saint-Jean-de-Maurienne, le volailler Doux… C’est bien une série noire de plans sociaux qui se profile pour les prochains mois.

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