Chômage : Et ça continue, encore et encore

Mardi 11 août 2015 // La France

La publication des chiffres un chômage pour avril 2015 a encore fait l’effet d’une douche froide. Vingt ans à mener la même politique sans guère de résultat. La dérégulation toujours plus importante de l’économie et la plongée dans toujours plus de libéralisme échevelé n’est donc pas une solution.

Pourtant, la vulgate est administrée à longueur d’antenne et d’articles. Le malheur vient de la soi-disant rigidité des conditions - d’embauche et de licenciement. « Libérez- nous et nous embaucherons par centaines de milliers. » Rien de vrai là-dedans. Cela fait vingt ans au moins que l’on a recours à la dérégulation de l’économie et aux facilités toujours plus importantes accordées aux entreprises de faire exactement ce qu’elles veulent. Mais cela ne suffit jamais. « Toujours plus » et pour quoi faire ?

Il est de règle de considérer que le système de formation est inadapté à un certain nombre de besoins, notamment dans des secteurs qui peinent à recruter comme la restauration et l’hôtellerie. Il ne faut pas considérer le constat comme entièrement faux. La formation professionnelle souffre dans notre pays de beaucoup de maux. La formation initiale a perdu de sa qualité et la formation continue est totalement à revoir. Des milliards d’euros sont chaque année gaspillés pour fournir des modules de formation inadaptés pour une large part. À qui tout cela profite-t-il ? Il est amusant de constater combien d’entreprises profitent d’un système obsolète pour gagner beaucoup d’argent sur le dos de la collectivité. Les partenaires sociaux semblent bien peu pressés de revoir le système tellement profitable à une multitude d’officines plus ou moins sérieuses, voire douteuses, qui profitent allègrement d’un système aussi juteux. On ne voit guère comment les choses pourraient aller en s’améliorant lorsque tant d’intervenants vivent grassement d’un système qu’ils dénoncent pourtant.

Le patronat et les économistes affidés ne manquent pas une occasion de montrer que seule une dérégulation totale du marché de l’emploi offre une solution. Pierre Gattaz, lui, promet toujours monts et merveilles en cas d’acceptation de ses conditions. Les entreprises peineraient à licencier donc par un lien qu’il conviendrait de nous expliquer un jour, rechignent à recruter. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir assoupli, décennie après décennie, les conditions de licenciement. De résultats ? Point. Cela ne les empêche pas de demander toujours plus, et de l’obtenir en grande partie.

Le gouvernement actuel de « gauche » ne sait plus que faire pour donner satisfaction à ceux qui en demandent toujours plus. Il cédera, sur tout et partout, comme d’habitude. Cela n’amènera aucune amélioration à la situation des demandeurs d’emplois comme le démontrent à l’envi les exemples espagnol et portugais. Là, on a cédé à tous ce que les milieux patronaux demandaient. Les salariés ont fait de gros efforts sans contrepartie aucune, bien au contraire. La croissance économique qui se fait jour dans ces deux pays ne crée pas d’emplois en nombre significatif. Pour quelles raisons ? D’abord parce que les secteurs économiques en croissance ont de moins en moins besoin de personnel. Dans le secteur industriel, l’automatisation rend obsolète une grande partie de la présence humaine, quant aux services, ils ne sont pas assez forts pour absorber l’énorme quantité de main d’oeuvre qui se trouve sur le marché.

La France suit le même chemin et connaîtra la même absence quasi totale d’effet sur le nombre de chômeurs. On nous répète que des centaines de milliers d’emplois ne sont pas pourvus, notamment dans les secteurs commerciaux. On vilipende alors les demandeurs d’emplois qui ne se précipitent pas sur les offres. Et pourquoi donc ? Il va de soi que certains profitent d’un système considéré comme avantageux. Avantageux ? Est-ce si sûr ? Une fois décomptés les habituels, et d’ailleurs peu nombreux, « profiteurs » ne devrait-on pas s’interroger sur la qualité même des offres d’emplois ?

Ainsi, des postes de commerciaux sont libres et ne trouvent pas preneurs. Il faut préciser que beaucoup d’entre eux demandent aux salariés de commencer à travailler à perte. Certaines entreprises engrangent les commandes sans beaucoup se soucier de la condition de ceux qui les leur apportent. Le statut d’auto-entrepreneur, créé sous Sarkozy, est un leurre qui ruine mois après mois beaucoup de ceux qui l’ont adopté. Qui s’en soucie ? Certainement pas les chefs d’entreprises qui usent de ce système dévoyé d’une manière honteuse. Quant au secteur de la restauration et de l’hôtellerie, les emplois ne seraient-ils pas plus attractifs si l’on cessait de considérer les employés comme des imbéciles auxquels on peut tout demander sans aucune juste contrepartie. Qui doit alors se poser des questions ? Les demandeurs d’emplois ou les entreprises ?

Il a pire. L’économie est entrée dans une nouvelle phase de réorientation et de bouleversements. L’emploi salarié classique est en train de disparaître pour une bonne part. Quelle est la perspective ? Le développement de l’automatisation et de la robotisation, les Nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), aussi bien que la transition énergétique et écologique mettent à malle vieux modèle capitaliste d’appropriation des activités et de dévolution des emplois. Les NTIC sont un secteur fragile pour lequel nous ne possédons pas de réelle visibilité. Quant à la transition écologique, les sources d’emplois qu’elle pourrait générer ne sont-elles pas un leurre ?

Dans un monde en pleine mutation, il faut réfléchir et penser à de nouvelles idées, qui engendreront de nouvelles formes de travail. Cela ne pourra pourtant suffire. N’est- il pas grand temps de s’interroger sur la finalité d’un libre échange intégral et d’une mondialisation qui fait marcher le monde économique sur la tête. Penser simple et local plutôt que de suivre un mouvement incontrôlé et mortifère ?

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