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Chantal Jouanno : « L’UMP ne tiendra pas avec ce système clanique »

03 JUILLET 2012 | PAR MARINE TURCHI

Vendredi 13 juillet 2012 // La France

Elle a été la première – et l’une des rares – à dénoncer l’orientation droitière de l’UMP pendant la campagne présidentielle. En avril, la sénatrice UMP de Paris et ancienne ministre, Chantal Jouanno, apportait un timide soutien à Nicolas Sarkozy en expliquant avoir eu des « oppositions violentes » avec lui, notamment sur la taxe carbone, et avoir été « traînée dans la boue ». Au lendemain du premier tour, elle dénonçait longuement, dans Le Point, la « droitisation », avant d’être rapidement lynchée par les leaders de l’UMP. Deux mois plus tard, la défaite passée, plusieurs ténors de l’UMP sortent du bois pour critiquer sans risque cette stratégie.

Ancienne ministre des sports (2010-2011) et ex-secrétaire d’Etat à l’écologie (2009-2010), Chantal Jouanno revient sur le quinquennat, les orientations prises par la droite et dresse un bilan très critique de la gestion de Jean-François Copé, ses « snipers » et leur « système clanique organisé pour taper sur tous ceux qui ne sont pas dans la ligne dominante  ». Parité, refonte idéologique, modernisation, positionnement par rapport au FN : elle évoque les défis qui attendent l’UMP, à quelques mois de son Congrès.

Chantal Jouanno, au Sénat, le 2 juillet.
Chantal Jouanno, au Sénat, le 2 juillet.© M.T.

Mediapart. L’UMP est menacée d’implosion. Va-t-on assister à un retour à deux ou trois droites, comme c’était le cas avant sa création ?

Chantal Jouanno. Soit on s’en sort correctement à l’issue de notre congrès (mi-novembre - ndlr), soit on retombe dans une logique avec deux, voire trois partis : une UMP qui sera particulièrement faible car concurrencée à sa droite, et puis un centre fort. Si l’UMP continue à fonctionner comme elle le fait depuis plusieurs mois, avec une vision très clanique, une surreprésentation au bureau politique, dans les prises de parole et les prises de décision, de la branche la plus à droite, elle ne tiendra pas. Une partie du centre est déjà partie se structurer autour de Jean-Louis Borloo. Il reste plus de centristes au sein de l’UMP qu’en dehors, mais si ceux-ci ne se retrouvent pas dans une organisation globale demain, ils partiront certainement.

Quelle est, selon vous, la personnalité qui peut faire coexister ces sensibilités ?

C’est François Fillon, parce qu’il l’a prouvé dans ses amitiés personnelles. Il ne partage pas du tout mes opinions sur le fond – sur l’écologie, les questions de société, nous avons des points de clivage assez lourds, comme il les avait avec Roselyne Bachelot –, mais il respecte la parole des uns et des autres, il n’attaque pas personnellement, il n’organise pas de cabale. Il a beaucoup plus de respect politique que l’actuelle direction du parti, qui est une direction de snipers.

Vous avez également, à plusieurs reprises, dit votre proximité idéologique avec Alain Juppé. Comment vous positionnez-vous dans l’optique du congrès de l’UMP ?

Je partage les mêmes idées qu’Alain Juppé, mais, a priori, il ne sera pas candidat. Pour ma part, je ne peux pas porter de motion à l’UMP car il faut avoir des moyens, pouvoir faire le tour des fédérations, avoir un poste officiel à l’UMP, afin de se défendre équitablement. Je trouve que la position de Bruno Le Maire de dire “attendons de voir les programmes des uns et des autres” était très juste.

Vous avez récemment aussi évoqué les noms de Valérie Pécresse ou Nathalie Kosciusko-Morizet ?

J’aimerais qu’il y ait des femmes (candidates). Valérie Pécresse fait alliance avec François Fillon. J’attends de voir ce que Nathalie Kosciusko-Morizet va faire. En termes programmatiques, on est très-très proches. Elle a des ambitions nationales, présidentielles, qu’elle ne cache pas. Moi ce n’est pas mon cas, je veux faire bouger la droite sur les questions de société, d’écologie, montrer qu’on peut faire de la politique autrement, trouver un projet alternatif pour Paris. Je ne suis pas une femme d’appareil.

Mais Nathalie Kosciusko-Morizet ne risque-t-elle pas de pâtir de son rôle de porte-parole de Nicolas Sarkozy ?

Tout le monde comprend bien qu’à ce moment-là, elle n’avait pas le choix. Elle a sans doute pensé pouvoir faire bouger les choses de l’intérieur. Elle aurait peut-être dû partir, mais cela aurait été un non-retour. Elle a par ailleurs été très attaquée (par certains conseillers élyséens comme Patrick Buisson - ndlr). Elle se trouvait coincée sur certains sujets, mais sur 95 %, il n’y avait pas de problèmes.

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