Cette étrange amitié.

Dimanche 5 août 2012 // La France

www.innovation-democratique.org

Drapeau de FranceLes sourires étaient sans doute au rendez-vous à Reims, ce 8 juillet dernier ; ils ne suffisaient pas à cacher les divergences de fond entre François Hollande et Angela Merkel. Qu’on se rassure cependant, l’amitié franco-allemande ne sera pas menacée.

Etrange amitié franco-allemande, à la fois indispensable et improbable, et même indispensable parce qu’improbable ! Le moins qu’on puisse dire est qu’elle ne va pas de soi. Voici deux peuples qui n’ont cessé de se battre depuis des siècles et de s’épuiser mutuellement, avec toute la charge de mémoire que cela suppose. Dans certains de nos villages, le souvenir des Prussiens de 1870 reste encore vivace (l’auteur de ces lignes peut en témoigner).

Plus près de nous, la guerre de 14-18 et surtout celle de 39-45 ont encore alimenté haines et rancoeurs. Il est vrai que, de l’autre côté du Rhin, la dévastation du Palatinat par les troupes de Turenne et les guerres du Dictateur Napoléon n’avaient rien arrangé. Il fallait bien en finir avec l’engrenage. Ce fut l’honneur du général De Gaulle et de Konrad Adenauer d’initier la réconciliation, à Reims précisément.

Mais il n’y a pas que la mémoire. Aujourd’hui, l’amitié franco-allemande bute sur de nouveaux obstacles. Ces obstacles sont sans doute en grande partie à l’origine des différences d’appréciation sur la sortie de la crise. On oublie un peu trop facilement que les années 2000 ont été pour nos voisins d’outre-Rhin celle de la réunification, une réunification qu’ils ont payée au prix fort. En 2009, le coût en était estimé à 1.300 milliards d’euros, soit la moitié du produit intérieur brut de la République Fédérale, et en 2012 encore ce qui fut la RDA demeure sous industrialise.

Les divergences actuelles avec la France ne sont donc pas simplement une question de doctrine politique. Elles s’enracinent dans une histoire particulière, celle d’un pays qui, depuis plus de 60 ans, ne cesse de se reconstruire après avoir subi l’un des plus effroyables traumatismes de son histoire.

Les difficultés entre la France et l’Allemagne ne sont pas seulement économiques. Elles relèvent aussi, peut-être surtout, de la psychologie. Il est du devoir de la France de le comprendre.

La préservation de la nécessaire amitié franco-allemande est à ce prix.

Répondre à cet article