Ces gangs qui écument la France.

Mardi 10 décembre 2013 // La France

Ces gangs qui écument la France.

Albanais, Géorgiens ou Russes. Asiatiques, Africains ou Turcs. Les groupes criminels étrangers s’implantent sur le territoire français en profitant de la disparition des frontières. C’est ce que révèle le ministère de l’Intérieur dans un rapport dont "Valeurs actuelles" vous livre l’essentiel.

C’est un document confidentiel dont Valeurs actuelles dévoile cette semaine le contenu : un rapport du ministère de l’Intérieur sur la criminalité organisée en France, destiné aux responsables de la police et de la gendarmerie nationale, ainsi qu’aux décideurs administratifs et judiciaires impliqués dans la lutte contre l’insécurité. Son auteur : le Service d’information, de renseignement et d’analyse stratégique sur la criminalité organisée (Sirasco).

Créé en septembre 2009 au sein de la Direction centrale de la police judiciaire, ce service d"intelligence criminelle à la française" collecte pour les exploiter toutes les informations relatives aux réseaux internationaux ayant des ramifications sur le territoire national. Il s’intéresse aussi aux organisations spécifiquement françaises, qu’il s’agisse du grand banditisme ou des groupes de malfrats issus des cités sensibles. Ses enquêteurs viennent de la police, de la gendarmerie et de la direction centrale du renseignement intérieur.

L’état des lieux dressé par ce rapport est à la fois rassurant, car il prouve que nos services ont une connaissance précise de ces organisations, et inquiétant, car il confirme que l’ingéniosité des criminels n’a pas de bornes. Ces groupes mafieux, souvent très structurés, sont dotés d’une faculté d’adaptation qui défie l’imagination : ils saisissent toute occasion de profit illicite dans les domaines les plus inattendus.

Les policiers soulignent ainsi que les mafias italiennes investissent dans... l’écologie ! « L’intérêt des organisations transalpines pour le secteur des énergies "vertes", dans lequel les subventions publiques et européennes ou les dispositifs fiscaux permettent des plus-values significatives, est d’ores et déjà établi dans plusieurs pays européens (Italie, Espagne, Roumanie), notamment lorsque l’infiltration mafieuse au sein d’administrations décentralisées permet d’influer sur la désignation des zones retenues pour l’implantation de parcs d’éoliennes ou d’autres dispositifs. »

En Russie, c’est l’organisation des jeux Olympiques qui a récemment attisé les rivalités des groupes criminels : divers clans, géorgiens notamment, se livrent « une véritable guerre dans le but d’asseoir leur suprématie sur des territoires en expansion économique, comme la région de Sotchi, qui accueillera les JO d’hiver », en février 2014. Les règlements de comptes n’épargnent pas la France, qui reste un territoire d’investissement et parfois de blanchiment pour ces organisations mafieuses.

Ce rapport confirme aussi que ces groupes savent tirer profit des failles juridiques de l’Union européenne et surtout de son ouverture aux flux migratoires : ses rédacteurs citent en effet « la suppression des contrôles aux frontières dans un ensemble de plus en plus vaste [et] les exemptions de visa au bénéfice de certains États » parmi les facteurs aggravant les risques liés à leurs activités coupables.

Un exemple ? Bien que la criminalité organisée balkanique soit « une menace constante pour la sécurité intérieure », les ressortissants de cette région n’ont pas besoin de visa pour entrer dans l’espace Schengen, sauf les Kosovars, qui ont rapidement trouvé la parade : l’utilisation abusive du statut de demandeur d’asile a « incontestablement joué un rôle facilitateur dans l’essor de la criminalité organisée albanophone » en Europe.

Clandestins L’impact des crises régionales.

Pays de destination, la France est également « une zone de transit majeure pour des migrants irréguliers (Moyen-Orient, Asie ou Corne de l’Afrique) destinés au Royaume-Uni ou aux pays scandinaves. Elles se situe aussi sur le circuit des mouvements européens circulatoires de populations irrégulières se déplaçant au gré des annonces de régularisation et des perspectives d’emploi. Bien qu’elle ait enregistré une baisse globale » du nombre des étrangers en situation irrégulière, la police aux frontières a démantelé 178 filières d’immigration clandestine (87 recourant à la fraude documentaire) en 2012. Et noté « la prédominance des irréguliers tunisiens, l’augmentation notable des populations illégales albanaise et roumaine, l’amplification de la pression migratoire syrienne et malienne ».

La porosité et parfois la disparition des frontières favorisent aussi les trafics d’êtres humains et de drogues. Les réseaux de trafiquants de migrants ont totalement intégré la notion de libre circulation des personnes au sein de l’espace Schengen, précise le chapitre sur les organisations asiatiques. Ils en profitent pour multiplier les points d’entrée et de sortie en Europe continentale en ayant recours à des aéroports régionaux secondaires, rendant ainsi difficile la coopération policière. »

Le Sirasco met clairement en évidence le rôle que jouent les diasporas dans le "rayonnement" des groupes mafieux : elles leur fournissent l’appui logistique nécessaire au développement de leurs activités illicites. Le fait que la diaspora nigériane compte environ 17 millions d’individus dans le monde (et plus de 5 000 en France) favorise ainsi l’expansion des réseaux exploitant des prostituées africaines. Ce constat vaut aussi pour le trafic de drogue. « En France, la majeure partie des importations et des ventes de produits stupéfiants est le fait de groupes criminels issus des cités sensibles, dont les membres, parfois des fratries entières, ont des liens ethnolinguistiques avec les producteurs marocains, facilitant les transactions commerciales et les investissements (blanchiment) au Maroc ou dans d’autres pays du Maghreb.

Un trafic international dont les policiers soulignent les effets destructeurs : L’activisme et les capacités d’adaptation des organisations criminelles issues des cités sensibles, demeurent la principale source d’irrigation de l’économie souterraine en France et génèrent de multiples infractions connexes. Précision importante : si les groupes mafieux étrangers développent leur présence dans l’Hexagone, les activités illicites des organisations françaises représentent encore 80 % des infractions liées à la criminalité organisée.

Une jolie part de marché.

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