Afrique Education

Centrafrique : Soutenir l’action de Michel Djotodia.

Par Jean-Paul Tedga

Jeudi 12 décembre 2013 // L’Afrique

Laurent Fabius a publié une excellente tribune, dans le Figaro de lundi 25 novembre. Son message peut s’interpréter ainsi : pas de place pour un deuxième génocide, en Centrafrique, sous nos yeux, après celui du Rwanda, de 1994, qui avait fait 800.000 morts, une estimation basse des Nations-Unies. L’ancien premier ministre de François Mitterrand est un brillantissime homme politique. L’un des meilleurs de sa génération. Les succès que réalise la diplomatie française, sous sa conduite, depuis dix-huit mois, grâce à l’heureuse inspiration de François Hollande, sont inversement proportionnels aux difficultés que le gouvernement rencontre sur le plan intérieur.

Le président François Hollande et son chef de la diplomatie font du sans faute dans la politique africaine de la France, depuis qu’ils sont en responsabilités. Un très bon travail, hier, au Mali. Aujourd’hui, en Centrafrique. J’ai besoin de leur dire : surtout, ne changez pas de fusil d’épaule. La Françafrique que certains pensent éternelle, est en train de disparaître, progressivement, devant nous.

« J’ai prié le président François Hollande de se faire l’avocat du Centrafrique, de se faire l’avocat de l’Afrique, de façon à ce que ce pays ne tombe pas dans l’oubli. J’ai dit qu’à mon avis, si la France ne prend pas le leadership, ne mobilise pas la communauté internationale, nous risquons d’avoir un sanctuaire pour les terroristes en Centrafrique. Et cela, nous ne pouvons pas l’accepter ». Voilà ce que déclarait le président du Togo, Faure Gnassingbé, à côté de son homologue François Hollande, devant la presse, après leur tête à tête suivi d’une séance de travail élargie aux deux délégations, à l’Elysée, dans l’après-midi de vendredi 15 novembre 2013.

La France ne se fait pas prier pour aider la Centrafrique. Elle ne le fait pas non plus pour protéger un régime, comme cela avait - toujours et toujours - été le cas, ces dix dernières années, avant l’arrivée des socialistes au pouvoir. La France va intervenir en Centrafrique, à la demande (pressante) des Africains représentés par l’Union africaine et par le président d’un pays africain (Togo) membre non permanent du Conseil de sécurité.

Qu’on le veuille ou pas, à quelque chose, malheur est bon. Comme hier, au Mali où le coup d’état de l’ex-capitaine (aujourd’hui général 4 étoiles Amadou Sanogo) va aider, certes dans la douleur, à trouver une solution durable au problème du djihadisme au Nord-Mali, et peut-être dans le Sahel, alors que les coupeurs de bras et de jambes, étaient caressés dans le sens du poil par le régime du général Amadou Toumani Touré, lé coup d’état de Michel Djotodia fait, aussi, oeuvre d’utilité publique. Il a pris le pouvoir par la force à cause de l’incurie du régime de François Bozizé, qui a laissé le pays à vau-l’eau. Les malheurs du Centrafrique ont commencé sous le règne d’Ange-Félix Patassé. Mais ils se sont empirés, grandement, sous Bozizé qui, en dix années de pouvoir, lui, général 4 étoiles et ancien chef d’état major, n’a même pas eu la courtoisie de laisser l’embryon d’un début d’armée. A y réfléchir de près, le coup d’état de Michel Djotodia (qui certes a fait trembler quelques dictateurs), permet, aujourd’hui, de mettre, sur la table de la communauté internationale, afin qu’ils soient examinés et probablement solutionnés, l’ensemble des problèmes du Centrafrique. Il ne s’agit plus de ce genre de dialogue ou de forum de réconciliation ou de conférence nationale bidon, où le vin est tiré et bu avant même de convoquer quelques ignares pour participer aux débats. Ce qui change, c’est que, désormais, la Centrafrique est perçue comme un défi que doit relever la communauté internationale, sinon, on parlera, un jour, de non-assistance à pays en danger.

Les Centrafricains doivent profiter de l’intérêt que leur porte, aujourd’hui, le monde entier, pour travailler, ensemble, à la prise en main (de façon définitive) de leur destin. C’est la raison pour laquelle on doit cesser de « tirer » sur Michel Djotodia, qui a, au contraire, besoin de l’union sacrée pour vaincre l’insécurité qui a poussé Washington à fermer son ambassade, à Bangui, et à rapatrier ses diplomates.

Aux grands maux, les grands remèdes. On va voir si Séléka va encore bomber le torse devant les pauvres civils d’ici peu. En face, il y aura plus d’un millier de soldats français (l’armée française est la plus forte de l’Union européenne) et plus de 3.500 militaires du Burundi, du Cameroun, du Congo-Brazzaville, du Gabon, de la Guinée équatoriale et du Tchad, pour apporter la réplique aux récalcitrants qui chercheront à résister. Il faudra éradiquer ce phénomène d’insécurité sur toute l’étendue du territoire centrafricain, en faisant attention à ce qu’il ne soit pas exporté, momentanément, dans les pays voisins. Sinon une fois, la paix revenue et les Nations-Unies, la MISCA (Mission internationale de soutien au Centrafrique) et l’armée française parties, les bandes armées se reconstitueraient, rapidement, pour reprendre leurs exactions, en Centrafrique, à moindre frais.

Sans la paix et la sécurité aux quatre coins du Centrafrique, aucune élection ne sera viable en février 2015. Pour appliquer la feuille de route prescrite par les chefs d’Etat des pays membres de la CEEAC (Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale), Michel Djotodia a besoin qu’on l’appuie, et si on ne le soutient pas, au moins, qu’on cesse de déstabiliser son action.

Répondre à cet article

1 Message