Celui qui toujours dit NON.

Mardi 10 avril 2012, par Catherine NAY // La France

Drapeau de FranceCrédité de 11,5 % des intentions vote, Jean-Luc Mélenchon réussi un tour de force : remplir la place de la Bastille (120 000 personnes selon les organisateurs) Quand on aime, on ne compte pas et on embellit tout. Mais il y avait foule : 30 000, voire 40 000 sympathisants. Cohorte bigarrée de vieux militant en mal de tribun depuis feu Georges Marchais, déçus de la gauche socialiste, travailleurs précaires, jeunes à la recherche d’un emploi, bobos grisés de rejouer l’assaut des sans-culottes contre l’aristocratie versaillaise. Et c’est devant ce peuple des invisibles, qui désormais se montre, que l’ex-sénateur de l’Essonne, aujourd’hui parlementaire européen, a lancé son appel à l’« insurrection civique » : « génie de la Bastille qui culmine sur cette place,
nous voici de retour, le peuple des révolutions et des rébellions en France ».

Après ce rassemblement, impossible de mettre en doute l’élan populaire dont le leader du Front de gauche se prévaut. « Je triomphe », jubilait-il ces derniers jours, en se flattant d’avoir « mélenchonisé » la campagne. Après lui, tous les candidats veulent taxer les riches (75 % des revenus supérieurs à un million par an, selon François Hollande). On taxera les exilés fiscaux sur le mode américain, promet Nicolas Sarkozy. Voilà, souligne-t-il, ses thèses légitimées.

Mais son succès (il est à moins de 2 points de François Bayrou), Jean-Luc Mélenchon le doit surtout à ses talents oratoires. Dans tous ses meetings, il fait salle comble. On y vient comme au spectacle car ce licencié en philo a du souffle et du lyrisme. Acteur de bruit et de fureur, il n’a pas son pareil pour interpréter les hommes en colère. On dirait que la fumée lui sort des naseaux lorsqu’il vitupère les élites ("Virez-les tous !"), les magouilles politiciennes, la« capitaine de pédalo », il avait donné le ton. Panique Il se fait pédago a pour décortiquer les mécanismes mauvais qui régissent le monde, et se fait fort d’y remédier, tel un Dieu horloger.

Jusqu’au 22 avril, ce révolutionnaire hybride de trotskiste et de franc- maçon va continuer de s’enivrer de mots avec des promesses de grand. soir. La dynamique est de son côté, croit-il. Il entend tirer François Hollande sur sa gauche, être son aiguillon, le faire apparaître comme un leader timoré. En le traitant de « capitaine de pédalo » il avait donné le ton. Panique du côté du PS. Nouvel apôtre de la planification écologique, il entend séduire nombre d’écologistes déçus par la pathétique campagne d’Eva Joly.

Peut-être atteindra-t-il 12,13, voire 14 % au premier tour. Lui en est sûr. Ensuite, il soutiendra François Hollande, en espérant monnayer son succès, mais comment ? Sa participation gouvernementale, il l’a catégoriquement écartée pour lui-même. Alors, une circonscription aux législatives ? En juin, les communistes voudront d’abord sauver leur dernier bastion, avec l’appui indispensable des socialistes. Son sort dépend du bon vouloir du PS. Combien pèsera le Front de gauche en termes d’élus après les élections de juin ? S’il n’en a qu’une poignée, il risque de se MoDemiser. Et l’indigné de la place de la Bastille pourrait se retrouver dans la situation d’un Bayrou. Un pouvoir négatif en somme, celui de dire toujours non. 

PARTI DE GAUCHE : Indignation sélective

Alors même que l’on ignorait l’identité et les motivations du "tueur au scooter" de Toulouse et Montauban plusieurs voix avaient déjà commencé de s’élever, à gauche, contre la responsabilité de la droite, voire du chef de l’État, et du Front national dans le climat ayant abouti à ce drame. Les plus virulents : Marie-George Buffet, chef du Parti communiste, et Jean-Luc Mélenchon, candidat Front de gauche à la présidentielle. Ce dernier, refusant la "trêve" dans la campagne proposée par Nicolas Sarkozy, avait notamment dénoncé la « citation », par Jean-Marie Le Pen, d’un poème de « l’odieux collaborationniste » Robert Brasillach, lors d’une réunion publique du FN à Lille.

Mais le président du Parti de gauche a des indignations sélectives. C’est en effet sur le site de son parti que l’on pouvait lire, il y a un mois, un appel à la « résistance contre la troïka et ses serviteurs », lancé par le compositeur grec Mikis Theodorakis. Or celui-ci ne fait pas mystère de son antisémitisme. Après avoir accusé les juifs, le 4 novembre 2003, d’être « à la racine du Mal », il déclarait, le 3 février 2011, à la chaîne de télévision grecque HIGH : « Oui, je suis antisémite et antisioniste [... j. Les juifs américains sont derrière la crise économique mondiale. » Sur son propre site, Theodorakis dénonce encore « le lobby juif américain » cherchant « à éliminer les États-nations ». Il ne viendrait pourtant à l’idée de personne, à droite comme à gauche, de dénoncer la responsabilité de Jean-Luc Mélenchon dans les massacres de Toulouse et Montauban...

IL L’A DIT

« Il faut qu’il arrête de faire le cake. » Bernard Tapie, à propos du candidat socialiste. L’ancien-homme d’affaires et ministre de Mitterrand a par ailleurs annoncé qu’il soutenait Sarkozy, comme en 2007.

Valeurs actuelles 22 mars 2012

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