Ce que l’économie « made in Obama » peut apprendre à l’Europe.

Jeudi 28 juin 2012, par Thomas Cantaloube // L’Europe

S’il a fallu attendre plusieurs mois avant de connaître officiellement l’adversaire de Barack Obama lors de l’élection présidentielle américaine de 2012, Mitt Romney, cela fait maintenant bien longtemps que l’on sait quel sera le thème de leur affrontement. Ce sera l’économie. Ou, plus précisément : la perception de la situation économique du pays par les électeurs au moment où ils devront glisser leur bulletin dans l’urne le 6 novembre prochain.

En dépit de quelques beaux succès de politique étrangère (la mort d’Oussama Ben Laden, l’accompagnement des révolutions arabes) et de plusieurs réformes ou initiatives marquantes, bien que diluées par rapport à leur objectif initial (assurance santé, économies d’énergie), Barack Obama sait qu’il va devoir batailler pour sa réélection sur une pente particulièrement glissante : celle de savoir si les politiques économiques qu’il a impulsées et définies depuis son accession à la Maison Blanche, en plein cœur de la crise financière de 2008, ont permis aux États-Unis de redresser la tête.

Ronald Reagan avait parfaitement résumé l’équation à laquelle est confronté Obama, au cours du débat télévisé qui l’opposait au président sortant Jimmy Carter en 1980, lorsqu’il avait adressé cette question aux électeurs : «  Êtes-vous en meilleure santé économique qu’il y a quatre ans ? » À l’époque, les Américains avaient répondu « Non ! » et envoyé Carter en retraite anticipée. Aujourd’hui, toute la stratégie de Mitt Romney repose sur une réponse négative à cette interrogation. Soit les Américains ont effectivement le sentiment de toujours avoir la tête sous l’eau, soit Romney va tenter de les convaincre qu’il aurait fait un meilleur job s’il avait été président.

Une usine qui a dû mettre la clé sous la porte en raison de la crise de 2008, à Elkhart, dans l'Indiana.
Une usine qui a dû mettre la clé sous la porte en raison de la crise de 2008, à Elkhart, dans l’Indiana.© Thomas Cantaloube

Le problème pour Obama est que cette question est piégée, car elle se base non pas sur la réalité économique de 2012, mais sur la perception qu’en ont les électeurs. Si l’on se penche sur les statistiques, le chômage est tombé de 10 % en octobre 2009 à 8,2 % en mai 2012, la croissance du PIB est passée de – 3,5 % en 2009 à + 1,9 % en 2011, le Dow Jones est passé de 6 626 points en mars 2009 aux alentours de 13 000 points en mars 2012 et, au mois de mai, les prix de l’immobilier ont augmenté pour la première fois depuis 2008. Autrement dit, les États-Unis sont clairement en meilleure santé économique qu’au moment où Barack Obama a glissé ses pieds sous le bureau ovale, en plein milieu d’une crise financière dont il a hérité.
Mais voilà, ces chiffres sont-ils suffisants au regard des attentes des Américains, habitués à un taux de chômage de 5 % et à un Dow Jones et des prix immobiliers en croissance quasi permanente ? Ou sont-ils, au contraire, le signe que la reprise de l’économie américaine n’est pas aussi forte qu’elle aurait pu l’être avec une autre politique économique ?

Une récente étude de la Réserve fédérale vient de mettre en évidence la perte de pouvoir d’achat des familles américaines. Selon cette institution, une famille médiane aux États-Unis en 2010 est revenue au même niveau de richesse qu’au début des années 1990. Dans un pays fondé sur la croyance que chaque génération sera plus fortunée que la précédente, cette évidence d’une régression ne peut que nourrir le pessimisme à la veille de l’élection présidentielle, même si ce déclin n’est pas imputable au seul Obama.

La pierre angulaire du premier mandat du président sortant, du point de vue économique, est l’American Recovery and Reinvestment Act (ARRA), voté en février 2009, un plan de relance massif de près de 800 milliards de dollars en trois parties : des mesures d’urgence de soutien à l’emploi pour permettre aux États fédérés de boucler leurs budgets sans avoir à licencier, des baisses d’impôts, et des grands projets d’investissements. Aujourd’hui, une large majorité d’économistes s’accordent pour juger que l’ARRA a effectivement permis d’atténuer les effets de la crise (leur avis consensuel est que, sans ce plan, le chômage aurait atteint 12 %), et de remettre le pays sur les rails de la croissance. Mais c’est à peu près le seul point d’accord.

Alors que l’Europe empile les plans d’austérité, qu’un chômage de masse s’installe sur le vieux continent et que la seule priorité est la réduction des déficits publics, Mediapart a voulu faire le bilan de la politique économique de Barack Obama. Les dépenses publiques massives décidées en 2009, le nouveau projet aujourd’hui en discussion au Congrès et farouchement combattu par les républicains, le plan de relance massif conduit ces dernières années : quel en est l’impact et comment l’économie américaine a-t-elle réagi ?

C’est le premier volet de notre enquête. Plusieurs reportages suivront ces prochains jours pour expliquer ce qu’il est advenu dans l’industrie automobile, dans des villes industrielles, les succès et les limites du made in Obama, et ce que l’Europe pourrait en apprendre.

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